...répondit immédiatement Nathan, mordant...

Publié le par Sandrine

"Mademoiselle Lesage..., répondit immédiatement Nathan, mordant.
- Pourriez-vous me rejoindre discrètement sur le parking du centre commercial, s'il vous plaît?" Nathan s'alarma aussitôt du ton de la jeune femme: pas de persiflage, pas de cynisme, juste une demande polie formulée avec une sorte de fêlure dans la voix: quelque chose n'allait pas.
"Nous arrivons, trancha-t-il."
Garée sur le parking à moitié vide, Marie-Anne avait réglé avec soin le rétroviseur pour pouvoir observer leur arrivée. Une Clio blanche roula au pas, sans but, pendant quelques minutes et vint se ranger à côté d'elle. La jeune femme jeta prudemment un regard circulaire autour des deux véhicules alignés avant de sortir et de pénétrer dans la Clio.
"Eh, bien, que vous arrive-t-il pour que vous ayez rangé vos griffes?", demanda Nathan, bien décidé malgré tout à lui faire payer le coup en traître qu'elle leur avait asséné le matin même. Marie-Anne leva la tête, chercha son regard dans le rétroviseur intérieur, révélant ainsi le sien que l'angoisse avait durci.
"Allons, allons... ne cherchez pas de prétexte, la vérité toute nue nous suffit.", poursuivit-il. Elle eut un mouvement d'impatience.
"Je regrette presque de vous avoir fait venir... je n'ai rien de précis à vous apprendre, tout juste une vague impression... je m'en voudrais de porter des accusations contre quelqu'un sans aucun fondement. J'ai eu l'occasion de faire connaissance avec une certaine Lydie. Elle m'a semblé cacher quelque chose. En dépit de sa franchise un peu brutale, il y a autour d'elle une aura de mystère qui me dérange énormément... au cas où nous aurions quelque chose de plus précis à lui reprocher plus tard, je lui ai emprunté quelques cheveux."
Elle tendit à Jacques un mouchoir en papier plié qui recelait son butin.
"C'est tout?", s'exclama Nathan, toujours aussi surpris des talents dramatiques de la gent féminine pour relater les événements les plus anodins.
Outrée par la muflerie de Nathan, Marie-Anne sortit en claquant la porte.
"Mais qu'est-ce qu'elle a, à la fin, cette punaise?"
Jacques se passa la main sur le visage avec une grimace éloquente à l'endroit de son collègue.
" Tu refuses vraiment de faire le moindre effort pour la comprendre, pas vrai?"
Nathan, buté, se mura dans le silence.
"Toi, tu observes et tu traques de loin ces fameux tueurs en série. Si tu veux mon avis, elle vient de prendre conscience qu'elle évolue en permanence à leur contact et elle a peur. C'est humain, tu ne crois pas?
- Et cette histoire de cheveux, que veut-elle qu'on en fasse, au juste?
- Tu es impossible! Quoi que tu en dises, elle fait du bon travail: elle est en train de nous fournir des éléments de comparaison pour confondre les criminels. Elle a pris des risques! Ne te fais pas plus bête que tu ne l'es, Nathan!
- Je suis désolé, mais le simple fait de la voir m'exaspère. Crois-tu réellement qu'elle soit en danger?
- Oui. Soit les tueurs l'ont démasquée et ils vont chercher à la faire taire, soit ils se sont laissés prendre à son petit jeu et elle est une cible au même titre que les autres Témoins.
- Elle savait dans quel pétrin elle se fourrait, quand même! pesta Nathan en frappant violemment le volant du plat de la main.
- Elle fait simplement son travail. Je suis sûr que c'est ce soir qu'elle a réalisé à quel point elle se met en danger.
- On la file!", décida subitement Nathan en accélérant.
La petite Opel de Marie-Anne venait de franchir le stop à la sortie du centre commercial et Nathan dut accélérer encore pour ne pas la perdre de vue.

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Publié dans La Clef de sept

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