Rien ne se déroula comme elles l’avaient prévu...

Publié le par Sandrine

Rien ne se déroula comme elles l’avaient prévu. A peine l’avocat eut-il enfermé ses notes dans sa mallette, le gendarme Seauler entra, accompagné de deux autres qu’elles n’avaient encore jamais vus.
Il leur expliqua avec force euphémismes qu’ils allaient les accompagner au palais de justice pour une comparution immédiate devant le juge mais la cruauté et l’humiliation de leur situation ne leur échappa pas. Elles lui surent gré toutefois du tact avec lequel il les traitait. Le voyage se déroula dans un silence lourd d’angoisse. Dès leur arrivée au palais de justice, Maître Lambertin les rejoignit et ne les quitta plus. Ce bâtiment imposant leur donna sitôt qu’elles y posèrent le pied, un sentiment d’écrasement qui leur fit retenir leur respiration. Le juge les reçut au bout de quelques minutes seulement qui parurent pourtant interminables aux deux femmes bien près en cet instant de regretter amèrement leur décision. Le juge avait une trentaine d’années, un regard mobile qui leur donna la sensation d’être mises à nu dès qu’elles l’aperçurent. D’une voix ferme amis sans agressivité, il pria Marthe d’attendre dehors, accompagnée des gendarmes pendant qu’il auditionnait Marie. Elle se sentait condamnée avant d’avoir ouvert la bouche et émailla son récit d’hésitations, de bégaiements et de mots inversés. Quand elle se tut définitivement, son avocat lui adressa un signe de tête pour lui faire comprendre qu’il prenait la main. Si elle entendit les deux voix masculines s’élever tour à tour dans la salle, elle n’en saisit pas le sens, tant la tempête qui hurlait dans son esprit était forte. Ce ne fut qu’en s’entendant directement interpellée par le juge qu’elle sursauta et réussit à fixer son attention sur les mots qui s’échappaient de sa bouche.
«- Mademoiselle Masset, je ne sais pas si vous vous en rendez compte, mais les faits qui vous sont reprochés sont graves. Vous auriez pu envoyer une innocente en prison. Compte tenu cependant du trouble que vous ressentiez au moment des faits et du fait que vous êtes venue vous dénoncer de votre propre chef, je vous condamne…» Marie regarda le juge sans le voir. A nouveau, les mots qu’il prononçait étaient vides de sens…Terrorisée par son air sévère, Marie priait.
«- Vous pouvez sortir. Bonne journée malgré tout.
-Merci.» Répondit-elle d’une voix à peine audible sans savoir pourquoi elle le remerciait. Maître Lambertin la raccompagna jusqu’à la porte et lui chuchota au passage: «- Vous vous en sortez bien, une grosse amende et un moins de prison avec sursis, c’est le mieux que vous pouviez espérer.» Marie le regarda avec horreur. De ses paroles, elle n’avait retenu que le mot prison. Voyant son expression, il précisa: «Vous êtes libre. Cette peine de prison ne vous sera infligée que si vous êtes reconnue coupable d’un autre délit à l’avenir. Allez vous asseoir, vous avez les jambes en coton.» Encore tremblante, elle lui obéit avec docilité. Sa mère lui sourit faiblement avant que la lourde porte ne se referme derrière elle.

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