Rompue après une journée...

Publié le par Sandrine

Rompue après une journée passée dans l’eau, Léa délassait ses muscles noués par de légères contractures dues à des efforts dont elle n'avait pas l'habitude sous une longue douche tiède.
Quand elle se rendit au salon pour ranger le contenu de son sac de plage pailleté de particules d‘argent dont Bastien lui avait expliqué qu‘elles provenaient d‘une ancienne activité minière abandonnée il y avait bien longtemps pour son manque de rentabilité, elle jeta un bref coup d’œil à l’horloge du magnétoscope et s’aperçut avec surprise qu’il était déjà plus de minuit. Justine et Bastien les avaient invités à dîner dans le charmant restaurant de Porquerolles et elle n’avait vu le temps passer. Elle s’étira longuement et poussa un soupir d’aise. La nuit était chaude et elle décida d’aller ouvrir la baie vitrée pour laisser entrer la fraîcheur dans la maison. Le jardin répandait d’exquises senteurs et elle alla y faire quelques pas avant d’aller se coucher. Elle s’étonna que les lampes automatiques ne s’allument pas à son passage mais n’y prêta pas plus d’attention, le clair de lune lui offrant la lumière nécessaire à se déplacer sans risques. Elle s’approcha de la piscine pour regarder le reflet de la pleine lune dans l’eau ondulante et s’immobilisa, ébahie. Des milliers de points fluorescents s’agitaient en tous sens dans l’eau sombre, splendides. Intriguée par cet étrange phénomène, la jeune femme s’accroupit pour scruter les profondeurs de la piscine afin de comprendre la nature de ce troublant spectacle. Ne voyant rien d’autre que ces points irisés, elle s’empara de l’épuisette destinée à ramasser
les feuilles mortes tombant dans l’eau et la plongea dans le liquide sombre. Quand elle l’en ressortit, elle découvrit une petit seiche piégée dans les mailles du filet. Apeurée, elle libéra un jet d’encre qui macula la dalle rose. Léa, interdite, la replongea dans l’eau pour ne pas la tuer et se redressa, dubitative. Un bruissement dans les branchages de la haie de cyprès attira son attention mais la pâle luminosité du disque d’argent ne lui permit pas d’en distinguer la cause et cette ignorance augmenta son trouble qui n‘était pas loin de se muer en véritable inquiétude. Le visage souriant de Gérard traversa encore une fois son esprit, obsédant, et un frisson glacé l’ébranla, la poussant à regagner l’asile de la maison et à en fermer portes et fenêtres. Seule et désarmée, Léa réfléchit quelques minutes avant de se résoudre à appeler Bastien qui décrocha immédiatement.
«- Léa? Quelque chose ne va pas?
-Je suis vraiment désolée de te déranger à une heure pareille…
-Ce n’est pas un problème. Lui assura-t-il, ayant clairement perçu l’angoisse de sa
collègue.
-Je ne sais pas comment t’expliquer ça mais il se passe quelque chose d’étrange dans la maison…
-Justine et moi sommes encore dans la voiture, nous serons chez toi dans cinq minutes.
-Merci.» Léa raccrocha et reposa le combiné. Quand elle retira sa main du téléphone, elle s'aperçut qu'elle tremblait. Elle alluma la télévision pour bénéficier d'une présence, aussi artificielle soit-elle.

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