Samira prenait son courrier dans le hall...

Publié le par Sandrine

Samira prenait son courrier dans le hall quand elle aperçut Sylvie. Elle s’avança vers elle pour la saluer mais Sylvie poussa son fils devant elle et passa son chemin sans lui accorder un regard. Stupéfaite, Samira ne put la quitter des yeux avant qu’elle ne disparaisse à l’étage.
C’était impossible! Il devait y avoir une explication cohérente à tout cela… Alors qu’elle sortait pour déposer son sac d’ordures dans la benne, elle aperçut le jeune garçon avec qui elle avait parlementé. Il lui adressait un signe de tête en désignant sa montre du doigt pour lui indiquer qu’il ne violait pas l’accord qu’ils avaient conclu quand une voiture noire aux vitres fumées arriva à toute allure. Sans même freiner ou faire un écart, elle le percuta de plein fouet et poursuivit sa route. Le jeune homme fut projeté sur le capot d’un utilitaire stationné juste derrière lui. Samira assista à la scène comme si elle se déroulait au ralenti. Impuissante, elle laissa ses bras tomber le long de son corps et demeura bouche bée tandis que les camarades du jeune garçon se précipitaient sur lui en criant des paroles qu’elle ne percevait pas. Quelqu’un la bouscula et elle retrouva un peu de sang froid. Les pompiers! Il fallait appeler les pompiers… Pensa-t-elle. Elle jeta un regard circulaire autour d’elle et aperçut un jeune qui sortait un téléphone portable de la poche de son blouson de jean. Elle l’entendit insister sur le fait qu’il s’agissait d’une urgence et s’approcha du blessé. Ses yeux étaient vitreux et sans expression et un filet de sang s’écoulait aux commissures de ses lèvres. Il était mort… Samira dut s’appuyer sur une voiture et lutter contre l’évanouissement qui la menaçait.
« - Madame, ça va? Lui demanda un homme qui promenait son chien.
- Ne vous approchez pas de moi: je porte malheur. » Siffla-t-elle. Il la dévisagea avec étonnement et en conclut qu’elle devait être simple d’esprit. Samira adressa un dernier coup d’œil au cadavre et s’enfuit en courant jusqu’à son appartement où elle s’enferma à double tour. Elle s’assit sur le canapé et resta immobile, trop hébétée pour avoir une quelconque réaction. La sonnette la fit sursauter.
« - Fichez le camp! Laissez-moi en paix! Hurla-t-elle.
- Police nationale. Ouvrez, madame, s’il vous plaît. » Lui répondit une voix ferme. Samira s’ébroua et se leva. Elle tourna la clef dans la serrure, entrebâilla la porte et retourna s’asseoir sans accorder la moindre attention à ses visiteurs.
« - Nous somme navrés de vous déranger et nous vous assurons que nous imaginons parfaitement quel choc vous avez dû ressentir mais vous avez été témoin de la scène et nous aimerions vous poser quelques questions…
- Moi aussi. Souffla-t-elle.
- Pardon? Lui demanda le plus trapu des deux.
- Je disais que j’avais moi aussi quelques questions à vous poser. Répéta-t-elle en posant enfin les yeux sur le visage rond qui lui faisait face.
- Allez-y, nous verrons ce que nous pourrons faire pour vous…
- J’aimerais savoir pourquoi quelqu’un m’a affirmé que Gauthier avait été éliminé alors qu’il ne présentait aucun danger contrairement à ce que le commissaire m’a dit et pourquoi ce quelqu’un a été assassiné aujourd’hui. Lui dit-elle en le défiant du regard.
- Vous devriez prendre garde à ce que vous dites, madame. On ne peut se permettre d’accuser injustement les gens.
- Laisse. Le coupa son collègue. Madame est fatiguée et…
- Et elle sait parfaitement ce qu’elle dit sans quoi vous ne seriez pas ici pour l’interroger. Poursuivit-elle, mordante. Les deux hommes soupirèrent ostensiblement
- Vous parliez d’assassinat, qu’avez-vous vu?
- Une voiture noire a délibérément écrasé ce garçon, voilà ce que j’ai vu. Répliqua-t-elle, déterminée à leur tenir tête.
- Auriez-vous aperçu la plaque d’immatriculation du véhicule?
- Avez-vous vu un cocktail Molotov dans la main de mon fils?
- Madame, nous le regrettons mais oui, il avait effectivement…
- Eh bien, je le regrette, messieurs, mais non, je n’ai rien vu.
- Madame… Gronda le policier.
- A présent, vous devriez sortir.
- L’obstruction à la justice est passible de…
- Avez-vous un document officiel me contraignant à vous recevoir? L’interrompit-elle.
- Non mais…
- Alors dehors! » Tonna-t-elle.

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