Samira traversa le parking avec un pincement au cœur...

Publié le par Sandrine

Samira traversa le parking avec un pincement au cœur. Il était désert mais rien ne disait que ce serait le cas à son retour. Le café était bondé et elle chercha l’homme des yeux. La description que Sylvie lui en avait faite était sommaire et elle se demanda un instant s’il se trouvait bien là.
Gênée par les regards curieux qui se posaient sur elle, elle était sur le point de faire demi-tour quand une main se posa sur son épaule.
«- Si vous voulez bien me suivre, je pense que nous allons réussir à trouver une table.» Les mots se voulaient aimables mais la voix avait quelque chose de désagréablement mécanique qui la glaça. L’homme la dépassa et elle dut se contenter de voir son dos pendant quelques minutes encore. Il essayait de l’impressionner et sans doute de l’intimider et il réussissait parfaitement son coup. Ce ne fut que quand il s’assit face à elle qu’elle découvrit son visage. Ses lèvres minces, ses yeux noirs et son menton carré en faisaient l’image même de la sévérité. D’emblée, elle le détesta. Le serveur s’approcha d’eux et attendit.
«- Voulez-vous boire quelque chose? Lui demanda-t-il. Samira hocha positivement la tête.
- Un whisky, s’il vous plaît. Indiqua-t-elle au serveur.
- L’Islam n’interdit-il pas de boire de l’alcool? L’interrogea-t-il après avoir commandé un Cognac.
- Qui vous a dit que j’étais musulmane?
- J’ai mes renseignements. Lui affirma-t-il sans hésiter, persuadé de l’avoir devinée et plutôt satisfait de la prendre en défaut.
- Ils sont erronés. Je suis française d’origine algérienne et mon prénom vous a sans doute induit en erreur… Non seulement vos sources sont incompétentes mais vous manquez d’objectivité. Qui que vous soyez, vous vous surestimez largement. Répliqua-t-elle, cinglante. Il encaissa le camouflet sans ciller.
- Je suis ici pour vous parler d’une affaire sérieuse. Samira l’incita à poursuivre d’un geste de la main. Gauthier est un symbole…
- Non. Gauthier était mon fils. Le reprit-elle.
- Bref, il représente tout ce que la jeunesse de nos banlieues traverse de difficultés et le sort tragique qui l’attend si nous n’agissons pas.
- La politique ne m’intéresse pas.
- Vous êtes un enjeu politique que vous le vouliez ou non. A vous d’en faire le meilleur usage possible.
- Rassurez-vous, je n’ai aucune intention de laisser ce soin à un autre.
- Je suis là pour vous guider, Samira.
- Pour vous ce sera madame Aït Taïeb, monsieur Bès. Pour ce qui est de mon image, je ne suis plus une enfant et je ne permets à personne de me donner de quelconques directives.
- Je n’étais ici que pour vous faire une proposition amicale mais je peux également vous dévoiler un aspect bien moins agréable de la situation.
- Vos menaces sont vaines. J’ai perdu la seule chose qui m’importait en ce bas monde. Vous vouliez m’asservir et vous m’avez libérée de toute crainte… Répliqua-t-elle avec un sourire cynique.
- Vous me reprochez des faits dont je ne suis en aucun cas responsable.
- J’ai déjà entendu ça aujourd’hui et j’ai de plus en plus de mal à croire à ce genre de dénégation. Je vous souhaite une bonne soirée, monsieur Bès. Vous m’excuserez mais il faut que je rentre chez moi avant le couvre feu.
- Rien ne s’arrangera si vous ne faites rien.
- Et qu’attendez-vous de moi? Un appel au calme ou un appel au meurtre? » Lui lança-t-elle d’une voix forte en se levant. Choqués, les autres clients suspendirent leurs conversations et la regardèrent sortir. Quand elle franchit le parking, un groupe d’une dizaine de jeunes discutaient calmement autour d’un platane et elle se sentit soulagée. Il ne se passerait rien ce soir.

Commenter cet article