Sébastien, surpris par ce dernier chiffre...

Publié le par Sandrine

Sébastien, surpris par ce dernier chiffre, reprit le texte biblique afin de se renseigner sur le nombre d’hébreux mis à mort par Moïse. Il se livra à une rapide addition.
Quarante et un mille neuf cent cinquante hébreux avaient péri sur son ordre! De nos jours, se dit-il, Moïse comparaîtrait devant un tribunal pour crime contre l’humanité. Sébastien parcourut à nouveau le texte pour s’assurer qu’il ne faisait pas erreur. Il posa soudain les yeux sur un passage qu’il avait jusque là négligé et qui prenait brusquement tout son sens.
« Moïse dit à Hobab, fils de Reuel le madiran son beau-père:
«- Nous partons pour le pays dont Yahvé a dit: je vous le donnerai. Viens avec nous et nous te ferons du bien, car Yahvé a promis du bonheur à Israël.
- Je ne viendrai pas, lui répondit-il, mais j’irai dans mon pays et dans ma parenté.
- Ne nous abandonne pas, reprit Moïse. Car tu connais les lieux où nous devons camper dans le désert, et ainsi tu seras nos yeux. Si tu viens avec nous, ce bonheur que Yahvé nous donnera, nous te le donnerons.» La nuée qui guide les hébreux, tu parles! S’exclama-t-il intérieurement. Si Hobab et Yahvé ne sont qu’un, ça irait…Pourquoi? Pourquoi Moïse a-t-il bien pu décider d’anéantir les moabites alors que c’est grâce à eux qu’il a réussi à se hisser à la tête d’Israël? Parce qu’il a vécu longtemps parmi eux, que les hébreux et les moabites se sont rapprochés et que les hébreux qui s’étaient déjà rebellés à plusieurs reprises contre son autorité auraient pu apprendre de la bouche de moabites certaines anecdotes à son sujet qui l’auraient définitivement discrédité aux yeux de son peuple! Il ne pouvait évidemment pas se le permettre et avait décrété cette guerre pour les réduire définitivement au silence. Décidément, la prudence confinait à la paranoïa chez cet homme qui ne laissait rien au hasard. Et pourquoi cet homme avait-il jeté son dévolu sur Canaan? Sébastien chercha brièvement quelques données sur cette région à l’époque mosaïque. Satisfait, il se rejeta en arrière dans le fauteuil de cuir noir. Là encore, ce choix n’avait pas été fait à la légère. Occupée à l’origine par des tribus semi nomades qui se combattaient régulièrement, Canaan avait été reprise par l’Egypte. Cependant, la région avait été le théâtre de violents combats entre l’Egypte et le Hatti. Moïse, patient, avait baladé le peuple hébreu dans le désert en espérant que ces deux puissances de force équivalente s’anéantissent mutuellement et se désintéressent progressivement de ce territoire finalement sans attrait particulier. La paix signée entre Ramsès et Hattousil le servait au-delà de ses espérances. Aucun des deux souverains ne pourrait revendiquer la propriété de cette région sans compromettre la paix encore précaire qui venait d’être négociée. Il pouvait donc s’en rendre maître sans autre protestations que celles des tribus endémiques que les hébreux anéantiraient d’autant plus facilement que leur supériorité numérique était grande. En outre, la présence des hébreux ne pouvait que satisfaire l’Egypte et le Hatti. Etant de loin incapables de prétendre à la conquête de l’un ou de l’autre de leurs puissants voisins, Canaan représenterait une zone tampon qui pacifierait la région. Voilà tout simplement ce qui avait poussé Moïse à établir son peuple à cet endroit. C’était finement joué et l’histoire avait donné raison à ce diplomate expert en géopolitique qu’était Moïse. Sébastien étira voluptueusement ses bras au-dessus de sa tête. La porte du bureau claqua violemment, interrompant son geste et s’ouvrant sur Valérie escortée de deux hommes dont l’un ne lui était que trop connu.
«- Où est-il? Rugit-elle.
- Qui? Répliqua-t-il, ébahi par ce qu’il voyait et ne parvenait pas à comprendre.
- Maxime! Ne te fais pas plus bête que tu ne l’est, Séb. Rétorqua-t-elle en s’avançant vers lui. Brusquement, Sébastien comprit que la frêle jeune femme qui le fusillait de ses yeux bleus n’avait plus rien de l’amie avec qui il avait partagé tant de bons moments.
- Il est allé au bureau transmettre mon manuscrits à ses collaborateurs… Qu’est-ce qui te prend?
- Et toi? Quelle folie es-tu en train de commettre?
- Je fais mon travail:j’informe mes lecteurs.
- Ce n’est pas de l’information, c’est de la diffamation!
- Assieds-toi et discutons. Peut-être pourras-tu me convaincre de mon erreur? Elle lui décocha un regard assassin avant de tourner les talons et de s’adresser à ses acolytes
- Il n’est peut-être pas trop tard pour le rattraper.» Leur lança-t-elle avant de disparaître. Sébastien inséra aussitôt une disquette dans l’ordinateur et fit une copie de son texte. Il n’avait jamais soupçonné que Valérie eut une quelconque appartenance religieuse et se demandait encore ce qui lui arrivait quand Maxime entra et s’assit lourdement face à lui.
«- Rassure-moi, Max. Tu comprends ce qui est en train de se passer, toi?
- Oui, elle m’a pris pour le roi des cons! Voilà ce qui se passe… J’aurais dû les écouter…
- Où étais-tu?
- Désolé, vieux, mais je n’ai eu que le temps de me cacher dans le jardin quand je les ai vus arriver.
- Sympa!
- Tu ne m’as pas épargné non plus en me les envoyant!
- Tu nous entendais? Maxime acquiesça silencieusement.
- Je suis resté à proximité en cas de besoin… Lui expliqua-t-il en révélant un pistolet glissé dans sa ceinture et recouvert par sa veste.
- Là, c’est du délire! Protesta Sébastien en se levant d’un bond de son fauteuil pour arpenter nerveusement la pièce de long en large. Tu n’aurais pas tiré, quand même?
- Je ne sais pas. Elle n’était pas dans de meilleures dispositions que moi et elle n’avait pas l’air de se poser de questions!
- Elle n’était pas armée
- Qu’en sais-tu? Sébastien s’arrêta net et se laissa tomber dans le fauteuil.
- Tu as raison, je n’en sais rien. Soupira-t-il. Peux-tu m’expliquer ce qui se passe? Maxime ferma les yeux et lui opposa un silence buté avant de se décider à lui répondre.
- Je suis tombé amoureux de Valérie dès que je l’ai vue. Jamais je ne me suis posé de questions à son sujet. Quand elle m’a dit qu’elle avait fait ses études dans une institution catholique parce que ses parents croyaient que c’était le seul moyen de venir à bout de son caractère difficile, je l’ai crue sur parole. Lorsque nous nous sommes fiancés et que je lui ai demandé si elle souhaitait un mariage religieux, elle a catégoriquement refusé, affirmant haut et fort qu’elle était athée. Je l’ai crue sans l’ombre d’un doute et nous n’en avons jamais plus parlé. J’ai toujours fait en sorte qu’elle ignore ce qui se passait quant à mes convictions.
- Ton tatouage…
- Je lui ai raconté que c’était le piètre résultat d’une soirée de beuverie entre étudiants et elle a paru me croire… L’année dernière, j’ai reçu au bureau un rapport d’enquête à son sujet… Le Vatican est un état et il dispose au même titre que les autres d’un service de renseignements. Si la religion s’effondre, ce minuscule mais richissime état disparaît. Ils ont placé leurs espions auprès d’organes stratégiques et la presse et en particulier les maisons d’éditions sont ceux qu’ils redoutent le plus. Les preuves qui m’ont été transmises sont accablantes, Séb.
- Il te suffisait de divorcer.
- Facile à dire! Elle ne m’a jamais aimé, c’est un fait, mais moi, je tiens à elle.
- Que comptes-tu faire? Maxime haussa les épaules avec agacement.
- Ce que j’ai à faire, évidemment. Il n’y a pas d’autre solution.
- Je suis désolé…
- Il n’y a pas de quoi, vraiment. Tout ça a commencé bien avant que tu ne trouves ce manuscrit et tu n’es pas responsable de ma naïveté. J’ai deux ou trois coups de fil à passer, Séb.» Lui dit-il finalement en se levant.

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