Si madame Blavatsky a raison…

Publié le par Sandrine

- Si madame Blavatsky a raison… Nuança Valérie. N’oublie pas quand même que cette femme, si intelligente soit-elle, et peut-être plus encore parque qu’elle l’est, est tout de même, d’après ce que j’ai pu comprendre, à l’origine d’une secte et que ses propos sont sujets à caution.
- Rassure-toi, j’en suis parfaitement conscient et je me fais fort de vérifier chacune de ses affirmations d’ici demain. Toujours est-il que grâce à elle s’ouvrent de nouvelles pistes de réflexion que je n’aurais jamais envisagées. Nazaréen, par exemple, est un adjectif que je prenais uniquement au sens géographique du terme. Sans elle, je n’aurais jamais imaginé que ce mot ait une double acception et ce, parce que j’ignorais tout de la secte des Nazars. J’ai établi les liens entre les apôtres et Jésus, anéantissant ainsi le mythe de la conversion miraculeuse. Madame Blavatsky abonde dans mon sens et étaye ma théorie puisque selon elle, il existait non seulement des raisons familiales, géographiques et professionnelles pour qu’ils se connaissent avant le miracle du pêcheur d’hommes, mais il y avait également une raison religieuse pour cela. En outre, elle nous dit que Jésus appartenait à une secte de guérisseurs, or la plupart des miracles attribués à Jésus sont d’ordre médical. Ca corrobore mon idée selon laquelle il mettait en pratique un savoir ignoré de tous ceux qui n’appartenaient pas à cette secte et qu’il ne disposait d’aucun pouvoir paranormal.
- D’accord. Répliqua Maxime. Ca, c’est pour les bonnes nouvelles, mais qu’en est-il du guêpier dont parlait le détective? Sébastien soupira lourdement, son bel enthousiasme s’étant brusquement envolé à cette sinistre perspective.
- Ca, c’est vraiment embêtant. Nous n’avons pas à faire à un simple mouvement religieux, mais à tout un réseau de société secrètes qui ont toutes un lien entre elles et qui ne manquent pas de poids puisque j’ai cru comprendre qu’elles avaient influencé l’histoire mondiale sans qu’aucun d’entre nous ne s’en aperçoive. La théosophie, par exemple, a manipulé Gandhi et n’est pas étrangère à ce qui s’est passé aux Indes, de même qu’elle est liée aux mouvements féministes, ainsi qu’aux mouvements socialistes et à la franc maçonnerie. Maxime se passa une main sur le visage.
- C’est déjà une sacrée embrouille, mais j’ai la désagréable sensation que tu ne me dis pas tout… Sébastien hocha sombrement la tête.
- Il y a effectivement plus grave que ça. La théosophie est liée à un mouvement nommé la sainte Vehme qui avait pour habitude de tenir un tribunal sommaire pour juger ceux qui allaient à l’encontre de leurs principes et après avoir prononcé leur sentence, s’empressaient soit de pendre le coupable haut et court au premier arbre venu, soit de le poignarder.
- Je t’accorde que l’existence d’un tel mouvement n’a rien de rassurant eu égard aux circonstances actuelles, mais je ne vois pas quel rapport il y a entre le décès de Richard, le lynchage symbolique d’hier soir et leurs méthodes d’exécution. Rétorqua Vlaérie, sceptique.
- C’est parce que ça n’a rien à voir avec ces deux évènements. En revanche, je me permets de te rappeler que le libanais, lui, est mort la gorge tranchée. J’ose simplement espérer qu’ils ne m’ont pas vu ramasser ce cahier.
- Ce qui m’intrigue surtout, c’est qu’ils n’aient pas pensé à le lui prendre… Remarqua Maxime tout en leur servant un apéritif.
- Je crois surtout qu’ils n’en ont pas eu le temps. N’oublie pas dans quelles circonstances tout cela s’est passé. Nous étions pilonnés par l’aviation israëlienne et il ne faisait pas bon traîner dans la rue. Ils ne sont pas idiots: ils ont vu l’avion arriver et savaient parfaitement ce que ça signifiait. Lui répondit-il en avalant une gorgée du breuvage doré.
- Voilà où mène la littérature!» Conclut amèrement Valérie en levant son verre tout en promenant un regard triste sur les murs du salon. Le silence dans lequel elle s’enferma sonnait aux oreilles de Sébastien comme autant de regrets criants et de reproches tonitruants. Il fut saisi d’une brusque envie de s’excuser, s’imaginant que sa simple présence devait lui être pénible mais pas un mot ne franchit ses lèvres closes. Un terrible sentiment d’impuissance l’étreignit, d’autant plus douloureux qu’elle lui paraissait définitive, immuable, éternelle. Valérie se leva et reprit ses tâches de maîtresse de maison sans plus s’occuper des deux hommes.

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