Sonner à la porte de Samira l’engageait...

Publié le par Sandrine

Sylvie hésitait. Sonner à la porte de Samira l’engageait dans une voie à laquelle elle ne voyait pas d’issue. Mais l’homme en gris l’avait acculée: l’organisme d’ H L M l’avait contactée pour lui signifier son congés et une assistante sociale s’était présentée pour l’informer que quelqu’un avait signalé des maltraitances sur son fils.
Elle ne pouvait se permettre de résister davantage. La survie était devenue pour elle une seconde nature et son instinct lui commanda d’y sacrifier Samira. Elle appuya sur la sonnette et attendit. Surprise, Samira l’invita néanmoins à entrer. Elle attendait visiblement des explications. Sylvie s’assit lourdement et évita soigneusement de croiser son regard.
«- Un homme est venu chez moi tout à l’heure. Il m’a dit s’appeler monsieur Bès. Il m’a demandé de vous contacter et de vous envoyer dès que possible au café du coin de la rue.
- Je ne connais pas de monsieur Bès.
- Il vous attend. Samira fronça les sourcils. Si la demande de cet inconnu était angoissante en elle-même, c’était l’expression soucieuse du visage de Sylvie qui l’inquiétait le plus.
- Visiblement, quelque chose ne va pas, Sylvie.
- Ca ne va pas du tout… Ca n’a jamais été aussi mal… Répondit-elle dans un soupir, les yeux pleins de larmes. Samira, je ne devrais pas vous le dire mais j’ai d’abord refusé de jouer les intermédiaires mais cet homme a réussi à me causer plus d’ennuis en quelques heures que je n’en ai eu en une vie… Je n’ai pas eu le choix. Samira croyait Sylvie sans réserve, même si en cet instant elle se moquait des pressions qu’elle subissait.
- Cet homme vous fait peur, n’est-ce pas?
- Ecoutez, je suis payée pour vous transmettre son message et en aucun cas pour vous faire part de mes impressions à son sujet. S’il l’apprenait… Elle est aussi franche qu’elle peut l’être dans sa situation, songea Samira. Et pourtant, je hais la lâcheté qui l’a poussée à me trahir! Il y avait obligatoirement un autre moyen d’agir… Pestait-elle intérieurement.
- Ma question va vous paraître stupide, mais vous a-t-il parlé de ses intentions à mon égard?
- Je n’en sais rien et je doute qu’il ait jamais pensé à m’en faire part. Allez-y, Samira, je vous en prie. C’est ma seule chance de me débarrasser de lui. La supplia-t-elle soudain, perdant toute dignité.
- Et si je refusais purement et simplement d’y aller? La provoqua-t-elle.
- Ce serait une erreur lourde de conséquences pour vous comme pour moi. Samira eut une moue de dégoût: cette femme lui demandait une faveur et n’hésitait pas dans le même temps à la poignarder. Sylvie resta un instant silencieuse.
- Vous êtes impliquée dans quelque chose qui nous dépasse vous et moi, si vous voulez y voir plus clair, vous n’avez pas d’autre solution que de vous présenter à ce rendez-vous. Plaida Sylvie.
- Et si je n’avais finalement aucune envie de me prêter à ce petit jeu?
- Il saura vous convaincre et vous regretterez de ne pas m’avoir écoutée… Samira demeura impassible mais son regard se durcit.
- Pas autant que vous… Fit-elle ironiquement. Piquée au vif, Sylvie soutint enfin son regard.
- C’est une invitation que vous n’avez pas le pouvoir de décliner et je vous trouve extrêmement mesquine de vouloir me faire endosser la responsabilité de votre impuissance.
- Mesquine? Samira eut un petit rire nerveux. Vous devriez réfléchir avant de dire des âneries!
- Que comptez-vous faire? Insista Sylvie.
- Vous mettre à la porte. Ma décision ne vous concerne pas puisque vous ne voulez avoir aucune responsabilité dans ce qui pourrait arriver. Sortez, Sylvie, vous êtes pathétique! » Sylvie ferma les yeux quelques secondes sous l’affront et s’éclipsa sans un mot.

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