Sylvain décida de s’atteler immédiatement...

Publié le par Sandrine

Sylvain décida de s’atteler immédiatement à la rédaction de cette lettre, non sans s’être servi préalablement un grand verre de vin d’orange. Il valait mieux être éméché pour écrire sans vergogne de tels aveux.
«Laura,
Je vous écris cette lettre pour vous expliquer les raisons qui me poussent à vous confier à une collègue qui, elle, pourra vous aider réellement. Vous seriez surprise de savoir quel malaise et quelles difficultés j’éprouve à vous écrire cette lettre. Je ne sais à quel moment exactement tout a basculé… Au départ, vous n’étiez à mes yeux qu’une patiente comme les autres mais peu à peu j’ai commencé à ressentir bien autre chose à votre égard qu’un intérêt purement professionnel. Je conçois ce qu’il y a d’agaçant et de vexant à lire ainsi l’aveu des sentiments d’un vieux bonhomme comme moi et je vous prie de m’en excuser. Donc, est arrivé le moment où j’ai succombé au charme de votre faiblesse. J’ai cru prétentieusement être le seul capable de vous protéger. Et du désir de protection au désir tout court, il n’y a qu’un pas que j’ai franchi sans m’en apercevoir jusqu’à hier. Vous voir ainsi m’a mais face à ce désir inavouable qui me sautait soudain à la figure. Dans notre jargon, nous appelons «transfert» ce type de phénomène. Il se produit du patient vers le psychiatre. Et là… C’est très exactement le contraire qui s’est produit. Vous êtes belle, Laura. Je ne sais pas si quelqu’un a déjà pris la peine de vous le dire et j’en doute quand je me rends compte avec quel naturel vous charmez votre entourage en toute innocence et sans même vous en donner la peine. Bien des femmes vous jalouseraient de disposer de pareils atours… Enfin, là n’est pas le problème, vous verrez cela avec le docteur Volanges. J’ai décidé de vous confier à elle parce que je ne dispose plus de l’objectivité nécessaire pour mener à bien votre thérapie. Je crains de vous faire plus de mal que de bien et ce n’est pas là mon but. Je ne vous abandonne pas, Laura. Je m’enfuis non pas devant vous, mais devant mes propres faiblesses. J’espère de tout cœur que vous parviendrez à trouver la paix et le bonheur. Encore une fois, je vous présente mes excuses. Sylvain plia la lettre sans la relire et la fourra précipitamment dans une enveloppe qu’il cacheta. Il rit amèrement de sa lâcheté et les propos ironiques de Nadine rejaillirent dans son esprit.

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