Tandis que Julien les guidait...

Publié le

Tandis que Julien les guidait à travers un véritable dédale de couloirs, Séréna observait le lieu où ils se trouvaient. Les couloirs étaient totalement plongés dans l’obscurité et seules de pauvres ampoules nues permettaient d’y voir un peu grâce à la lumière jaunâtre qu’elles y jetaient. Intriguée, elle passa sa main sur le mur et constata non sans stupeur qu’il était fait de torchis légèrement ocre. Lorsqu’elle retira sa main, Julien s’était arrêté et leur désignait une mauvaise échelle de corde et de bois.
«- Je suis navré, mais c’est le seul moyen d’entrer ou de sortir d’ici. Yannis, vous pouvez y aller. Quant à vous, Séréna, préférez-vous prendre l’échelle ou l’ascenseur?
-Quel ascenseur? S’étonna-t-elle.
-Il vous suffit de jeter vos bras autour de mon cou pour en bénéficier. Séréna éclata de rire.
-Merci, Julien. Je suis encore assez solide pour que cette échelle ne m’effraie pas.
-J’espère que vous ne m’en voudrez pas de m’en assurer en me plaçant derrière vous?
-Pas le moins du monde.» Parvenus à l’extérieur, Séréna et Yannis, éblouis pas la violence du soleil, se protégèrent de ses rayons en plaçant simultanément leurs mains en visière au dessus de leurs yeux. «Par ici.» Leur indiqua Julien en prenant Séréna par le bras. Ils parcoururent une centaine de mètres sur un sol desséché qui criait sa soif par ses innombrables craquelures.
«- Venez près de moi et regardez un peu cette merveille.» Les convia Sonia en appuyant sa déclaration d’un geste large du bras. Le souffle coupé, ils n’en croyaient pas leur yeux. Une immense crois filigranée se découpait dans le sol et ils eurent le plus grand mal à réaliser que c’était de cet édifice troglodyte qu’ils venaient.
«- Où sommes-nous? Demanda finalement Yannis.
-En Ethiopie.
-Pardon? S’exclama-t-il, incrédule.
-Tu as bien entendu. Vous êtes en Ethiopie.
-Mais pourquoi? Insista-t-il.
-Décidément, la patience n’est pas une vertu familiale. Les taquina-t-elle. Je vais tout vous expliquer. Vous me permettrez quand même de vous faire les honneurs des lieux. Suivez-moi, nous retournons à l’intérieur. Il vous faudra changer de tenue si vous voulez sortir à nouveau. Le soleil n’est pas tendre avec ceux qui ont la peau pâle. Les coups de soleil, pour ne pas dire les brûlures et les insolations seront vos ennemis les plus implacables ici. Après vous… »Leur dit-elle une fois parvenus devant l’entrée. A la manière dont elle les pilota dans le labyrinthe des couloirs qui s’entrecroisaient, Séréna et Yannis en déduisirent qu’elle avait dû séjourner ici bien plus longtemps qu’elle ne le leur avait avoué. Après dix bonnes minutes de marche desquelles ils sortirent étourdis par les nombreux détours qu’ils avaient décrits, Sonie s’arrêta finalement devant une imposante porte à double battants qu’elle ouvrit en grand. Stupéfaits, Séréna et Yannis demeurèrent pétrifiés sur le seuil. Une immense salle du trône s’ouvrait à eux. Le trône lui-même était de mauvais bois rongé par les années et les insectes xylophages et la pièce ne se distinguait de leurs chambres que par ses dimensions. Des piles de coffres de bois peints de toutes tailles s’amoncelaient partout, il devait y en avoir des centaines. La simplicité et la vétusté du décor ajoutaient encore à la majesté de ce lieu hors du temps.
«- Vous pouvez entrer. Il n’y a rien à craindre.» Séréna entra la première, entraînant derrière elle Yannis qu’elle avait instinctivement pris par la main. Ils se rendirent aux côtés de Sonia, inexplicablement rassurés par sa présence. Elle ouvrit un coffre et en sortit un parchemin jauni dont l’aspect trahissait le grand âge.
«- De quoi s’agit-il? Demanda la vieille dame dont la curiosité naturelle avait repris le dessus.
-C’est l’ancien testament, il s’agit du manuscrit écrit de la main de son auteur authentique. Je ne vous demanderai pas d’en lire quelques lignes pour vous en assurer, à moins que vous ne parliez hébreu.
-Non. Confirma-t-elle, dépitée. Et c’est bien la première fois que je le regrette sincèrement.
-Venez. Leur dit-elle en s’approchant d’un autre coffre. Dociles, ils la rejoignirent sans un mot. Les fines mains de Sonia plongèrent dans le ventre du coffre et en extirpèrent une couronne d’épines. Séréna ne put contenir une exclamation de surprise.
-Ne me dites pas que c’est…
-Et pourtant, c’est précisément ce à quoi vous pensez. C’est la couronne que portait le Christ au moment où il a été crucifié.
-Tout cela est certes extraordinaire, mais je ne vois vraiment pas en quoi ça me concerne. Protesta le jeune homme.
-Cela te concerne directement, au contraire. Encore un peu de patience, Yannis. Ce n’est plus qu’une question de minutes, à présent. Cette salle est celle qu’occupent tous les rois éthiopiens depuis les origines. Comme vous le savez sans doute, les éthiopiens sont de fervents chrétiens et ce sont eux qui, de l’avis de nombreux experts en la matière, pratiquent le culte le plus pur.
-Pourquoi n’y a-t-il personne dans cette pièce, dans ce cas? Demanda Yannis.
-La monarchie éthiopienne est une monarchie de droit divin. Les monarques sont à la fois rois et prêtres. Suite à certaines découvertes que je vais vous faire partager, les éthiopiens ont décidé à l’unanimité de ne plus continuer à pratiquer leur religion. La monarchie a survécu à ce profond bouleversement, mais elle a décidé de s’établir ailleurs. C’est pourquoi cette salle est laissée à l’abandon depuis quelques années.
-Je ne vois toujours pas ce que je viens faire là dedans. Insista Yannis, buté.
-Et tu es têtu, en plus! Venez, j’ai autre chose à vous montrer.» A nouveau, ils arpentèrent des enfilades de couloirs jusqu’à s’arrêter devant une porte de taille plus modeste que la précédente. Eberlués, ils emboîtèrent le pas à Sonia qui les entraînait dans un laboratoire dernier cri. Les ordinateurs côtoyaient des fioles aux liquides bariolés et des dizaines de personnes en blouses blanches se pressaient dans les allées étroites. Des bouches de celles-ci fusaient toutes les langues. Sidérés, ni Séréna ni Yannis ne dirent mot et ils suivirent Sonia comme des automates privés de volonté lorsqu’elle se dirigea vers une pièce attenante. Cela ressemblait à une vaste salle à manger collective et, abasourdis de tant de surprises consécutives, ils ne s’étonnèrent plus d’y trouver le couvert dressé à leur attention. Séréna se trouva néanmoins un peu gênée de la profusion d’aliments disposés sur la table, ayant connaissance de la misère implacable qui s’abattait régulièrement sur le pays.
«- Ne soyez pas embarrassée. Commença Sonia qui avait perçu son malaise. Nous leur achetons toutes ces denrées et faisons ainsi fonctionner leur économie. Ce n’est pas de pitié dont ces gens ont besoin, c’est de travail et de reconnaissance. Ce sont des adultes responsables, nous n’avons pas à les considérer comme des enfants incapables de prendre les bonnes décisions pour eux-mêmes. Bref, vous pouvez profiter pleinement de ce repas.
-Merci de votre franchise.
-Tu pouvais continuer dans cette voie et me donner enfin les explications que tu m’as promises. Poursuivit Yannis sans aménité.
-Soit. J’avais peur de te couper l’appétit mais puisque tu y tiens…
-C’est ton silence qui me rend malade.
-Il y a vingt huit ans, j’étais aide soignante à l’hôpital, quand, un jour, j’ai vu arriver un homme étrange aux urgences. Il venait d’être agressé et avait besoin de points de suture à l’arcade sourcilière. Le médecin de garde était épuisé et débordé et je ne crois pas qu’il ait réellement fait attention à lui. J’étais en train de faire un peu de rangement dans la salle alors qu’il se faisait soigner. Je suis passée saluer une collègue du secrétariat quand j’ai eu fini mon service, il terminait de remplir quelques papiers. J’ai pris de ses nouvelles et nous avons sympathisé. J’étais fascinée par son intelligence et son érudition et, après deux ou trois rendez-vous, j’étais bien près de tomber éperdument amoureuse de lui mais je ne parvenais pas à occulter l’étrangeté de son physique. Il était très grand, longiligne, avait des yeux très clairs et petits, une peau extrêmement pâle qui le faisait paraître maladif, et surtout, un crâne très volumineux à l’arrière de sa tête. Je me sentais terriblement coupable de passer à côté de quelqu’un de si exceptionnel pour de telles raisons. Nous nous sommes revus malgré tout plusieurs fois et j’ai succombé à son charme mystérieux. C’était ton père, Yannis. Je l’ai aimé à la folie, et c’en était bien une, hélas. J’ai fait la plus grosse bêtise de ma vie et je t’ai mis dans une situation impossible. Nous nous sommes installés ensemble. Il me disait qu’il était chercheur au C. N. R. S. en sociologie. Je l’ai cru sur parole. Un jour que je faisais des courses au marché, une femme m’a abordée. Elle m’a demandé quel plaisir je prenais à vivre avec le démon. J’ai protesté et je lui ai assuré qu’elle se trompait. Elle m’a alors demandé si la forme de son crâne ne m’avais jamais intriguée. J’ai cessé de nier pour commencer à m’intéresser à ce qu’elle disait. Elle m’a entraînée dans le premier café venu et a continué. Elle m’a affirmé qu’il m’avait menti à propos de son identité et de sa profession. Elle l’appelait l’homme futur, me disait qu’il portait le mal en lui et assurait qu’il représentait un danger immédiat pour moi. Quand je suis rentrée, il était sorti et j’étais terriblement par cette conversation. Elle m’avais dit des choses que seule une personne qui l’aurait connu intimement aurait pu savoir. Je l’aimais, mais il fallait que j’en ai le cœur net. Sion ordinateur était sur la table du salon. J’ai pris une disquette et j’ai transféré une copie de ses dossiers sur celle-ci. J’ai entendu des pas dans l’escalier et j’ai eu peur d’être surprise. J’ai caché cette disquette derrière une armoire et je l’ai oubliée. Oui, je l’ai oubliée de toutes mes forces. La vie a repris son cours. Il était toujours égal à lui-même: tendre, attentionné, passionnant. Je me suis dit que j’étais ridicule et j’ai balayé d’une revers de main tous mes doutes le concernant. La vie avec lui était merveilleuse, je vivais un conte de fées. Je n’ai rien vu venir. Il est parti un jour pour un congrès qui devait durer deux jours. Il n’est jamais revenu et n’a jamais cherché à reprendre contact avec moi. J’ai cru devenir folle de douleur. Et ça ne s’est pas arrangé par la suite… Je me suis aperçue que j’étais enceinte. Etre fille mère n’avait rien d’évident et j’avais une lourde décision à prendre. J’étais prête à tout pour te garder mais j’étais terrorisée à l’idée de ne pas être à la hauteur et de te rendre malheureux. J’étais complètement perdue et je ne m’expliquais toujours pas son départ. C’est alors que j’ai repensé à cette disquette. J’ai essayé de la lire pour y trouver une réponse mais le texte qu’elle contenait était rédigé en une langue qui m’était totalement inconnue. J’étais désespérée. C’est alors que la femme que j’avais rencontrée est réapparue. Elle a tout simplement sonné à ma porte. Elle était accompagnée d’une linguiste. J’avais peur d’être abusée. J’ai accepté qu’elle la traduise à condition qu’elle le fasse en ma présence. Elle m’a semblée sidérée en lisant le texte. C’était de l’araméen. Sans aucune réticence, elle a traduit sous mes yeux l’ensemble du texte. Sarah, la femme qui m’avait abordée, et moi avons beaucoup discuté pendant ce temps-là. Elle était éthiopienne. Elle m’a expliqué que si le culte qu’ils pratiquaient était le plus pur, c’était aussi le plus dur, surtout quand on a la malchance de naître femme. Elle croyait en dieu, mais elle ne pouvait croire que celui au nom duquel on lui imposait tant de souffrances était bien le créateur de toute vie et elle s’employait à démontrer que la Bible était une immense surpercherie. Elle s’était progressivement entourée de scientifiques qui se trouvaient être d’ardents défenseurs de la cause féminine et ils ont entrepris un véritable travail de titan. Quand la linguiste a eu fini sa traduction, elles se sont levées et sont parties. Je ne les ai jamais revues. Sitôt qu’elles eurent tourné les talons, je me suis mise à lire la disquette. J’étais atterrée. Ton père était bien un chercheur, mais le sujet de l’expérience, c’était nous! La disquette contenait non seulement ses conclusions à propos de l’étude en cours mais également l’ensemble des précédentes. Je ne tiens pas à te les relater dans le détail, Yannis, aussi je te donne une copie intégrale du texte et une Bible. Tu te feras une opinion par toi-même.
-Tu m’as fait venir ici pour m’expliquer que mon père était un monstre! Hurla-t-il en se levant d’un bond. Et ça! Dit-il en brandissant le lourd feuillet qu’elle avait posé devant lui. Que veux-tu que j’en fasse? Quelle garantie ai-je qu’il s’agit de la traduction d’un texte en araméen plutôt que d’un tissu d’insanités issues d’un cerveau dérangé? Explosa-t-il.
-Parce que j’ai des preuves concrètes à t’apporter! Parce que tu es la preuve vivante de ce que j’avance! Parce que tu es mon fils et que je n’ai aucun intérêt à te mentir! Sonia se leva brusquement, se rua sur lui et l’attrapa fermement par le bras. Viens! Puisque tu veux des preuves irréfutables, je vais t’en donner! Venez, Séréna. Puisqu’il n’a confiance qu’en vous, vous serez notre témoin! Suis-moi et prépare-toi à être surpris, Yannis. Sans le lâcher, elle traversa le laboratoire sous les yeux ébahis des scientifiques qui suspendirent brièvement leurs activités. Elle poussa une porte blanche et ils se retrouvèrent dans un laboratoire d’imagerie médicale. Julien, qui étudiait tranquillement quelques clichés, les reposa et vint à eux.
-Que se passe-t-il?
-Ce jeune homme veut des preuves avant toute chose. Nous allons le satisfaire! Emmène Séréna derrière ta console et explique lui comment tout cela fonctionne. Je veux qu’elle puisse attester de notre honnêteté.
-S’il vous plaît… Lui dit-il en glissant son bras sous le sien.
-Ceci est un I R M, Yannis. Nous allons prendre des clichés de ton crâne et de ceux d’une dizaine de personnes de toutes origines qui se trouvent à côté. Nous les comparerons ensemble et tu en tireras ensuite tes propres conclusions. Il y a un paravent derrière lequel tu trouveras une blouse. Change-toi et n’oublie pas d’enlever tes bijoux. » Yannis haussa les épaules et se dirigea vers le paravent. Il commençait à trouver tout cela profondément ridicule et regrettait d’avoir finalement rencontré celle qui lui avait donné le jour. Non, il ne s’était vraiment pas attendu à ça et en ressentait une violente colère. Comment pouvait-il en être autrement alors qu’il venait d’apprendre que sa conception avait été vécue comme une catastrophe et que son père était l’ennemi public numéro un ? Il obéit comme une marionnette aux instructions de Julien, ne les entendant qu’à moitié, trop préoccupé par les pensées qui se bousculaient en lui. Julien dut lui répéter deux fois qu’il pouvait aller se rhabiller et Yannis dut s’ébrouer pour revenir à la réalité. Sitôt vêtu décemment, il passa à côté de Sonia sans lui accorder un regard et se rendit aux côtés de Séréna, seul élément stable de cet univers qui s’écroulait progressivement autour de lui.
«- Calme-toi. Lui dit-elle. Tu viens d’apprendre une bien mauvaise nouvelle que nous n’avons aucun moyen de vérifier pour l’instant. Laisse à Sonia le temps d’abattre ses cartes.
-Nous jugerons après.
-C’est un peu gros tout ça, tu ne trouves pas?
-Si. Mais il ne faut préjuger de rien. Laisse-la faire. Nous agirons en conséquence. Yannis nia de la tête.
-Nous avons fait une erreur: nous aurions dû commencer par vérifier qu’elle est bien ma mère. Jusque là, rien ne le prouve.
-Si vous le souhaitez, je peux vous aider sur ce point. Intervint Julien. Nous pouvons faire un test A D N. Il serait regrettable pour vous comme pour nous d’avoir commis une si lourde faute. Cela compromettrait vingt cinq ans de recherches et c’est un luxe que nous ne pouvons nous permettre. Vous avez entièrement raison, Yannis, nous aurions dû commencer par là. Nous y remédierons dès que nous en aurons fini avec cette petite expérience.
-Qui tend à prouver quoi? Que je suis anormal et éventuellement dangereux?
-Non, que vous êtes différent et porteur d’espoir. Vos informations sont encore parcellaires et elles ont trait à ce qu’il y a de plus intime en vous. Il est logique que vous en soyez affecté.
-Finissons-en, je suis fatigué.
-Non seulement je vous promets que nous nous en tiendrons à ces examens pour aujourd’hui, mais je vous invite à une petite virée entre hommes. Désolé, Séréna.
-Que peut-il bien y avoir à faire ici la nuit?
-Une ballade extraordinaire dans la savane. La faune nocturne vaut le détour, croyez-moi.
-Au point où j’en suis… Répondit-il, boudeur.
-Allez, un peu de courage. Accordez-moi votre attention , nous avons tous les clichés dont nous avons besoin. Celui-ci est le votre. Déclara-t-il en le plaçant à l’angle gauche du panneau lumineux. Regardez-les, comparez-le aux autres, et dites-moi ce que vous remarquez. Yannis s’en approcha et le fixa silencieusement quelques instants.
-Auriez-vous une règle?
-Tenez. Il mesura tous les crânes en partant des fosses nasales jusqu’à l’occiput. Il termina par le sien et reposa la règle. Il jeta un regard interrogatif à Séréna qui opina du chef. Il soupira lourdement.
-Il est incontestablement plus grand que les autres à l’arrière. Et pourtant, je n’avais jamais rien remarqué.
-C’est bien normal. Cette différence qui vous trouvez si importante sur le papier est de l’ordre du centimètre. Il est quasiment impossible de s’en apercevoir à l’œil nu. Sonia m’a dit qu’elle vous avais parlé de l’os xyphoïde. Que diriez-vous d’y jeter un œil?
-Si je vous suis, vous vous attendez à le trouver légèrement plus courbé que les autres…
-En effet, mais vérifions tout de même. Il installa une nouvelle série de clichés sur le panneau et indiqua à Yannis l’emplacement de l’os qui les intéressait. Le jeune homme blêmit soudainement. Julien s’empara de son bras et le contraignit à s’asseoir sur le siège le plus proche.
-Je suppose qu’il est inutile de procéder au test A D N… Dit-il dans un souffle.
-C’est à vous d’en décider. Même si effectivement ça n’aura plus grand sens maintenant.
-Tout ça signifie que je suis une espèce de mutant.
-Nous aussi si nous considérons que la norme est le chimpanzé et ça n’empêche personne de dormir. Je préférerais dire que vous êtes l’étape intermédiaire entre l’homme actuel et l’homme futur. Vous êtes la transition entre deux mondes.
-Un hybride, en somme.
-Cela dépend de vos capacités à vous reproduire. Répliqua Julien avec un sourire de connivence. Yannis, qui tenait à afficher sa mauvaise humeur, ignorait délibérément les efforts de Julien pour se rapprocher de lui et le rassurer.
-Et en quoi cette nouvelle est-elle porteuse d’espoir?
-Je suis navré, Yannis, mais ce que je suis habilité à vous dire s’arrête ici. Si vous êtes dans ce laboratoire, c’est que Sonia a dû vous remettre des documents à étudier. Il faudra que vous vous résolviez à les consulter si vous voulez en savoir davantage.
-Je vous croirai sur parole, mais maintenant, j’ai besoin de savoir. D’où vient mon père, qui il est, qui veut me nuire et pourquoi, quel est le but exact de vos recherches et quel est le lien de tout cela avec la Bible? Plus vous me donnez d’explications, plus vous soulevez de questions et différez les réponses. Je suis en train de devenir fou.
-C’est tout le contraire de ce que nous voulons. Nous souhaitions vous faire avancer pas à pas pour vous donner le temps d’absorber les chocs successifs que cela engendrerait et vous apporter à chaque étape les preuves de nos assertions. Je suis désolé de vous voir si désemparé. Venez, nous allons rejoindre Sonia. Elle doit être au réfectoire. Séréna retint Julien.
-Elle l’aime, n’est-ce pas?
-Pourquoi cette question? Séréna lui adressa un sourire désabusé.
-Il n’y a qu’une mère pour voir la souffrance d’une autre mère.
-Depuis que j’ai rencontré Sonia, sons fils, outre ce qu’il représente, ne cesse de l’obséder. Elle se sent terriblement coupable de ce qu’elle a été contrainte de faire. Personnellement, je me sens rigoureusement incapable de porter le moindre jugement à son égard. Je me contente de la soutenir et d'essayer de la comprendre.
-Il est des prérogatives que l’amour interdit, je me trompe?
-Vous êtes redoutable, Séréna. Ce n’est pas le crâne de votre petit fils que nous devrions passer au crible, mais le votre.
-Traitez-le avec respect et humanité ou vous ne tarderez pas à lui découvrir des capacités insoupçonnées.
-Je comprends vos craintes et c’est précisément ce que nous voulons lui éviter en tombant entre leurs mains.
-Celles des hommes du futur? Julien éclata de rire.
-Vous avez beau vous déguiser, vous n’avez rien d’une inoffensive grand-mère et je saurai m’en souvenir. Allons-y. Nous sommes attendus. Séréna et julien eurent la surprise de voir Yannis et Sonia paisiblement assis l’un en face de l’autre, les yeux dans les yeux. La trêve était signée. De ce qu’ils avaient pu se dire, rien ne filtra mais la fin des hostilités était évidente et l’atmosphère plus détendue.
-Asseyez-vous. Nous vous attendions. Commença-t-elle. Comme je vous l’ai déjà dit, ceci est la traduction fidèle, à la virgule près, de l’étude du père de Yannis.
-Avait-il un nom? L’interrompit-il.
-Il se faisait appeler Virgile. Mais je ne pense pas que ce soit le nom sous lequel il est connu parmi les siens. Aurais-tu une cigarette, Julien? Ce dernier leva un sourcil étonné et Séréna en conclut que fumer ne faisait pas partie des habitudes de Sonia. Julien lui en tendit néanmoins une et la lui alluma.Puisque vous désirez aller au plus court, je vais vous livrer quelques extraits choisis qui nous intéressent plus particulièrement. « Il est urgent d’interrompre l’expérience. Nous avons obtenu toutes les informations souhaitées et la poursuite de cette étude serait une entorse au protocole et nous mettrait en danger. Les connaissances scientifiques et l’évolution technologique des sujets étudiés sont bien au-delà de toutes nos prévisions à ce stade de leur évolution cervicale. Les précautions que Yavhé avait prises en leur interdisant toute manipulation du sang et en brouillant leurs moyens de communication ont été mis en échec par des transgressions délibérées et presque systématiques de ses prescriptions. Je suggère le prélèvement de quelques spécimen pour une étude approfondie de ces progrès pour l’instant inexplicables. Je serai bientôt de retour parmi vous pour m’entretenir avec vous de cette menace de débordement de la zone d’expérimentation en vue de réunir le conseil des sages pour entamer la procédure d’éradication avant qu’il ne soit trop tard. Leur entreprise de thérapie génique devrait aboutir d’ici une centaine d’années d’après une projection intégrant les nouveaux paramètres d’évolution. Yahvé avait tort lorsqu’il affirmait qu’il n’y aurait aucun risque tant que leur zone d’affect ne serait pas atrophiée. Ils ne sont pas loin de parvenir à la conclusion pourtant évidente que la mort n’est qu’une maladie dégénérative comme une autre. L’arbre de vie de nos cher ami va bientôt être pris d’assaut ! Après l’arbre de la connaissance, ce sera la déforestation… Ils n’ont toujours aucune idée de notre existence et le concept divin est généralement nié par les plus instruits d’entre eux. C’est un atout en notre faveur mais c’est trop aléatoire pour que nous prenions le risque de nous abriter derrière une si maigre protection.» Sonia s’interrompit et éteignit sa cigarette avant de poser son regard sur eux.

Commenter cet article

lilou25 28/09/2014 13:29

J'adore le synopsis de ce livre... Je sens que je vais me plonger dans cette lecture ! ;)