Tous deux étaient blonds comme les blés...

Publié le par Sandrine

Tous deux étaient blonds comme les blés et la force physique de monsieur Muller contrastait étrangement avec la délicatesse de sa femme.
«- Entrez, asseyez-vous, je vous en prie.»
Samira, gênée, leur adressa un petit signe de tête tandis que Patrice faisait les présentations. Chacun avait hâte d’entrer dans le vif du sujet mais préférait laisser Patrice agir de peur de heurter son interlocuteur. Finalement, ce fut monsieur Muller qui prit la parole.
«- Frank était turbulent mais ce n’était pas un mauvais garçon… Commença-t-il.
- Pas plus que Gauthier. Tous deux se sont trouvés au mauvais moment au mauvais endroit. J’ai eu l’occasion de parler à votre fils. J’ai essayé de le mettre en garde mais… Conclut Samira avec un geste fataliste.
- Il nous a parlé de la manière dont Gauthier est mort. J’ai eu du mal à le croire et pourtant…
- Avez-vous été contactés par un certain monsieur Bès? Leur demanda-t-elle.
- Pas pour l’instant. Qui est-ce?
- C’est le premier adjoint du maire. Leur expliqua Patrice. Ebahie, Samira le dévisagea.
- Qu’y a-t-il, Samira? L’interrogea-t-il.
- Je n’arrive pas à croire que cet homme ait eu l’audace de me menacer ouvertement alors qu’il est un personnage public…
- Et que risque-t-il, à votre avis? Lui demanda-t-il avec un sourire désabusé.
- Si jamais je venais à en parler…
- Il dirait simplement que vous n’avez rien compris à ce qu’il vous a dit. Avez-vous une preuve du contraire? Ecoeurée, Samira hocha négativement la tête.
- Excusez-moi de vous poser la question, mais pourquoi nous avez-vous faits venir? Demanda monsieur Muller.
- Je soupçonne que quelqu’un a tout intérêt à ce que les banlieues s’embrasent et qu’il n’est pas étranger à ce qui est arrivé à vos enfants. Peut-être qu’en vous unissant… Monsieur Muller nia de la tête.
- Non. Frank était un brave garçon et ce qui lui est arrivé est épouvantable mais c’est un accident. Je ne me battrai pas contre des moulins à vent. J’ai deux autres enfants à élever… Dès que les obsèques de Frank auront été célébrées, nous partirons.
- Pour aller où? Lui demanda Patrice.
- J’ai de la famille dans le nord et j’ai trouvé du travail là-bas.
- En quarante huit heures à peine? S’étonna-t-il. Monsieur Muller, furieux, se dressa d’un bond.
- Nous allons vous demander de nous excuser mais cette conversation n’a pas lieu d’être. » Patrice les regarda sortir tout en sirotant son thé.
« - Vous ne cherchez pas à les retenir? L’interrogea Samira.
- A quoi bon? Ils ont été payés pour s’éloigner. Ils ne nous auraient rien appris de plus.
- Je… Commença-t-elle avant de s’interrompre.
- Vous devriez poursuivre, vous en avez gros sur le cœur. Samira soupira.
- Je ne l’ai jamais dit à personne mais Gauthier n’était pas dehors par hasard cette nuit-là. Il a touché cinq mille euros pour surveiller une voiture.
- Et vous y croyez, vous?
- Non, mais qui aurait bien pu agir de la sorte?
- Ca, pour l’instant, nous ne le savons pas.
- Et tout s’arrête là, alors?
- Non. Laissez-moi le temps d’aviser. Il va falloir rester prudents et je risque d’être débordé d’ici peu.
- Avez-vous expliqué la situations aux jeunes…
- Ca ne changerait rien. Ils sont extrêmement influençables et beaucoup cherchent à les manipuler. Deux morts, c’est plus qu’ils n’en peuvent supporter et leur colère éclatera quoi que nous y fassions.
- Il doit pourtant y avoir une solution.
- Je n’en doute pas mais il n’y aura pas de miracle d’ici ce soir.
- Nous verrons bien… »

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