Tous quatre coururent plus qu'ils ne ...

Publié le par Sandrine

Tous quatre coururent plus qu’ils ne marchèrent jusqu’au laboratoire, brusquement contaminés par le sentiment d’urgence qui étreignait Yannis et Julien se précipita sur un tiroir duquel il sortit des seringues protégées par des emballages plastiques qui bruissèrent doucement dans sa main tandis que Sonia composait fébrilement le code du coffre dans lequel se trouvait le serpent.
Inexplicablement tendue, elle poussa un soupir de soulagement en le voyant et son contact pourtant froid et dur la rassura immédiatement. Elle revint vers Julien qui s’en empara et ponctionna un peu de liquide translucide dans chaque seringue. «- Prépares-en une cinquième. Lui enjoignit fermement Yannis. Il faudra l’analyser sérieusement et en produire le plus possible.» Julien opina du chef et Yannis releva sa manche résolument, aussitôt imité par Sonia et Séréna. Julien leur injecta le liquide avec assurance avant de
s’enfoncer lui-même l’aiguille dans le bras et de presser la seringue. Immédiatement, une atroce brûlure se diffusa en eux avant de disparaître après quelques secondes, les laissant pantelants et étrangement épuisés. « -Vas-tu enfin nous expliquer ce qui s’est passé? Avoue qu’il y a de quoi être intrigué! » Protesta Séréna, déjà remise d’avoir perdu et retrouvé sa raison de vivre en quelques minutes. Yannis lui sourit, heureux de pouvoir à nouveau s’appuyer sur la volonté inébranlable de sa grand-mère, avant de retrouver son sérieux et d’entamer son récit en prenant garde de ne pas en modifier ne serait-ce qu’une virgule, conscient de l’importance de chaque mot.
« - Ainsi, il y a bien un Dieu… Chuchota Sonia stupéfaite dont la réflexion était provisoirement altérée, choquée par tant de retournements de situation successifs.
- Je suis désolé, Sonia. Ce n’est pas Dieu mais un ennemi de plus. Conclut sombrement
Yannis, navré qu’ils n’aient remporté qu’une bataille en lieu et place de la victoire finale.
-Mais pourquoi nous a-t-il aidés, alors? Insista-t-elle, désespérée que la paix leur échappe
encore après vingt cinq ans de lutte et de sacrifices.
-J’imagine que les rats devaient les gêner autant que nous. Lui répondit-il, un peu contrit de ne pas pouvoir atténuer leur déception. Je n’ai pas d’autre explication à t’offrir pour l’instant.
-Assez! Le coupa sèchement Séréna, peut-être plus déçue encore que les autres. Nous
avons remporté la victoire et c'est tout ce qui importe aujourd’hui. Fêtons cela et nous aviserons quant à la conduite à tenir demain. Yannis nia tristement, pour une fois contraint de s’opposer à elle et de leur refuser un temps de repos et de réjouissances pourtant bien mérité.
-C’est impossible. Nous ne savons rien de ce nouvel ennemi et je vous signale qu’il s’est
introduit parmi nous. Séréna, contrariée, s’enfonça dans son siège et se tut quelques instants.
-Si c’est vraiment un ennemi, pourquoi ne t’a-t-il pas tué?
-J’ai deux hypothèses. Soit il ne le pouvait tout simplement pas, soit il fallait que je
résucite.
-Quel intérêt y a-t-il à cela? Insista-t-elle, craignant que sa raison n’ait été altérée par cette brève mort et qu’il n’ait sombré dans un délire paranoïaque préjudiciable à tous.
-Il prouvait ainsi qu’il avait tout pouvoir sur la vie et la mort et que c’est un être bon. De
plus, il laissait derrière lui un témoin qui propagerait son culte, un peu comme Jésus.
-C’est de la manipulation politique? Remarqua Julien. Yannis approuva.
-Il y a autre chose. Il m’a parlé de ses projets pour la petite, comme je vous l’ai déjà dit…
-Quels sont-ils? Est-elle en danger? Demanda Séréna qui voulait mettre à l’épreuve la
solidité de son raisonnement.-
Il veut faire d’elle et de sa descendance les gardiens du serpent. S’il s’avère qu’il s’agit
bien d’un ennemi et que le serpent présente un tel intérêt pour lui, il nous faut à tout prix le préserver. J’ai bien peur que dans l’avenir, l’enfant et nous ne soyons amenés à nous combattre. Ne croyez-vous pas qu’il serait temps de lui donner un nom? Les interrogea-t-il soudain.
-Nous aurions dû y penser plus tôt, mais pourquoi cette urgence? Répartit Séréna.
-J’ai horreur de ce que je vais dire, je suis mieux placé que quiconque pour savoir les
conséquences qu’une telle décision va avoir sur sa vie, mais elle ne peut pas rester parmi nous. Elle constitue malgré elle une menace.
-En es-tu absolument sûr? Lui demanda la vieille dame, scrutant son visage et son regard à la recherche de la trace d’un éventuel mensonge.
-Non. Crois-tu que nous ayons le droit de prendre le risque de garder le loup dans la
bergerie?
-Non. Je me demande pourquoi il s’est emparé du corps de la petite plutôt que de celui de
l’un d’entre nous… Remarqua-t-elle.
-Ou bien pour des raisons strictement physiologiques que je ne saisis pas encore il n’avait pas d’autre solution, ou bien il savait quelle importance j’attache à cette enfant et a voulu faire un coup d’éclat.
-Penses-tu qu’il lise dans les pensées?
-Non. Ca, par contre, j’en ai la certitude. Je lui ai menti à plusieurs reprises et il ne s’est
aperçu de rien.
-Alors comment aurait-il su qu’elle comptait à ce point pour toi?
-Il ne pouvait pas le savoir. Admit-il. Donc c’est la première hypothèse qui prévaut.
Conclut-il. Il y a donc de fortes chances pour qu’il m’ait épargné pour les mêmes raisons.
-Ca, nous pouvons le savoir. Il nous suffit d’examiner la petite, d’autopsier un rat et de
comparer les données recueillies avec ce que nous savons déjà appris à ton sujet. Nota Julien. Je vais demander que l’on récupère un rat et qu’on le transfère à la morgue immédiatement. Le corps risque de se dégrader rapidement avec cette chaleur.
-Ca ne va pas être facile pour ceux à qui vous allez demander ça. Ils doivent leur inspirer
un tel dégoût que poser les mains sur eux sera une véritable épreuve. Releva Séréna.
-C’est bien pour ça que je le ferai avec eux. Ne m’attendez pas pour commencer à prendre
les dispositions nécessaires pour l’enfant.
-Nous ferons au mieux. Lui assura Sonia en le suivant des yeux jusqu’à ce qu’il ait franchi
la porte.
-Comment savoir qu’il s’agit effectivement d’un ennemi? Ne nous affolons-nous pas pour
rien? Demanda-t-elle avec une pointe d’espoir.
-J’ai l’intime conviction qu’il m’a menti. Nous serons fixés après que Julien aura pratiqué
les examens nécessaires.
-Quand bien même il t’aurait menti, rien ne prouve son hostilité à notre égard et tu dois
reconnaître qu’il nous a sortis d’un bien mauvais pas. Insista Séréna.
-Je ne peux que l’admettre, et pourtant, la simple pensée d’être à sa merci me hérisse le
poil. Voilà ce que nous allons faire: nous allons dans un premier temps isoler la petite et la faire éduquer par l’un des nôtres de façon à garder un œil sur elle et procéder calmement à toutes les recherches idoines pour nous prémunir de tout danger. Pour le reste, le temps nous amènera les réponses que nous cherchons mais nous serons prêts à faire face.
-Pourquoi nous avoir imposé l’immortalité, Yannis? Lui demanda subitement Séréna.
-L’enfant aura à charge de propager le message de cette entité mystérieuse et de soustraire le serpent aux convoitises. Nous devons rester en vie pour préserver le savoir que nous détenons et perpétuer notre vigilance et nos recherches. Toute force doit avoir son contraire.
-C’est un bien lourd fardeau que tu nous confies… Remarqua Sonia.
-Si j’avais pu vous demander votre avis, l’auriez-vous refusé?
-Nous avons accepté cette charge il y a vingt cinq ans. Lui répondit Julien en entrant dans le laboratoire. Les yeux du jeune homme se posèrent sur Sonia, insistants.
-Non, Yannis, je n’aurais pas refusé, ne serait-ce que par peur que tous les sacrifices que
j’ai faits n’aient servi à rien. Son regard perçant se noya dans celui de Séréna.
-Tu sais bien que j’aime trop la vie pour refuser un tel cadeau. Je ne conçois pas une
seconde que le monde continue à tourner sans moi et l’idée d’en être la gardienne me flatte. Répondit-elle finalement, délicieusement provocatrice. Tous les regards convergèrent vers le jeune homme , chacun d’entre eux étant cruellement conscients que Yannis moins que les autres avait eu le luxe de choisir le destin qui lui était dévolu.
-Médicament ou poison? Disons que je me contente d’affronter une nécessité après l’autre.
Quel que soit l’avenir, je ne le fuirai pas.»

Commenter cet article