Tout va bien?

Publié le par Sandrine

«- Tout va bien? Lui demanda-t-il, surpris de le voir sourire.
- Oui, j’ai juste eu une idée un peu étrange…
- Raconte.» Lui intima-t-il en s’asseyant face à lui. Quand Sébastien lui eut fait part de sa réflexion, Maxime prit un air contrarié.
«- Ne me dis pas que je te choque… S’étonna Sébastien.
- Non, ça n’a rien à voir…Mais à la fin, qu’est-ce qui différencie la religion de la politique?
- Rien. C’est bien ce que je dis depuis le départ. La politique n’est qu’une religion laïque: on a remplacé la foi en Dieu par la foi en l’homme, tout simplement.
- Richard serait malade d’entendre une chose pareille! Répliqua Maxime.
- Moins que tu ne le penses. Rétorqua malicieusement Sébastien. Il avait compris. Ses pairs, en revanche…
- Mais j’y pense, il me manque certains éléments dans ton manuscrit.
- Lesquels?
- Le saint Graal et le saint suaire. Sébastien lui sourit ironiquement.
- Quel âge as-tu pour encore croire aux légendes? Le saint Graal n’a jamais figuré dans la Bible et personne n’aurait songé à l’époque à ramasser les linges ayant servi à envelopper un mort. Le culte des reliques n’est intervenu que bien plus tard. A l’époque de Jésus, tout ce qui touchait de près ou de loin à la mort était considéré comme impur. Ce n’est qu’avec le sacrifice de Jésus que la mort a pris une dimension nouvelle dans la religion. Ce n’est qu’avec la proclamation du royaume des cieux que la mort est devenue désirable pour échapper à ce monde.
- Tu n’y vas pas un peu fort, là?
- Savais-tu que chaque autel doit être construit sur une relique pour que l’église soit consacrée? Sincèrement, connais-tu une autre idéologie qui vénéré autant la mort et les souffrances?
- Je n’avais jamais vu ça comme ça…
- Et pourtant! Tu vois, là encore, c’est Jésus qui a introduit cette notion, allant à l’encontre de tout ce que les autres prophètes avaient enseigné auparavant.» Quelque chose vint heurter violemment la porte d’entrée. D’un bond, tous deux se levèrent et se précipitèrent sur la porte devant laquelle Valérie attendait, perplexe quant à la conduite à tenir. Maxime la poussa doucement et ouvrit la porte de chêne sombre. Un choc sourd alerta Sébastien juste avant que Maxime ne laisse échapper un juron et ne porte sa main à sa tête. Sébastien le tira par le bras à l’intérieur de la maison au moment ou une pierre fusait de l’obscurité et s’abattait sur le carrelage brun. Il poussa la porte et la verrouilla.
«- Les volets! S’exclama Maxime tout en examinant avec incrédulité sa main pleine de sang. Valérie, ne comprenant pas le sens de ses paroles, s’approcha de lui pour évaluer la gravité de sa blessure tout en interrogeant Sébastien du regard. Il faut impérativement fermer les volets! » Précisa-t-il alors que la fenêtre de la cuisine volait en éclats dans un fracas de verre brisé. Aussitôt, Sébastien se rua sur la fenêtre la plus proche, et, se baissant pour éviter les projectiles invisibles par cette nuit sans lune, tira à lui les minces protections de bois. Il fut bientôt secondé par Valérie et par Maxime qui avait rapidement repris ses esprits malgré le sang qui inondait son visage te maculait sa chemise bleue pâle.
«- Ils nous lynchent symboliquement! S’exclama Sébastien.
- Et ils visent plutôt bien! Répliqua amèrement Maxime sur lequel Valérie était déjà penchée, désinfectant sa plaie.
- Ce n’est que le hasard, il fait noir comme dans un four. Cette fois, nous aurions vraiment intérêt à appeler la gendarmerie.» Laissa tomber Sébastien alors qu’un véritable déluge de pierres s’abattait sur la maison. Maxime acquiesça sombrement et Sébastien composa le numéro de la gendarmerie sur le clavier de son téléphone portable. Le silence ambiant seulement interrompu par les impacts des pierres percutant tantôt le métal, tantôt le béton était effrayant. Le gendarme qui avait pris leur appel leur avait promis d’intervenir d’ici un quart d’heure mais le délai annoncé paraissait intenable pour les trois reclus impuissants devant la rage méthodique de leurs adversaires. Subitement, la lumière disparut, happée par les mains extérieures qui avaient coupé le compteur d’électricité. Sébastien connaissait les habitudes de Valérie et chercha à tâtons le briquet qu’elle laissait en permanence sur la table basse pour allumer la bougie parfumée dont elle appréciait l’odeur. La flamme vacillante éclaira le visage tendu de Maxime dans les bras duquel Valérie s’était blottie, terrorisée par le tir nourri qui déferlait sur la maison. Sans un mot, Sébastien se rassit. Il ne pouvait concevoir qu’une telle chose se produise en France en plein vingt et unième siècle. Une sirène hurla dans le lointain et il croisa les doigts pour que cesse cette incroyable agression. Le hurlement de la sirène s’amplifia et malgré l’espoir qui l’animait, il ne put s’empêcher de se demander pourquoi les jets de pierres se poursuivaient. Le bruit de la sirène décrut et il comprit avec un pincement au cœur qu’il ne s’agissait pas des secours qu’ils attendaient.
«- Les pompiers…» Laissa tomber Maxime. Sébastien lui répondit par un soupir lourd et tenta de consulter sa montre à la lueur incertaine de la bougie. Il leur restait encore cinq bonnes minutes à patienter mais son courage l’abandonnait à l’idée de cette lâche passivité et il rappela la gendarmerie. Une sirène retentit avant qu’on ne lui réponde et il raccrocha, le cœur battant. Le tambourinement des pierres ralentit puis s’arrêta totalement. Soulagé, Maxime repoussa doucement Valérie tandis que Sébastien s’élançait vers la porte. Un gendarme, lampe torche à la main, resta la main en l’air, Sébastien ayant suspendu son geste alors qu’il allait frapper à la porte qui s’ouvrit à la volée devant lui.
«- Tout va bien? Lui demanda-t-il, visiblement stupéfait.
- On s’en est plutôt bien sortis.
- Ils ont coupé l’électricité. Remarqua le gendarme.
- Je suppose que ça doit pouvoir s’arranger rapidement.
- Oui… Lui répondit le gendarme, gêné.
- Que se passe-t-il?
- Vous êtes le propriétaire de la maison?
- Non, pourquoi?
- Parce que les dégâts sont… Impressionnants… Je crois qu’ils vont avoir un coup au cœur si nous rallumons la lumière…
- Nous nous y attendons et ne pouvons pas rester dans le noir éternellement. Intervint Maxime, bougon.
- C’est comme vous voulez.» Il dit quelques mots à ses collègues grâce à son talkie walkie et la lumière revint, cruelle. Valérie se fraya un passage à travers les trois hommes et poussa un hoquet de surprise épouvantée. La statue qui surplombait l’allée menant à la maison avait été décapitée, la marquise de l’entrée n’était plus que gravats éparpillés au pied de la porte, des pierres s’amoncelaient un peu partout, leur nombre témoignant du déchaînement de haine dont-ils avaient été la cible et cela plus que les dégâts atteignit la jeune femme immobile devant la maison. Maxime et le gendarme la rejoignirent. Maxime passa un bras autour de ses épaules et un long frisson l’ébranla avant qu’elle ne sorte de son apathie.
«- Il va falloir me suivre pour déposer plainte. Leur annonça le gendarme.
- Les avez-vous vus? Lui demanda Valérie.
- Nous en avons aperçus une dizaine qui se sont enfuis dans la colline dès qu’ils nous ont vus.
- Quelle garantie avons-nous que ça ne recommencera pas sitôt que vous aurez les dos tourné? L’interrogea-t-elle, soudain agressive.
- Je suis désolé, madame, mais il faut que vous portiez plainte pour que vous portiez plainte pour que nous ouvrions une enquête…
- Si c’est pour aboutir au même résultat que celle que vous menez au sujet de la mort de mon oncle, je n’en vois pas l’utilité. Rétorqua-t-elle, cinglante, avant de faire volte face et de se réfugier dans la maison. Le gendarme demeura coi.
- Je vous suis. Je suppose qu’il n’est pas absolument nécessaire que nous soyons présents tous les deux… Lui dit Maxime.
- En effet, l’adjudant n’est pas de service ce soir mais je pense qu’il demandera à vous voir demain. Cette histoire ne peut pas durer. S’emporta-t-il.
- Si vous étiez arrivés plus discrètement, vous auriez eu un magnifique flagrant délit et peut-être que tout serait terminé à l’heure qu’il est.» Le rabroua-t-il.

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