Un soir, Laura revenait des courses...

Publié le par Sandrine

Un soir, Laura revenait des courses qu’elle avait pris plaisir à faire à l’idée de recevoir la visite de ses amis pour qui elle avait organisé une soirée. Les revoir, avoir à nouveau une vie sociale débordante comme elle en avait l’habitude lui ferait le plus grand bien avait -elle assuré à Marie avec une moue enfantine. Elle avait réussi à la faire céder mais ne comprenait toujours pas pourquoi Marie s’obstinait à l’isoler de la sorte. Elle gravissait péniblement les quelques marches qui la séparaient encore de sa porte d’entrée, gênée par la masse de paquets chargés de victuailles. Soudain, Laura sentit brusquement une terreur glaciale la traverser. Elle ne pouvait détourner les yeux de la porte malgré la panique qui s’emparait d’elle. Hypnotisée, elle ne réussissait pas à s’obliger à tourner le regard quelle que fut la force de sa volonté. Il va me reprendre, gémit-elle en silence. «Non! Non!» Hurla Laura, avant de s’effondrer dans une bienheureuse inconscience. Attirée par le cri désespéré de Laura, Consuelo, la concierge, grimpa les escaliers quatre à quatre. Eberluée, elle eut un mal fou à détacher ses yeux du spectacle atroce qui s’étalait devant elle. Baguera, la chatte de Laura, était plaquée contre la porte bleu vif, un couteau transperçait sa gorge et la maintenait épinglée à la porte. Le petit corps enveloppé dans son linceul de fourrure noire pendait lamentablement. Un long filet de sang s’écoulait jusqu’au sol, maculant la moquette d’une sinistre tâche sombre à côté de laquelle gisait Laura, inanimée, parmi les paquets éparpillés. L’émotion de Consuelo fut si vive qu’elle lui coupa le souffle. Consuelo était un amour de femme, comme la nommait Laura. La quarantaine légèrement passée, elle avait des cheveux bruns, drus mais bien disciplinés, coupés courts en une coupe carrée qui soulignait avec délicatesse ses pommettes discrètement fardées et la courbe sensuelle de ses lèvres. Deux yeux noirs en amande au regard railleur et doux étaient la principale caractéristique de ce visage à l’ovale plutôt commun. Sa silhouette replète vêtue avec féminité lui donnait une apparence qui lui valait les regards courroucés de son mari lorsque les têtes masculines se retournaient sur son passage. Consuelo était profondément humaine et s’intéressait sincèrement à chacun des habitants de l’immeuble. Elle avait souvent invité Laura à discuter autour d’une tasse de café. Elle avait assisté sans vraiment s’en rendre compte à son enlèvement et nourrissait depuis une culpabilité irraisonnée qui la poussait à ne plus la lâcher des yeux. Elle se méfiait toujours des hommes qui abordaient Laura sachant que ceux qui s’en étaient pris à la jeune femme jouissaient toujours d’une liberté à son avais scandaleuse. Dès qu’elle avait posé les yeux sur Laura, cinq ans auparavant, elle avait senti, sous ses airs assurés et joyeux, une fêlure qu’elle ne s’était jamais expliquée. Pas davantage que la complicité sans faille qui la liait à Marie.

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