une autre personne est venue nous raconter...

Publié le par Sandrine

- Continuons, une autre personne est venue nous raconter pas mal de choses intéressantes... Un certain monsieur Beaulieu... Ca vous dit quelque chose?
- C'est un policier municipal... Lui répondit-il sur le ton d'une banalité.
- Non, ce n'est pas n'importe quel policier municipal, monsieur Bès, ayez au moins l'honnêteté de l'admettre puisque nous le savons tous! Hurla-t-il, profondément exaspéré. Samira regardait la scène sans comprendre, se demandant à présent en quoi sa présence était requise. Allez-vous expliquer à madame qui est monsieur Beaulieu où préférez-vous que je le fasse moi-même?
- Pour l'instant rien ne prouve que...
- Il l'a avoué et nous avons ouvert une enquête qui vient de le confirmer! Rugit-il.
- Avoué quoi? Intervint Samira, la voix brisée à l'idée d'entendre ce que, au plus profond d'elle-même, elle savait déjà.
- Qu'il a tiré sur Gauthier... répondit monsieur Bès si faiblement que Samira se demanda si elle avait bien compris ce qu'il venait de dire.
- Pardon? Demanda-t-elle, livide.
- Répétez de façon audible, monsieur Bès, je crains que madame n'ait pas bien entendu ce que vous avez à lui dire! Lui ordonna l'officier.
- J'ai dit que c'est le policier municipal qui a tiré sur Gauthier... Répéta-t-il un peu plus fort.
- Mais enfin, vous m'aviez dit que c'était l'un de vos collègues! Protesta Samira.
- Plusieurs coups de feu ont été tirés ce soir-là. Tous en l'air, sauf un! La situation nécessitait une présence policière de masse et la police municipale ayant été récemment armée sur décision du maire, nous avions décidé de mener une opération conjointe. Monsieur Beaulieu nous a presque immédiatement signalé qu'il avait eu un problème, mais nous voulions être certains qu'il était bien en cause. Le coup fatal a bien été tiré par un policier comme je vous l'ai dit, mais dans la confusion, nous ne pouvions affirmer avec certitude qu'il s'agissait bien de lui. Nous n'avons eu les conclusions de l'enquête qu'hier. Et quoi qu'on en pense, un policier municipal est un collègue... Samira serra ses poings au point d'en faire blanchir les jointures. Elle commençait à comprendre...
- Il n'était pas expérimenté, il a pris peur, il a déjà été blessé dans une situation similaire...
- Mais d'après les analyses de l'expert indépendant, mon fils ne représentait pas une menace! Il n'a jamais tenu de cocktail molotov dans sa main et les autres jeunes du quartier...
- Notre légiste a une version toute différente, madame. Répliqua l'officier avec douceur. D'après les témoignages des collègues, Gauthier a bien eu un cocktail en main, un jeune plus âgé que lui le lui a posé d'autorité dans la main, mais il est vrai qu'au lieu de le lancer, il a essayé de le lui rendre. Il ne voulait pas être mêlé à tout cela. Monsieur Beaulieu a mal interprété son geste. Je suis navré de vous le redire, mais tout ceci n'est qu'un malheureux concours de circonstances... Faites-le sortir! Ordonna-t-il à son collègue en parlant de Monsieur Bès qui avait désormais perdu toute superbe et baissait la tête pour éviter de croiser le regard de Samira. Contrairement à ce que beaucoup de gens mal intentionnés ont voulu vous faire croire, Gauthier n'est pas un martyre, c'est un symptôme! Le symptôme d'un profond malaise parmi les jeunes et de celui qui règne parmi les forces de l'ordre qui ne savent plus comment y répondre... Ce qui s'est passé est un accident! Il faut vraiment que vous vous en persuadiez avant de faire d'autres bêtises!
- Mais enfin, il était innocent, vous venez de le dire! S'insurgea-t-elle. L'officier leva une main en signe d'apaisement.
- Calmez-vous, je ne vous ai pas dit qu'il ne se passerait rien. C'est tout le contraire et vous pouvez le voir se dérouler sous vos yeux... Monsieur Beaulieu vient d'être suspendu, et il devra répondre de son acte devant la justice, votre nouvelle avocate vous expliquera que vous pourrez vous porter partie civile pour pouvoir prendre part au procès...
- Mais enfin, puisque c'est si simple selon vous, pourquoi avoir volé le corps de Gauthier et l'avoir mutilé de cette façon?
- La politique... Enfin, les petites magouilles, devrai-je dire! Imaginez-vous que monsieur le Maire puisse être réélu en étant le chef de la police municipale responsable de la mort de l'un des jeunes du quartier? En mutilant le corps de Gauthier et en le plaçant dans la cité, il se dégageait de toute responsabilité, il aurait essayé de faire croire que le problème était interne à la cité et aux trafics qui s'y déroulent. Ne trouvez-vous pas suspecte la manière dont vous avez rencontré le bon samaritain qui vous a fourni un avocat fort à propos?
- Si mais... Elle le regardait avec effarement. Mais vous m'aviez déjà dit que la police était responsable de la mort de mon fils! Tout cela ne servait donc à rien.
- Tout le monde peut se tromper, madame! Votre avocat a fait appel à un légiste indépendant à la morale à géométrie variable... Lui-même était mandaté par monsieur Bès et son intermédiaire également... Le rapport qu'il vous a fourni a été falsifié! Si deux rapports sont si opposés et qu'aucune analyse n'est plus possible pour accréditer l'une ou l'autre, c'est comme s'il n'y avait rien eu! Libre à eux alors d'argumenter en disant que l'on ne pouvait établir la provenance du tir avec certitude et d'expliquer qu'il pouvait s'agir d'un dommage collatéral entre jeunes du quartier... De façon à dégager les autorités de toute responsabilité... Leur plus grande erreur a été de faire appel aux employés municipaux pour transporter le corps de Gauthier. Ils ne voulaient pas se salir eux-mêmes et une forte somme aurait dû faire taire les consciences de ces employés... Mais ce sont des gens bien et ils n'ont pas pu vivre longtemps avec un secret pareil! Vous avez été prise entre deux feux au pire moment, il est normal que vous n'ayiez plus su quoi faire ni à qui vous fier... Maintenant, tout est fini, vous savez la vérité et vous allez devoir vous préparer à des longues années de bataille judiciaire pour obtenir réparation. Mais là s'arrête mon travail. Maître, c'est à vous de jouer!" Samira pleurait silencieusement, presque sans s'en apercevoir. Elle venait de vivre un long cauchemar un poker menteur où elle avait été la seule dupe et le réveil lui laissait un goût amer. Une seule phrase tournait dans sa tête comme un leitmotiv : " Gauthier n'est pas un martyre, c'est un symptôme...." Combien y aurait-il de symptômes avant qu'un remède ne soit trouvé?

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