Une demie douzaine de personnes se penchaient...

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Une demie douzaine de personnes se penchaient avec intérêt sur l’arche et quelques mains curieuses s’égarèrent sur ses flancs, désireuses d’en percer le mystère par ce seul contact.
«- Qu’en pensez-vous, Mireille? Demanda Sonia à une femme blonde délicieusement rebondie d’une cinquantaine d’années.
-Qu’il est vraiment dommage d’abîmer pareille merveille.
-Il va falloir dépasser ces scrupules et voir ce qu’elle a dans le ventre.
-J’ai d’autres scrupules plus sérieux. Cette arche est hermétiquement fermée. Beaucoup d’objets sacrés ainsi scellés recèlent en fait de trésor, des virus ou des bactéries capables de tuer. C’est de la sorte que les malédictions divines ont pris corps dans l’imaginaire collectif. Vous connaissez mon opinion à ce propos, Sonia. Toutes les légendes ne sont que des déformations de faits réels, si nous avions assez de temps pour ça, nous pourrions le démontrer.
-Là n’est pas le problème, en l’occurrence. Comment savoir ce qu’il y a là dedans sans
nous exposer à un danger quelconque?
-Je dois pouvoir faire quelque chose pour vous…
-C’est à dire?
-Il nous faudra nous munir de masques adaptés, percer le flanc de l’arche et y faire pénétrer une fibre optique. Nous calfeutrerons le tout avec une mousse polyoréthane qui se rétractera lorsque nous retirerons la fibre optique. Il suffira ensuite d’introduire une aiguille dans la mousse et de prélever un échantillon de l’air qui s’y trouve pour l’analyser et s’assurer de son innocuité. Je laisse à madame le soin de choisir l’emplacement du point d’entrée.» Conclut-elle en s’adressant à Séréna, visiblement satisfaite de prendre une part active à l’opération. Elle se dirigea vers l’arche et l’examina minutieusement, se penchant pour atteindre les zones les plus basses et se redressa avec une souplesse déconcertante pour une femme de son âge. Elle s’arrêta soudain et posa son doigt juste entre deux motifs en relief sur le flanc droit du coffre.
«- Ici. Annonça-t-elle. Nous pourrons ensuite la restaurer et personne n’y verra que du feu.
-C’est un choix judicieux. L’approuva Mireille en délimitant l’emplacement concerné avec un marqueur noir. Mon collègue va vous distribuer des masques. Ils n’ont rien d’élégant mais je serai inflexible sur ce point. Qu’e celui ou celle qui refuse de le porter prenne la porte. Elle jeta un regard circulaire autour d’elle et nota avec plaisir que tous tendaient la main vars un masque. Vous pourrez découvrir en même temps que nous ce qui se passe dans cette arche en regardant sur cet écran. Passez vos masques, je vous prie. » Un homme d’une quarantaine d’années, de type hispanique s’approcha de l’arche avec une perceuse à la main. Il posa la mèche sur le point tracé et mit la machine en route. Le cœur de Séréna se serra quand le forêt entama la plaque métallique, dispersant une nuée de copeaux argentés sur le sol. Brusquement, le son du métal mordant le revêtement de l’arche se modifia, comme amorti, et des copeaux de bois recouvrirent leurs prédécesseurs. Un bruit mat salua la traversée de la paroi et une jeune femme vint aussitôt aux côtés de l’homme qui retirait la perceuse. Avec des gestes calmes et précis, elle introduisit la fibre optique dans les entrailles de l’arche et tous se désintéressèrent d’elle pour scruter avidement l’écran qui en révélerait le contenu. Des plaques de pierre seules s’y trouvaient et Séréna en ressentit une cruelle déception. Elle examinait l’image affichée, incrédule, persuadée qu’elle passait à côté de quelque chose d’important et frustrée de voir que le secret de l’arche lui échappait.
«- Vous pouvez retirer vos masques. L’air est sain. Annonça Mireille. Séréna l’arracha d’un mouvement sec qui trahissait son exaspération.
-Puisqu’il n’y a aucun risque, de grâce, faites-moi sauter ce maudit couvercle! S’emporta-t-elle. Un homme s’avança vers l’arche, un pied de biche à la main et, hésitant, quêta l’approbation de Mireille du regard.
-Cette relique lui appartient. Faites ce qu’elle vous demande.» L’homme haussa les épaules et s’exécuta. Le couvercle s’ouvrit dans un craquement sec et Séréna se trouva aussitôt penchée sur l’arche béante. Dépitée, elle ne découvrit rien de plus que ce que la fibre optique avait laissé entrevoir.
«- Peut-être y a-t-il un double fond? Suggéra-t-elle sans grande conviction.
-Qui sait? Il nous suffit d’enlever les tables pour vérifier.» Deux hommes plongèrent leurs mains gantées dans l’arche et faillirent laisser tomber la première, surpris par sa légèreté incongrue.
«- Ce n’est pas logique… Commenta Mireille. C’est du gré, la densité de cette roche ne correspond certainement pas à ça!
-La radio pourrait-elle nous apporter quelque chose?
-Dans ce cas précis, oui.
-Alors au travail!» S’exclama Séréna.

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