Yannis! Yannis!

Publié le par Sandrine

«- Yannis! Yannis!
-Encore cinq minutes, Grand-mère. Les premiers cours commencent à dix heures aujourd’hui.
-Allez, un peu de courage, mon grand. Tu es en Ethiopie… A ces mots, le jeune homme
qui venait de se retourner et d’enfouir son visage dans l’oreiller se leva d’un bond.
-Quelle heure est-il?
-Tu devrais plutôt me demander quel jour nous sommes. Tu as dormi près de vingt quatre heures.
-Et tu m’as laissé faire!
-Je n’avais aucune raison de te réveiller.
-Que se passe-t-il?
-Un de nos éclaireurs sur Babylone a dû revenir avant d’être surpris par les rats. Ils sont là-bas depuis une demie heure environ.
-Il ne nous reste plus de délai, dans ce cas. Combien en avons-nous persuadé?
-Les trois quarts. Yannis eut un geste fataliste.
-Ca n’a plus vraiment d’importance. Ils n’auront jamais le temps de prendre les dispositions nécessaires. Séréna soupira.
-Nous avons tout tenté pour éviter d’en arriver là. Nous ne sommes que de petits êtres humains. Nous devons accepter nos limites.
-Je n’arrive pas à croire que nous nous sommes tant battus pour finalement échouer.
-Rien n’est encore fait. Seule la bataille qui vient aura une issue définitive.
-Je te trouve étrangement résignée… Constata-t-il, sincèrement surpris.
-Que puis-je faire d’autre? Répliqua-t-elle, elle aussi fataliste. Mon seul ennemi à présent est ma propre peur.
-Tu parviens à la dominer? Lui demanda-t-il avec une pointe de naïveté presque enfantine qui émut inexplicablement la vieille dame.
-Je n’ai pas peur de mourir. Répondit-elle avec assurance en lui adressant un sourire désabusé. A mon âge, ce serait ridicule. Pour être honnête, j’ai seulement peur de te survivre. S’il y a un Dieu dans l’univers, il ne permettra pas ça. Asséna-t-elle avec conviction.
-S’il y avait un Dieu, il ne permettrait pas que nous ayons à faire face à cette situation. Rétorqua-t-il avec fougue. Comment va l'éclaireur?L’interrogea-t-il pour dévier la conversation qui prenait un tour relativement malsain à son goût.
-Il en est quitte pour la peur. Lui répondit-elle avec nonchalance.
-On le comprend sans peine. Où sont les armes? Reprit-il, brusquement préoccupé.
-Sonia a demandé à ce qu’on les vérifie. Elle pense qu’ils pourraient attaquer dès demain. Ajouta-t-elle en baissant la voix.
-Elle a raison. Je prends une douche et je vous rejoins.»

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