Au beau milieu de la nuit...

Publié le par Sandrine

Au beau milieu de la nuit, Nathan se réveilla brusquement, hanté par les images épouvantables qui avaient émaillé cette journée sans fin et qui le poursuivaient jusque dans son sommeil. Il s’aperçut avec une pointe d’anxiété que Marie-Anne n’était plus à côté de lui et se raisonna en se disant qu’elle aussi avait dû être assaillie de cauchemars.
Tout à fait réveillé à présent, il se leva et partit à sa recherche. Soulagé, il la trouva debout dans la cuisine, les mains posées sur le rebord du plan de travail, regardant par la fenêtre le paysage grandiose de cette forêt plongée dans l ‘obscurité que seul le clair de lune repoussait, le souffle court.
«- Tout va bien? L’interrogea-t-il.
-Oui, ne t’inquiète pas. Je n’arrivais pas à dormir alors je me suis levée pour ne pas te réveiller. Malheureusement, ça n’a servi à rien. Répondit-elle avec une sorte de contrariété latente qui voilà sa voix. Elle ne voulait pas s’appesantir sur les émotions qui bouillonnaient en elle. Elle les refoulait sans cesse, mais à peine avait-elle réussi à retrouver un calme précaire qu’une image surgissait dans son esprit, la laissant l’estomac noué et la gorge sèche. Elle voulait à tout prix dissimuler ce tourment à Nathan mais ne sous estimait pas sa clairvoyance et espérait ne pas avoir à lire dans ses yeux de condescendance.
-Le sommeil m’a fui moi aussi. Lui dit-il en s’approchant d’elle à la frôler. Pourtant, nous aurions dû y arriver, nous sommes à l’abri, ici.
-Est-ce si sûr? Murmura-t-elle.
-Combien de temps vas-tu tenir à ce rythme? Lui demanda-t-il à mi-voix.
-Le temps qu’il faudra.» Lui répondit-elle dans un sourire qui n’avait rien de chaleureux et qui troubla Nathan sans qu’il puisse s’expliquer pourquoi. Il lui fit face et la noirceur de son regard augmenta le malaise qui l’envahissait. Pour ne plus voir ce regard plus que pour la réconforter, il la prit contre lui.
Ils prenaient silencieusement leur petit déjeuner, mal remis d’une nuit bien plus agitée qu’elle n’aurait dû l’être, lorsque sœur Clothilde, souriante, fit irruption dans la cuisine.
«- La mère supérieure m’envoie pour vous remettre le document que vous lui avez demandé et pour savoir si nous pouvons vous être utiles.
-Merci, ma sœur. Voulez-vous vous asseoir et partager une tasse de café avec nous? Lui proposa Nathan.
-Je suppose que mère Thérèse ne m’en voudrait pas.» Lui répondit-elle avec un clin d’œil malicieux. Un grand bruit métallique provenant de sous la fenêtre les surprit, les mettant aussitôt en alerte.Nathan reposa brutalement sa tasse qui choqua la soucoupe de porcelaine et se précipita à la vitre embuée par le contraste entre le froid vif qui régnait à l’extérieur et la douce chaleur de la maison. Riant de bon cœur, il incita d’un geste les deux femmes à le rejoindre. Une énorme laie suivie de trois marcassins déjà presque adultes fourrageaient furieusement le sol couvert de gelée blanche, à la recherche de vers ou de racines appétissants. Elle avait renversé un seau de fer blanc mais ne semblait nullement effrayée ni par le bruit qu’il avait fait en tombant, ni par les regards curieux des humains qui l’observaient.
«- Ils sont d’un sans gêne… Remarqua Clothilde. Ils viennent régulièrement se servir dans les poubelles que nous sortons devant les cuisines.
-Il sont plutôt mignons. Constata Marie-Anne, prenant le contre-pied de la religieuse qui lui adressa une moue dubitative.
-Vous changeriez d’avis s’ils vous couraient derrière!
-Vous aviez quelque chose pour nous? Lui demanda-t-elle presque durement, se désintéressant de son bavardage.
-Oui. Mère Thérèse a ajouté qu’elle avait trouvé les coordonnées de la personne dont elle a entouré le nom. Leur dit-elle en leur tendant une enveloppe cachetée. Marie-Anne l’ouvrit avec un sourire vague, presque inexpressif. Après avoir rapidement parcouru le document photocopié, elle le tendait à Nathan.
-Puis-je faire autre chose pour vous? Se renseigna Clothilde, soudainement mal à l’aise.
-Oui. Lui répondit Marie-Anne qui avait retrouvé son sérieux. Il faudrait que la mère supérieure organise une rencontre avec cette personne.
-Je le lui dirai. Autre chose?
-Auriez-vous la gentillesse de lui demander d’appeler la gendarmerie d’Hyères pour les informer que nous allons bien?
-Avec plaisir.
-Non. S’opposa fermement Marie-Anne.
-Mais enfin… Commença Nathan.
-Ce serait de la folie. Reprit-elle, presque agressive. Le médecin est avec eux, ce serait courir un trop grand risque, pour nous comme pour les religieuses. Ils n’auront aucun mal à déterminer la provenance de l’appel. Nathan soupira lourdement. Elle avait soulevé un point important sur lequel aucune contestation n’était possible.
-Tu as raison. Admit-il sans joie, soucieux de laisser le lieutenant dans l’expectative. Laissez tomber, ma sœur, c’était une mauvaise idée.
-Excusez-moi, j’ai oublié de prendre le médicament qu’on m’a prescrit. Leur dit la jeune femme en s’éclipsant rapidement, prise de nausée.
-Mon fils… Commença Clothilde en prenant ses mains dans les siennes pour être sûre de capter son attention. Je sais que je me mêle de ce qui ne me regarde pas, mais vous pardonnerez sûrement ce petit défaut à une vieille femme. Vous m’avez l’air d’un brave garçon et j’ai beaucoup d’affection pour le père Sébastien…
-Que cherchez-vous à me dire, ma sœur? L’interrogea-t-il gentiment, sentant qu’elle éprouvait les plus grandes difficultés à en venir au fait. La religieuse leva les yeux au ciel, cherchant désespérément la meilleure manière de s’exprimer.
-Quelles sont vos intentions envers la jeune femme qui vous accompagne?
-Le mariage! Lui répondit-il, radieux, certain de lui avoir donné la réponse qu’elle espérait. Contre toute attente, sœur Clothilde nia tristement.
-Je suis désolée de vous le dire, mon fils, mais je crois que vous devriez attendre de mieux la connaître avant d’envisager un tel engagement avec elle.
-Pourquoi me dites-vous ça? L’interrogea-t-il, terriblement surpris par sa réaction totalement imprévisible pour une none.
-J’ai un étrange sentiment à l’égard de cette femme… J’ai l’impression qu’elle cache quelque chose. Lui avoua-t-elle précipitamment, honteuse de ce préjugé.
-Marie-Anne est en effet assez secrète, mais je n’ai rein à lui reprocher. Je suppose qu’elle se livrera davantage quand elle se sentira pleinement en confiance.
-Promettez-moi quand même de patienter un peu. Insista-t-elle presque timidement.
-Changeriez-vous d’opinion si je vous disais qu’elle est enceinte? Lui demanda-t-il, provocant.
-Dieu me pardonne! Non, je ne change pas d’avis. Déclara-t-elle avec un petit sourire d’excuse.
-Je ne vous en veux pas, ma sœur. Vous m’avez parlé franchement, et ne serait-ce que pour ça, vous avez toute mon estime.
-Merci. J’avais peur que vous refusiez de m’écouter. Je reviendrai à midi et j’espère que vous m’accueillerez avec autant de chaleur que ce matin. Nathan lui sourit avec indulgence.
-Peut-être plus encore… Ne vous faites pas de souci pour ça.»

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Publié dans L'ange pourpre

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