C’est un fait mais nous pouvons vous aider...

Publié le par Sandrine

- C’est un fait mais nous pouvons vous aider dans vos recherches, Marie-Anne. Ce faisant, nous gagnerons un temps précieux. Ne me mettez pas à l’écart. Insista-t-il, presque suppliant. Le Béthel de New York m’a téléphoné tout à l’heure pour me dire qu’il mettait toutes nos forces vives à votre disposition. Nous sommes partout et parlons à peu près toutes les langues… Où qu’ils se terrent, nous les débusquerons et vous les livrerons. Nous pouvons vous être utiles et vous le savez.
-Je n’ai aucune intention de vous écarter de cette affaire et je comprends vos motivations.
-Je voulais simplement vous avertir que vous vous engagiez sur une mauvaise piste.
-Nous ne leur laisserons pas de repos que nous ne leur ayons mis la main dessus. Il faut que justice soit faite! Martela-t-il, têtu.
-Je me demande par quel miracle ils ont pu convertir tant de monde à leur hérésie en si peu de temps… Ca n’a rien d’artisanal, cette fois! Nota Jacques qui était déjà passé à autre chose.
-Ils n’ont pas été convertis du tout et à mon sens, c’est bien plus inquiétant. Le reprit Marie-Anne.
-Comment le sais-tu? Lui demanda Nathan, grondant, sachant qu’elle s’était mise en danger pour obtenir cette information.
-Je suis navrée, Nathan, mais le journalisme est plus qu’un métier pour moi et tu le sais. Lui dit-elle avec une pointe de défi.
-Trop bien! Je t’interdis, tu m’entends, je t’interdis formellement de te mettre en danger pour quelque motif que ce soit. Ta vie est infiniment plus précieuse qu’un métier!
-Je te jure au j’ai été prudente. Je suis simplement descendue au pied de l’immeuble pour prendre quelques clichés. Commença-t-elle à lui expliquer. Nathan, n’entendant pas la laisser s’en tirer à si bon compte, l’interrompit aussitôt.
-Tu espères vraiment me faire croire que tu as appris ça uniquement en les regardant?
-Ce n’est pas loin de la vérité mais ce n’est pas exactement ça… Reprit-elle en détournant son regard et en s’adressant à Edouard. Une chose m’a vraiment frappée : leur inexpression totale. On aurait dit des automates. Quand j’ai pris la première photo, le flash a aveuglé un homme qui se trouvait devant moi. A cet instant, j’ai eu l’impression qu’il se réveillait. Lui qui était auparavant totalement inconscient du froid s’est mis à grelotter. Je l’ai fait entrer dans le hall de l’immeuble et nous avons discuté quelques minutes. Nathan soupira bruyamment pour marquer sa désapprobation et s’assit en croisant les bras sur sa large poitrine. Marie-Anne lui adressa un bref regard et poursuivit. Il ne se souvenait de rien. Le seul renseignement vraiment utile qu’il m’ait donné est qu’il était athée…
-Vous avez raison : c’est vraiment inquiétant. Ils peuvent manipuler n’importe qui. Lui accorda le lieutenant.
-Peut-être qu’Olivier et Rachel… Commença Edouard, soudain pris d’un fol espoir.
-Non. Le coupa Marie-Anne plus brusquement qu’elle ne l’aurait voulu et se reprochant immédiatement l’expression peinée du vieux monsieur. Ils n’ont jamais eu l’attitude de cet homme, leurs regards étaient lumineux et ils semblaient plutôt trop émotifs qu’indifférents. Eux étaient pleinement conscients de leurs actes. J’aurais aimé vous dire le contraire, Edouard, sincèrement.
-Ca n’a pas d’importance… Ce n’était qu’une élucubration d’un vieil homme qui tient encore à ses illusions. Toujours est-il qu’il y a une trentaine d’années, je bégayais terriblement, aussi ai-je décidé d’avoir recours à l’hypnose. C’était un terrible handicap pour la prédication et je l’ai fait uniquement dans le but de mieux servir Jéhovah, même si j’ai appris par la suite que l’hypnose était vivement réprouvée par la vraie foi.
-Au fait, Edouard, de grâce, venez-en au fait! Le coupa Jacques, ne lui accordant aucunefaiblesse.
-Bref, j’étais terriblement inquiet à l’idée qu’un étranger puisse s’introduire dans mon esprit et m’ordonner n’importe quoi sans que je puisse exercer aucun contrôle sur ce qui se passerait durant cette séance, aussi ai-je demandé des renseignements précis au sujet de cette étrange méthode. Je vous épargnerai les détails mais je me souviens clairement que le thérapeute m’a dit que l’on pouvait sortir quelqu’un de cet état grâce à un bruit violent ou une lumière vive même si c’est rigoureusement déconseillé à cause des lésions cérébrales que cela peut entraîner comme l’a démontré Charcot lors de ses expériences cliniques.
-J’avoue que ça m’a traversé l’esprit et je pense en effet que c’est l’hypothèse la plus plausible.
-C’est pratiquement impossible, Marie-Anne, tous ces gens… Répliqua Nathan en fendant l’air d’un geste large de la main.
-Je sais, et pourtant, je suis persuadée que c’est bien de cela dont il s’agit. S’entêta-t-elle.
-Et les messages subliminaux, ça, ça peut toucher des millions de personnes, non? Demanda pensivement Jacques.
-Impossible. Trancha le lieutenant. C’est strictement interdit depuis que certains publicitaires en ont abusé et c’est régulièrement contrôlé par les médias du monde entier.
-Ou presque… Il a raison, Jacques. Confirma-t-elle.
-Nous tournons en rond, maugréa-t-il.
-Pas forcément. Répliqua Nathan. Nous savons à présent quelle méthode ils ont employé et aussi, même si c’est loin d’être une bonne nouvelle, qu’ils sont vraisemblablement plus nombreux et infiniment mieux organisés que nous ne le pensions et que leur plan n’a pas été mis au point hier.
-Ils ont pu programmer n’importe qui pour faire n’importe quoi. Compléta la jeune femme. Et moi la première… Dit-elle dans un souffle.
-Non. Sans quoi tu aurais déjà agi la première fois. Répliqua Nathan, catégorique.
-Pas forcément et tous ces gens en sont la preuve. L’espace d’un instant, il crut qu’elle allait s’effondrer complètement, mais elle se ressaisit aussitôt et le regard qui revint se perdre dans le sien avait retrouvé sa clarté naturelle après que la lueur de peur qui l’avait brièvement envahi se soit dissipée.
-Non, Marie-Anne. Insista-t-il doucement. Pour eux, il faut impérativement que tu restes lucide. Tu représentes l’ ennemie qu’ils se sont choisie dieu sait sur quel coup de folie et je ne sais pas pourquoi, mais je suis intimement persuadé qu’ils veulent te battre à la loyale. Dit-il en fichant ses yeux dans les siens et en lui prenant la main au mépris du regard des autres qui semblaient pourtant totalement indifférents à ce geste de tendresse.
-J’ai la même impression. Souffla-t-elle. Nathan l’avait écoutée avec attention jusque là, mais à présent, il contempla son visage. Elle avait les paupières gonflées, les traits tirés et paraissait soudainement très lasse.
-Hé, regardez un peu ça ! S’exclama Jacques en désignant la télévision de son index diaphane. L’image représentant d’éminents experts commentant l’événement se brouilla jusqu’à ne laisser voir qu’une épaisse neige sur fond noir.
-C’est pas vrai! Au moment où nous en avons le plus besoin, il faut que cette antiquité tombe en panne! Pesta le lieutenant en se levant d’un bond pour la réparer d’un généreux coup de poing.
-Je ne crois pas que ce soit une panne… Commença Marie-Anne, énigmatique. Nathan étreignit discrètement sa main sans mot dire et elle sut qu’il l’avait comprise alors que le lieutenant lui lançait un coup d’œil intrigué après avoir vainement martyrisé l’innocente machine.
-Quoi d’autre, alors? La questionna-t-il, son double menton s’agitant fébrilement sous l’énervement qu’il ressentait à devoir affronter pareille aventure une nouvelle fois. Vous n’allez tout de même pas me dire qu’ils ont réussi à prendre le contrôle de la télévision et ce, à l’échelon mondial? Poursuivit-il avec un sourire cynique. La jeune femme haussait les épaules dénudées par sa robe de soirée au dos largement dénudé sur un immense dragon tatoué sur sa peau délicate et qu’elle semblait pleinement assumer quand une nouvelle image se forma. Dans un lieu assez sombre à l’arrière-plan incertain, un trône splendide orné de précieuses dorures et de délicates sculptures focalisait l’attention. Face à lui, un homme brun aux cheveux ruisselants dans le cou, à la puissante carrure, vêtu d’une aube blanche virginale tournait le dos à la caméra. A sa gauche, quatre hommes revêtus de longues robes rouges demeuraient immobiles et silencieux, à sa droite, vingt quatre vieillards aux longues barbes blanches et aux vêtements immaculés attendaient docilement un événement connu d’eux seuls.
-Je crains que si!» Répliqua Jacques à l’adresse du lieutenant déconfit. Un profond silence s’installa dans le bureau, chacun cherchant intensément à comprendre ce qu’il lui était donné de voir. L’homme debout devant le trône se prosterna respectueusement devant lui, laissant apparaître un homme âgé au regard bleu étonnamment limpide tenant un livre énorme recouvert de pierreries et de dorures filigranées dans sa main droite. Se relevant avec prestance, il s’avança vers lui et s’empara du livre qu’il brandit victorieusement. Ce voyant, les quatre hommes et les vingt quatre vieillards se prosternèrent devant lui, tenant chacun une harpe et des coupes dorées. Après un court instant de recueillement, tous se mirent à chanter gravement: «Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation, tu as fait d’eux pour notre Dieu une royauté de prêtres régnant sur la terre.»

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Publié dans L'ange pourpre

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