Ce déjeuner en pleine nature à l’ombre ...

Publié le par Sandrine

Ce déjeuner en pleine nature à l’ombre de la petite église et à la table d’un homme aussi agréable que Sébastien aurait été idyllique sans l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de leurs têtes. Il faisait exceptionnellement doux pour la saison et cette relative chaleur combinée à un plantureux repas et à un vin délicieux généreusement offert par l’une de ses ouailles qui goûtait bien plus le sang du Christ que l’eau bénite incitait perfidement à la sieste.
Sébastien fut le premier à repousser la voluptueuse langueur qui s’emparait d’eux.
«- Allons-y. Marie-Anne, il y a dans l’entrée un foulard qu’une paroissienne a oublié. Couvrez-vous la tête, vous serez moins facilement reconnaissable.
-Pouvons-nous savoir où tu comptes nous emmener? Lui demanda Nathan.
-Ca risque de ne pas vous plaire mais je pense que c’est là-bas que vous serez le plus en sécurité…
-Où, Sébastien?
-A l’abbaye de Laggaie.
-Ce n’est pas un couvent de bonnes sœurs? Se renseigna Nathan.
-Si, et soumis à la règle du silence dans l’enceinte même du couvent… Ce n’est pas pour rien que j’ai commencé par te dire que ça n’allait pas te plaire.
-Pourquoi serions-nous plus en sécurité là-bas qu’ailleurs? Lui demanda Marie-Anne.
-Parce que la mère abbesse n’a jamais eu d’atome crochu avec le cardinal Divitto. Elle lui reproche depuis toujours une ambition dévorante et une prétention pour le moins contradictoire avec sa charge… Si je suis presque certain que les conditions de vie qu’on va vous imposer ne vous séduiront pas, je suis convaincu en revanche que mère Thérèse vous plaira énormément. Elle a un caractère impossible mais elle est juste et parvient toujours à obtenir à peu près ce qu'elle veut. Son aide vous sera précieuse.
-La vôtre aussi, Sébastien. Lui assura Marie-Anne qui répugnait à se séparer de lui sitôt après l’avoir rencontré.
-J’aurais aimé que ce soit le cas mais c’est malheureusement tout le contraire. Il ne faut absolument pas qu’ils puissent faire le lien entre Nathan et moi. Nous saperions l’effet de surprise dont nous bénéficions et il se trouve que c’est extrêmement précieux parce que c’est le seul atout dont nous disposons. Je ne vous abandonne pas. Je vais souvent là-bas et ma présence n’éveillera pas les soupçons, tandis qu’abriter un couple chez moi vous perdrait à court terme. Allez quand même faire un tour à l’église et offrez un cierge à la vierge noire, elle favorise les mariages heureux et la fertilité. Leur conseilla-t-il avec malice.
-Ce ne sera pas utile. Lui répondit Nathan. Ces deux projets sont déjà en bonne voie.
-Et dans le péché, naturellement! Disons que je n’ai rien entendu et que je régulariserai cette situation dès que les circonstances seront plus clémentes. N’essayez pas de le cacher à Thérèse, elle consentira à fermer les yeux sur ce point, mais en aucun cas elle ne fera l’impasse sur un mensonge.»

Lire la suite: L’abbaye était immense et magnifique...

Publié dans L'ange pourpre

Commenter cet article