Clothilde, le souffle court ...

Publié le par Sandrine

Clothilde, le souffle court et le cœur bondissant dans sa poitrine comme un oiseau affolé dans la main de l'oiseleur, les entendit passer devant elle. D’abord, le pas lourd de Nathan, après, le cliquetis des talons hauts de Marie-Anne. Ils marchaient en silence et elle eut tout le loisir d’écouter leurs pas décroître et la porte de leur chambre claquer derrière eux.Elle savait qu’elle était en danger de mort et que seules la prudence la plus absolue et l’ingéniosité la plus rigoureuse lui permettraient de voir le jour se lever. Elle avait déserté sa chambre pour trouver refuge dans la lingerie, seul endroit où elle pourrait à la fois se cacher et d’où elle pourrait fuir par la porte arrière. Elle attendait, ce n’était plus qu’une question de temps qui semblait s’étirer, cynique, prenant plaisir à la laisser se remémorer les tristes fins de ses compagnes et de la mère supérieure. Une porte grinça et un long frisson l’ébranla. Elle tendait désespérément l’oreille pour savoir où se dirigeait son agresseur mais il se déplaçait aussi silencieusement qu’une ombre et seuls les mots d’une prière qu’elle récitait presque mécaniquement résonnaient dans sa tête. Le bruit de son souffle lui paraissait exploser dans la pièce à chaque respiration et une vague de panique s’empara d’elle, quasiment irrépressible et elle se mordit la lèvre pour ne pas hurler. Elle s’attendait à voir la porte s’ouvrir à chaque seconde et l’attente la mettait à la torture peut-être plus que l’affrontement. Elle rivait son regard sur le battant de bois, tâchant de sentir la présence de son assaillant avant même qu’il ne la pousse. Une chaleur étrange irradia subitement son dos et une main se posa sur sa bouche avant qu’elle ait pu réaliser qu’il était trop tard. Clothilde se débattit de toutes ses faibles forces mais la maladie qui la rongeait lui interdisait de résister bien longtemps. Elle levait une main pour tenter de se défaire de celle qui lui broyait impitoyablement les lèvres quand elle sentit sous ses doigts glacés la peau du visage de son adversaire qu’elle griffa brutalement. Une plainte étouffée lui échappa et elle sut que ce simple geste représentait un coup majeur. Une lame vint se poser contre sa poitrine et elle revit le buste béant de Thérèse. Elle parvint dans un effort désespéré à libérer sa bouche quelques instants et mordit à pleines dents la main qui cherchait à lui imposer le silence. Un petit cri retentit à ses oreilles et un bras s’enroula autour de son cou pour l’étrangler. Elle était déjà à bout de souffle à l’issue de cette courte lutte vouée à l’échec. Elle le retint quelques battements de cœur et hurla de toute la puissance de ses poumons au moment où le couteau pénétrait dans sa chair. Nathan se réveilla aussitôt et bondit hors du lit sans même se soucier de la plus élémentaire décence. Il s’empara de son arme et jura en s’apercevant de l’absence de Marie-Anne. Il s’élança dans le couloir et s’arrêta devant la porte d’où lui avait semblé provenir le cri qui l’avait tiré du sommeil agité dans lequel il avait fini par sombrer. Elle était fermée et il l’ouvrit d’un violent coup d’épaule tout en commutant l’interrupteur. Il demeura pétrifié. Clothilde gisait dans une mare de sang et Marie-Anne tâchait d’endiguer l’hémorragie en comprimant la plaie de ses mains recouvertes de pourpre. Elle leva le visage vers lui et il découvrit avec stupeur les profondes marques qu’avaient laissées les ongles de Clothilde en le labourant.

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Publié dans L'ange pourpre

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