Eminence...

Publié le par Sandrine

«- Eminence. L’interpella doucement son employé de maison.
-Que se passe-t-il? Lui demanda-t-il en le couvant de ce regard de braise qui attirait les foules à lui et faisait se courber les têtes et ployer le genoux des cœurs qu’il n’avait aucun mal à conquérir.
-Une dame qui prétend être votre sœur vous demande au téléphone.
-Vous a-t-elle donné son prénom?
-Elle m’a dit s’appeler Titia. A ce nom, un sourire nostalgique étendit ses lèvres minces. C’était ainsi qu’il l’appelait étant enfant. Ils ne s’étaient plus parlé depuis plus de dix ans, quand elle était tombée aux mains des hérétiques. Il concevait une profonde colère envers ces illuminés et se faisait un devoir de ramener à lui les brebis égarées qui se trouvaient dans leurs rangs. Aussi cruel que ce fut, il avait ressenti une joie perfide quand il avait constaté que Dieu avait enfin décidé de déverser sur eux la coupe de son ire. Ce n’était pas un sentiment très chrétien et il ne s’en excusait pas. Il avait tremblé pour sa sœur et avait prié jusqu’à en perdre la raison pour qu’elle soit épargnée. Il espérait que cet appel était la bonne nouvelle qu’il espérait avec tant d’ardeur.
-Passez-la moi, j’attendais son appel. Répondit-il avec une belle assurance.
-Paolo? Il laissa passer quelques secondes silencieuses, laissant raisonner en lui cette voix chérie qui lui avait si cruellement manqué.
-Titia? C’est vraiment toi…
-Qui d’autre? Tu es le seul à m’appeler comme ça.
-Tu m’as manqué, Titia. Lui avoua-t-il précipitamment, de peur de ne pouvoir le faire plus tard, rattrapé par la vaine pudeur dont se parent les adultes.
-Toi aussi, Paolo. Lui répondit-elle d’une voix brisée.
-Tu reviens, c’est ça?
-Si tu m’invites, je suis là demain. Mais je n’ai pas changé… Ajouta-t-elle dans un souffle.
-Tant pis. Viens, ça me donnera l’occasion d’essayer de te convaincre encore.
-Tu n’y arriveras pas mais j’ai trop envie de te voir pour refuser ton invitation.
-Je suis heureux de te l’entendre dire.
-Paolo…
-Qu’est-ce qui t’arrive? Lui demanda-t-il, alerté par le ton angoissé qu’il avait entendu.
-Je ne t’appelle pas pour t’annoncer une bonne nouvelle.
-Comment peux-tu dire ça alors que tu m’apprends que tu viens me voir?
-Quelqu’un te veut du mal, Paolo.
-Qu’est-ce que tu racontes?
-Une femme, elle essaie de t’impliquer dans ce qui se passe.
-Tu la connais?
-Non… Enfin, oui. Je suis sûre de l’avoir déjà vue. J’ai peur pour toi.
-Raison de plus pour sauter dans le premier avion. N’attends pas demain. Je t’attends avec impatience.»

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Publié dans L'ange pourpre

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