Je les appelle tout de suite...

Publié le par Sandrine

«- Je les appelle tout de suite. Trancha-t-elle, réellement paniquée à présent.
-Ecoute, tu m’as posé une question tout à l’heure… Dis-le lui maintenant… Avant que ça ne tourne vraiment mal… Marie-Anne se contenta de hocher sombrement la tête, déçue que ce qui devait être une merveilleuse nouvelle se révèle finalement si amer. Elle dut attendre huit longues sonneries avant d’entendre enfin la voix rassurante de Nathan.
-Que t’arrive-t-il? Lui demanda-t-il aussitôt, sachant pertinemment qu’elle ne l’aurait jamais dérangé en plein service sans raison grave.
-C’est eux, Nathan. Ca recommence. Lui dit-elle d’une voix tremblante.
-Tu en es sûre? Répliqua-t-il sans avoir besoin de plus d’explications, parfaitement au fait de ce qu’elle évoquait à demi mots.
-Sûre et certaine. Affirma-t-elle en assurant sa voix.
-Je dois en aviser le lieutenant. Marie-Anne… Je sais que ce n’est ni le lieu, ni le moment et encore moins ce dont tu aurais rêvé, mais… Veux-tu m’épouser?
-Oui. Lui répondit-elle sans l’ombre d’une hésitation. Nathan, il y a autre chose que j’aurais déjà dû te dire depuis quelques temps …
-Je t’écoute…
-Je suppose qu’il n’y a pas de bonne manière pour te l’annoncer dans ces circonstances… Je suis enceinte.
-Rassure-toi, quels que soient les événements actuels, c’est fantastique! Nous nous en sortirons, je te le promets.
-J’aimerais te croire. Je t’aime.» Les larmes aux yeux, la jeune femme demeura silencieuse quelques secondes, téléphone en main. Carine le lui prit et le déposa calmement sur la table avant de s’asseoir à côté d’elle.
«- Qu’a-t-il dit? Ne me dis pas qu’il l’a mal pris… Marie-Anne nia de la tête, un pauvre sourire aux lèvres et les yeux dans le vague.
-Au contraire. Il m’a demandé de l’épouser…
-J’espère que tu as accepté!
-Evidemment! Répliqua-t-elle plus vivement qu’elle ne l’aurait voulu en posant enfin son regard sur Carine.
-Tant mieux! Ca nous fait au moins une bonne nouvelle à célébrer! Champagne! Et je t’interdis de refuser…
-Je n’en ai pas l’intention. La rassura-t-elle avant de s’absorber à nouveau dans ses pensées.
-Ah, non! Pas maintenant! S’insurgea Carine. Tu auras tout le temps que tu voudras après pour replonger dans ce cauchemar, mais tu peux tout de même nous accorder cinq minutes de bonheur…
-Ce n’est pas cinq minutes que j’aurais souhaité…
-Pas plus que de fêter ça avec moi, je sais. Mais il nous faut faire contre mauvaise fortune bon cœur. Peut-être seront-ils de retour d’ici peu pour partager une coupe avec nous. Lui dit-elle en baissant la voix pour que les enfants n’entendent pas ce mauvais mensonge.
-Tu n’y crois pas plus que moi! Répliqua vivement Marie-Anne, boudeuse.
-Non, mais j’espère quand même. Bienvenue parmi les Pénélopes!
-Je ne suis pas douée pour la tapisserie mais je te remercie de ton accueil.
-Tu apprendras.» La dernière goutte du breuvage pétillant avalée, le téléphone sonna. Inquiète plus que de raison, Marie-Anne décrocha avec une rapidité déconcertante.
«- Je viens de parler au lieutenant. Aussi mauvaise soit la nouvelle que tu lui as transmise, il te croit sur parole. A tel point qu’il dit avoir tiré les enseignements de ce qui s’est passé la dernière fois. Il est en train de mettre en place un réseau de communication parallèle pour nous permettre de parer à toute éventualité. Pour la même raison, il souhaite que tu nous rejoignes et que nous ne te lâchions plus d’une semelle.
-Il souhaite ou il ordonne?
-Tu le connais: il aboie mais ne mord pas. Quant à rester avec toi, c’est un ordre que j’accomplirai avec plaisir. As-tu besoin de quelque chose?
-Une Bible que j’ai déjà et une télévision, je ne sais pas par quel miracle, mais ils manipulent les médias à merveille.
-Il ne va pas seulement falloir interpréter et analyser les événements, cette fois. Si nous voulons avoir une infime chance de nous en sortir, il va falloir anticiper et les prendre de vitesse.
-Te rends-tu compte que c’est presque impossible?
-Si tu dis «presque», c’est que tout est encore possible.
-C’est une énorme responsabilité, il n’est pas dit que j’ai les capacités pour en venir à bout.
-Si nous t’avions cru cet été, jamais il n’auraient été aussi loin.
-Je t’attends.» Elle reposa le combiné sans un mot pour Carine, ne sachant comment lui annoncer cette désertion au clan des Pénélopes. Au regard qu’elle lui adressa, Marie-Anne sut qu’elle pouvait s’épargner cette peine, Carine avait déjà compris qu’elle devrait affronter seule les affres d’une attente désœuvrée.
«- Maman, maman, les anges s’en vont!» S’écria Emilie. Vive comme l’éclair, Marie-Anne se dressa d’un bond et plongea son regard dans la rue en contrebas. Effectivement, la foule s’amenuisait peu à peu, de petits groupes d’individus fantomatiques se détachaient du serpent albinos, restant quelques minutes interdits sur le trottoir, se posant mille questions sans réponses, puis regagnant la sécurité illusoire de leurs foyers respectifs. Plus angoissée que rassurée par cette soudaine dispersion, la jeune femme s’éloigna de la fenêtre, l’esprit en tumulte. Elle savait que cet arrêt subit du combat ne signifiait pas l’abandon de la guerre mais le terme d’une bataille n’annonçant rien d’autre que l’assaut suivant. La sonnette retentit, la faisant violemment sursauter.
«- Je pense que c’est ton chauffeur. Je vais ouvrir. Marie-Anne retint Carine par le bras.
-Carine, ne quitte l’appartement sous aucun prétexte et contacte-moi au moindre problème. Lui dit-elle en fichant son regard dans le sien.
-Arrête de te faire du souci. Ce n’est pas moi qui vais au front.»

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Publié dans L'ange pourpre

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