Je ne comprends vraiment pas...

Publié le par Sandrine

«- Je ne comprends vraiment pas à quoi rime cette petite démonstration… Avoua le médecin.
-Vous venez de le dire vous-même : c’est une démonstration de force. Lui expliqua Nathan. Ils montrent à la fois leur emprise sur les médias et leur nombre. Avouez quand même que c’est plutôt efficace…
-Que savez-vous à propos des deux autres? Lui demanda Alain, changeant brusquement de sujet, préférant ignorer la remarque de Nathan malgré sa pertinence.
-L’un d’eux, celui de gauche, est un sans domicile fixe d’origine allemande dont la police municipale a signalé la disparition l’année dernière à peu près à la même époque. Celui de droite est un ancien ouvrier du chantier naval de la Seyne réputé pour son alcoolisme.
-Ont-ils été drogués? Se renseigna Marie-Anne qui jouait avec un stylo qu’elle avait trouvé sur le bureau éternellement encombré d’objets divers.
-Non. Ni drogue, ni alcool, juste une bonne dose de fanatisme. Je n’ai relevé aucune trace de lutte sur leurs corps. Ils se sont laissés faire volontairement. Edouard, lui, s’est débattu. J’ai relevé de nombreuses ecchymoses et des traces de griffures. Il avait également des particules de peau sous les ongles.
-Ca, c’est peut-être une bonne nouvelle. Espéra la jeune femme. Le médecin agita négativement la tête.
-Je comprends votre désir d’apprendre enfin quelque chose de positif, mais ce n’est malheureusement pas le cas. Les traces ADN ne nous permettent d’identifier un individu que s’il a déjà commis un délit et figure dans nos fichiers. Nous savons d’expérience qu’aucun des extrémistes que nous avons croisés jusqu’ici ne l’est.
-Il doit pourtant y avoir un moyen… S’entêta-t-elle, rejetant brusquement le stylo sur le bureau.
-Sans doute. Ils se sentent de plus en plus forts et finiront bien par commettre une erreur qui nous profitera. La rassura le lieutenant qui la sentait faiblir.
-Quand? Gémit-elle.
-Il faut rester vigilants, ça ne devrait plus tarder et cette croix représente leur premier faux pas. Insista Nathan.
-N’y a-t-il vraiment aucune piste exploitable dans la Bible? Lui demanda Alain, désireux de lui confier une mission à accomplir, si vaine soit-elle, plutôt que de la voir sombrer dans une oisiveté dangereuse pour son moral.
-Non. Répondit-elle en secouant négativement la tête. J’ai lu et relu ce passage dans tous les sens mais je n’arrive pas à comprendre leurs intentions. Mis à part pour leurs représentations, ils prennent énormément de libertés avec le texte originel et en ont une interprétation totalement chaotique. Intelligents et imprévisibles, nous demeurons à leur merci. Lui dit-elle avec un certain abattement qui alarma Nathan qui, instinctivement, se rapprocha d’elle.
-Ce n’est que très provisoire. Affirma Alain, autant pour se convaincre lui-même que pour remonter le moral des troupes. Il soupira et se leva lourdement pour arpenter la pièce de long en large.
-Peut-être pourrions-nous les pousser à faire une bévue? Suggéra-t-elle sans vraiment savoir comment ils pourraient bien s’y prendre pour parvenir à ce résultat.
-Tu m’as promis de ne plus t’exposer… Lui rappela Nathan en la fixant sévèrement.
-Et je veillerai à ce qu’elle respecte sa promesse! Gronda le lieutenant. Il n’est pas question que vous écriviez une ligne cette fois-ci.
-Alors, je ne vois pas d’issue… Lui dit-elle dans un soupir en haussant les épaules en geste d’impuissance.
-Décidément, je crois que ces fous se sont pris de passion pour le théâtre!» Ironisa le légiste en désignant l’écran de télévision d’un petit mouvement de tête, faute de pouvoir faire quelque chose de plus concret pour leur venir en aide autrement que par ses commentaires acides sur l’étrange programme de télévision qui leur était imposé à nouveau. Le possesseur du livre le brandit cérémonieusement à bout de bras pour que tous, dans la foule qui l’entourait, puissent le voir. Le ramenant à lui lentement, il brisa l’un des sceaux qui le fermait et le premier des quatre hommes en rouge cria, menaçant: «Viens!» Un cheval blanc, immense et fier, naseaux dilatés par la nervosité que provoquait en lui la foule amassée à ses côtés, monté par un cavalier au port altier, tenant un arc dans sa main droite gantée de noir se fraya un passage parmi les fidèles massés auprès du trône et s’arrêta face à celui qui l’avait appelé. Celui-ci lui remit une couronne dorée incrustée de pierreries luxueuses et le cavalier s’éclipsa, manœuvrant sa monture avec une dextérité époustouflante. L’homme en blanc brisa le deuxième sceau. A son tour, le deuxième homme pourpre cria vigoureusement: " Viens!» Un cheval roux et son cavalier empruntèrent le même itinéraire que le premier et s’arrêtèrent eux aussi devant celui qui les avait hélés. Il remit au cavalier une grande épée et le renvoya. La même chose se produisit avec un cheval noir au cavalier duquel on remit une balance de cuivre avec cette recommandation autoritaire: «Un litre de blé pour un denier, trois litres d’orge pour un denier! Quant à l’huile et au vin, ne les gâches pas!» Le quatrième cheval qui se présenta était affreusement grimé. Une immonde peinture verdâtre le recouvrait des pieds à la tête. A celui-là, on ne donna aucun insigne avant de le renvoyer.

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Publié dans L'ange pourpre

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