Je sais. Et c’est précisément pour ça...

Publié le par Sandrine

-Je sais. Et c’est précisément pour ça que vous nous êtes indispensable. Les preuves dont vous parlez se trouvent au cœur même de l’Eglise et seul un prêtre peut se les procurer.
-Je dois y réfléchir. Tout cela est tellement fou ! Je vais me recueillir quelques minutes et je reviendrai avec ma réponse.» Quand Sébastien s’éloigna pour gagner la petite église, il leur sembla qu’il avait dix ans de plus qu’à leur arrivée.
«- Il acceptera de nous aider. Affirma Nathan à Marie-Anne.
-Comment peux-tu en être si sûr? Ce que nous lui demandons est extrêmement délicat pour un homme de paix. Nous lui demandons d’épouser notre cause en nous croyant sur parole et d’être notre bras armé… Il pourrait le ressentir comme une trahison et s’il refuse, je ne saurais lui en tenir rigueur.
-Moi non plus, mais il acceptera, j’en suis certain. Répéta-t-il avec entêtement. C’est aussi un homme de justice et surtout, c’est un ancien résistant. IL est parfaitement conscient qu’il faut parfois avoir recours à la guerre pour obtenir la paix.
-C’est cruel. Que tu sois le messager qui le confronte à nouveau à ses pires épreuves…
-C’est un bien mauvais tour que le destin vous joue à tous les deux.
-Mais la volonté vient presque toujours à bout d’un destin contraire, ma fille. Lui répondit Sébastien en lui posant une main rassurante sur l’épaule. Je ne peux laisser l’Eglise toute entière péricliter par la faute d’un seul homme. Comment êtes-vous venus?
-En voiture. Lui répondit Nathan en lui souriant chaleureusement.
-Donne-moi les clefs, il ne faut pas qu’on la trouve.
-C’est à dire que je ne les ai pas… Lui expliqua-t-il avec une certaine gêne.
-Alors ça te coûtera deux Ave et trois Pater! Allez, fiston, ne perds pas de temps et viens la démarrer.» Marie-Anne le regarda avec une surprise amusée. Elle se sentait inexplicablement bien auprès de cet homme qui irradiait la force et la sérénité et réalisa soudain que Nathan possédait lui aussi cette aura qui l’avait indéniablement attirée. Profitant de cette brève absence des deux hommes, Marie-Anne procéda à une fouille rapide de la petite maison pour s’assurer qu’elle pouvait effectivement placer sa confiance dans le vieil homme. Fut-il l’oncle de Nathan, elle savait ne pouvoir se permettre le luxe de se fier aveuglément à qui que ce soit. Satisfaite, elle se rassit et se contraignit à arborer un air détaché pour ne rien laisser filtrer du sentiment de culpabilité qui l’envahissait malgré tous les arguments dont elle usait pour se donner bonne conscience. Nathan et Sébastien revinrent à peine quelques instants après son forfait et une peur rétrospective précipita les battements de son cœur à l’idée de ce qui aurait pu se passer s’ils l’avaient surprise.
«- Vous m’avez dit tout à l’heure que chaque adepte possédait une croix semblable à la mienne…
-En effet.
-Venez avec moi. Il se peut que nous ayons un moyen de savoir qui les leur a procurées. A votre avis, quelle quantité aurait été commandée?
-Cent quarante quatre mille. Le prêtre leva les yeux au ciel et se signa.
-Une quantité pareille ne devrait pas passer inaperçue. Il les conduisit dans le petit bureau qu’elle avait déjà passé au crible et où elle avait remarqué la présence d’un ordinateur.
-Nous allons consulter le registre des commandes passées au magasin central. Sur quelle période devons-nous effectuer cette recherche?
-Il faudrait se concentrer sur une durée d’un an. Estima-t-elle. Si nous ne trouvons rien, nous élargirons la recherche.
-Si je ne me trompe pas, ils les auront commandées de façon à ce qu’elles soient livrées pour le premier Janvier. C’est ce jour-là qu’ils ont dû être intronisés. Leur expliqua Nathan, corrigeant ainsi Marie-Anne.
-Alors il nous faut demander cette liste sur deux ans. Je doute qu’ils aient été assez stupides pour les commander en une seule fois.» Le prêtre manipulait son ordinateur avec une dextérité étonnante pour un homme de son âge. Après quelques minutes silencieuses, Sébastien cliqua une dernière fois sur l’icône imprimer et le papier cierge inséré dans l’imprimante commença à se couvrir d’encre noire.
«- Et voilà! S’exclama-t-il fièrement en tendant l’épaisse liasse à Marie-Anne. Maintenant, c’est à vous de jouer. Je vous laisse vous occuper de ça. J’ai une messe à célébrer et je crois que je vais y ajouter une intention supplémentaire… Un coup de pouce divin ne serait pas superflu! Je vais essayer de boucler la cérémonie un peu plus tôt que prévu. J’espère être de retour d’ici une petite heure…» Marie-Anne partagea la pile en deux et en tendit la moitié à Nathan.
«- Il y a de grandes chances pour que nous ne trouvions absolument rien. La prévint-il.
-Ca ne coûte rien d’essayer.» Méticuleusement, ils scrutèrent chaque ligne dans l’espoir que dame fortune leur sourirait enfin.
«- Nathan! Je le tiens! S’exclama-t-elle, tellement surprise qu’elle en paraissait incrédule. Il la regarda avec un étonnement égal au sien et se leva pour jeter un œil à la ligne qu’elle lui désignait du doigt.
-Son Eminence Divitto à Milan… Lut-il en cherchant à comprendre en quoi ces mots éveillaient un écho en lui. Milan… Milan… Mille ans! S’écria-t-il en prenant Marie-Anne aux épaules. Mille années! Souviens-toi de ce que tu nous a dit lorsque nous avons cru que tout était terminé l’été dernier… Ca se reproduira en deux mille quatorze ou dans mille ans!
-Mon Dieu! Dans la mesure où il est originaire de Milan, qu’il était papabile, il a cru qu’il était ce dernier Pape dont parle la prophétie de saint Malachie… S’il en veut autant au Pape actuel, c’est qu’il estime qu’il lui a volé sa place. Ce type est un grand malade et il croit à ce qu’il fait!
-Oui, mais il a commis une erreur… Il a commandé toutes ces croix en une seule fois le vingt Décembre deux mille quatre. Un tel manque de prudence de lui ressemble pas.
-Ce n’en est pas un. A ton avis, combien de chances y avait-il pour qu’un petit prêtre mette le nez dans ses affaires et nous communique en plus ces informations?
-Aucune. En fait, le risque lui a paru tellement négligeable qu’il l’a tout simplement ignoré. Reste un problème: comment le mettre hors d’état de nuire?
-Ca, pour l’instant, je n’en sais rien.» Jamais ils n’avaient été si près du but et mettre un nom sur leur ennemi lui conférait un aspect humain qui dissipait l’aura mystérieuse qui l’entourait jusque là, le rendant finalement accessible. Nathan, cependant, ne pouvait se réjouir totalement. Il savait combien de patience et d’efforts il fallait pour démanteler un réseau international et cela ne l’incitait pas à se laisser aller à l’optimisme qui animait Marie-Anne. Préférant l’épargner, il décida de garder le silence.

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Publié dans L'ange pourpre

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