L'audience de conciliation

Publié le par Sandrine

Je repris le travail sur les chapeaux de roue. La conciliation devait avoir lieu le lendemain. Je tenais absolument à être présent pour savoir ce qui s’y dirait éventuellement contre moi. Je ne dormis pas de la nuit. Il faut dire que Valérie m’avait réservé une surprise. Elle avait mis ma semaine d’absence à profit. Le bureau avait été rangé, une convention collective y était disponible, l’issue de secours avait été dégagée, et plus surprenant encore des toilettes avaient été aménagées pour le personnel. J’eus même le plaisir de voir apparaître des casiers. Certes, leur emplacement, juste à côté des toilettes destinées au public, qui les rendait accessibles à n’importe qui, n’était pas idéal. Mais ils étaient là et Valérie nous en avait donné les clés. Un tel déploiement de moyens la veille de l’audience n’avait rien de rassurant. C’est donc le cœur battant à tout rompre que je suivis mon avocate. Dans la salle d’attente du tribunal, je vis Françoise et Valérie. Alain n’était pas venu. C’est avec une certaine incompréhension que je vis Françoise entrer dans la salle d’audience et Valérie quitter le bâtiment. Mon avocate avait eu raison. Ce fut bref. Un rapide exposé de la situation, un refus de concilier de la part des deux parties et une date tomba. Le juge avait décidé que l’audience au fond aurait lieu cinq mois plus tard. Cela me parut une éternité. La seule information utile que je recueillis fut que Françoise agissait grâce à un pouvoir que lui avait donné Alain. Valérie n’était donc pas gérante. Lorsque nous nous retrouvâmes dans la rue, j’étais littéralement sonné.
« - Et maintenant qu’est-ce qui se passe ? Demandais-je à mon avocate.
- Rien. Vous retournez travailler en attendant le jugement. Je vous savais bien dit que la conciliation c’était un coup pour rien.
- Mais c’est impossible, je ne tiendrai jamais jusque là ! M’exclamais-je, désespéré.
- Alors il faut trouver un autre emploi et démissionner.
- Mais enfin, si cela avait été aussi simple, je l’aurais fait depuis longtemps. Protestais-je. Elle parut réfléchir.
- Il y aurait bien la prise d’acte de rupture… Mais c’est délicat, il faut que je me renseigne.
- Maître ! J’étais tellement préoccupé que je n’avais pas vu l’avocate de la partie adverse s’approcher de nous. Maître, mon client me charge de vous proposer une rupture conventionnelle.
- Combien ?
- 7500 euros. Et vous pourrez partir, Monsieur Pottier, le temps de faire valider l’accord, c’est assez rapide, vous savez ? Elle s’adressait directement à moi. Mon avocate m’interrogea du regard.
- La proposition est trop éloignée de la réalité du préjudice. Répondit-elle à ma place.
- C’est à prendre ou à laisser. Mon client fait un gros effort mais il n’ira pas plus loin. Je serrais les poings.
- Non, maître. Votre client a été trop loin pour que je puisse me contenter de cette proposition. S’il s’était montré raisonnable plus tôt, ce n’aurait pas été la même chose. Mais, là, il faut qu’il y ait une réparation morale. Il faut qu’il comprenne qu’il y a des règles et qu’il doit les respecter, seule une condamnation pourra le faire. Je suis désolé.
- C’est regrettable monsieur Pottier. C’est regrettable. Répéta-t-elle à mi-voix avant de s’éloigner.
- J’espère que vous savez ce que vous faites. Vous venez de fermer une porte de sortie.
- Je veux que ça s’arrête, c’est vrai, mais pas dans n’importe quelles conditions.
- Vous me semblez très fatigué, monsieur Pottier. Si vraiment vous avez besoin d’une pause, envisagez d’aller consulter un médecin. Cela pourrait nous donner le temps de réfléchir à la prise d’acte de rupture. »

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