L'entretien de licenciement

Publié le par Sandrine

Aussitôt, je vérifiais mon arrêt maladie. Certes, le médecin, dans la précipitation, s’était trompé lorsqu’il avait écrit la date en chiffres. Oui, mais en plus de la surcharge qu’il avait opérée pour la corriger, il avait pris soin de réécrire la date en lettres et de signer celle-ci. Ce document n’avait donc rien de litigieux. Je décidais néanmoins de retourner le voir l’après-midi même. Je lui expliquais la situation. Il était dans une colère noire.
« Quelques jours après que je vous ai reçu, Mademoiselle Dupont et son père sont venus u cabinet. Ils m’ont demandé de dire que je ne vous avais pas reçu avant le lundi matin. Naturellement, j’ai refusé et je les ai mis à la porte. Ils se sont alors mis à crier et à m’insulter, me traitant de menteur devant les patients qui se trouvaient dans la salle d’attente. Je n’ai jamais vécu une chose pareille depuis que j’ai commencé à exercer. » M’expliqua-t-il. Il me demanda de lui donner la photocopie de l’arrêt maladie que j’avais amenée pour lui expliquer ce qui se passait. Il apposa cette mention manuscrite : « Vu ce jour, reconnu écrit de ma main et contresigné par moi sans aucune anomalie. » Il y ajouta la date, sa signature et tamponna de son cachet sur le tout. Je pris contact avec le délégué syndical qui avait assisté Jean-Michel. C’était un homme extrêmement sympathique. Nous nous donnâmes rendez-vous dans un café deux heures avant de nous rendre à la convocation pour préparer l’entretien. Il m’expliqua comment cela allait se passer et tenta de me rassurer. Je m’attendais à ce que Valérie soit accompagnée de Françoise, il n’en fut rien. Après nous avoir fait patienter inutilement pendant dix minutes, debout dans la boutique, elle nous reçut seule. Je suis d’un naturel peu loquace, mais là, ce fut à peine si je la laissais parler. Je déroulais mon argumentation avec l’emphase que donne la certitude d’être dans son bon droit. Lorsque nous sortîmes, le délégué syndical riait à gorge déployée. Il savait bien que ce qui venait de se passer ne me ressemblait pas et me rassura en me disant que cet entretien m’aiderait beaucoup dans le cadre de la procédure aux prud’hommes. Le soir même, je reçus son rapport.
« Bonjour,
ci-joint, le compte rendu restituant ce que j’ai pu noter de l’entretien.
Des rappels réglementaires après cet entretien :
- La loi fait obligation à l’employeur d’indiquer les motifs des griefs qu’il invoque et de recueillir les explications du salarié. Article L.122.41CT.
- Un dialogue doit s’instaurer pour éclaircir la situation, afin que chacune des parties puisse connaître tous les éléments « droit de défense » et « expressions du salarié ».
- Votre arrêt de travail part du samedi et votre employeur doit prendre en compte votre maladie à compter du samedi, il doit vous régler ces « absences injustifiées » qui n’en sont pas.
- Concernant la note de service numéro trois qui concerne la fidélisation et non les flux financiers. ( Peut-être un vice de procédure ?)
Je vous conseille d’en parler avec votre avocate, ce sont sûrement des pistes à exploiter, si vous voulez intenter une action en justice.
Cordialement. »
« Compte rendu de l’entretien à la station
Présents :
Mademoiselle Dupont ( gérante)
Monsieur Pottier ( salarié)
Monsieur Duchesnes ( conseiller salarié)

Objet : convocation de Monsieur Pottier.
Début de l’entretien 15 h 10

Monsieur Pottier informe Mademoiselle Dupont qu’il y a une erreur dans le courrier qu’il a reçu, concernant la note de service numéro trois ( qui ne concerne pas les mesures de sécurité, mais la fidélisation client avec les cartes fidélités), mais que c’est la note de service numéro quatre qui fait référence aux flux financiers.
Mademoiselle Dupont : Oui, effectivement, il y a une erreur…
Monsieur Pottier : Dans votre courrier, vous m’accusez d’avoir perdu les 1200 euros.
Mademoiselle Dupont : Je ne vous accuse pas d’avoir perdu 1200 euros, je vous demande simplement si vous êtes sûr d’avoir mis l’argent dans le coffre, quand on est là depuis six ans, on fait les choses par habitude, on pense faire les choses et on ne les fait pas… Même à moi ça m’arrive de laisser l’argent sur la caisse en pensant l’avoir mis au coffre… Ca peut arriver…Je n’accuse personne, j’ai porté plainte contre X…
Monsieur Pottier : Il aurait été plus simple d’attendre que je sois là, et que je constate avec vous s’il manquait vraiment 1200 euros.
Mademoiselle Dupont : Mais je ne savais pas qu’il manquait de l’argent, Mademoiselle Lopez était là avec moi et elle a constaté comme moi : « Il manquait 1200 euros… » Si vous aviez suivi la note de service, on n’aurait perdu que 300 euros… De moi-même, j’aurais fait une remise de 300 euros…
Monsieur Pottier : Ce n’est pas souvent que l’on fait des versements de 300 euros… Personne ne le fait… Mais si je représente une menace, pourquoi j’étais là le lendemain ? J’ai travaillé ! Il aurait été plus simple de me faire une mise à pied, si la faute était si grave…
Mademoiselle Dupont : Là, c’est sur votre versement qu’il y a une erreur… Et il n’y a pas de trou dans le coffre…
Monsieur Pottier : Ensuite, vous m’accusez d’avoir falsifié un document ( avis d’arrêt de travail)…
Mademoiselle Dupont : Je suis allée voir votre médecin, pour lui demander pourquoi le document falsifié et il m’a dit que le samedi, le cabinet était fermé…
Monsieur Pottier : Oui, justement, vous n’aviez pas à aller voir mon médecin, c’est du ressort du secret médical, et il y a des lois pour ça, je vous ai dit que c’est le médecin qui a corrigé l’arrêt de travail, d’ailleurs, j’ai un document qui le prouve si vous le voulez ?
Mademoiselle Dupont : Non, non… J’ai ce qu’il me faut moi aussi…
Monsieur Pottier : Vous dites que c’est moi qui ai falsifié le document, et maintenant vous dites que c’est le médecin ?
Mademoiselle Dupont : L’arrêt a été raturé, le médecin ne travaillait pas, j’ai dit la date a été falsifiée… Je ne vous ai pas accusé…
Monsieur Pottier : Le cabinet était fermé mais le médecin consultait ce jour-là… Ce qui m’importe, c’est les 1200 euros… A vingt et une heure, j’ai tout mis dans le coffre, comme d’habitude, sachant que je suis seul en caisse et que les remises sont souvent de plus de 300 euros…
Mademoiselle Dupont : Les 1200 euros ont disparu, votre version n’a pas changé, la remise vous l’avez mise dans le coffre… On a cherché ensemble, et la remise a disparu…
Monsieur Duchesnes : C’est la première fois qu’un versement disparaît ?
Mademoiselle Dupont : Ici oui, après une fois c’était arrivé qu’une personne ait mis le versement… A la poubelle…

Fin de l’entretien 15 heures 25. »

Lire la suite : Je suis officiellement licencié...

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