La coupe est pleine

Publié le par Sandrine

Le lendemain, j’aurais dû travailler dix heures. Nous étions samedi. Cette journée de travail me paraissait au-dessus de mes forces. J’étais perdu. Mon médecin habituel ne travaillait pas. Je cherchais dans la petite ville où était située la station si il y avait un cabinet médical ouvert. Il ne me restait que trente minutes avant de devoir prendre mon poste. Au moment où j’allais renoncer, je reconnus un médecin qui était un habitué de la station. Désespéré, je l’abordais et lui expliquais la situation. Pour le coup, j’eus une chance insolente. Il était en fait en train de fermer son cabinet quand je l’avais abordé et non de l’ouvrir comme je l’avais cru de prime abord. Il vit que je ne trichais pas et me reçut aussitôt. Après dix minutes de consultation, il me prescrivit un mois d’arrêt et de nouveaux anxiolytiques. Je sortis soulagé de son cabinet. Néanmoins, je réfléchis longuement à la situation et décidais finalement d’aller travailler. Je ne voulais pas que mon absence soit interprétée comme un aveu de culpabilité. Jusqu’au moment de quitter mon poste, je ne regrettais pas mon choix. Tout s’était bien passé. Oui, mais comme toujours, ce fut au moment où je me croyais libéré que Valérie frappa. Elle avait l’air visiblement préoccupée, elle était au téléphone.
« -Eric, avez-vous réfléchi ?
- Je vous l’ai déjà dit, je mis tout l’argent au coffre comme je le fais habituellement. L’air navré, elle répéta mes propos à son interlocuteur.
- Il est encore temps, Eric, mon avocate me dit que vous pouvez encore revenir à la raison sans qu’il n’y ait de conséquences dramatiques. Si vous me dites où est passé cet argent, nous pouvons renouveler notre proposition de rupture conventionnelle, ce serait un bon arrangement pour nous tous. Je peux comprendre, vous savez. Un coup de folie, ça peut arriver à tout le monde…
- C’est donc là que vous vouliez en venir ? Ricanais-je. C’est donc tout ce que vous avez trouvé ?
- Réfléchissez encore avant de vous mettre en colère. Je vais être obligée de déposer plainte… D’autant plus qu’il manque encore deux prélèvements de quatre cent euros chacun sur votre caisse d’hier. Elle ne put se retenir de sourire perfidement.
- Vous aurez mon arrêt maladie lundi. Prévoyez quelqu’un pour me remplacer dès cet après-midi.
- Vous voyez bien que vous êtes épuisé psychologiquement. Même si votre geste n’est pas volontaire…
- Arrêtez de me prendre pour un idiot, Valérie ! Je n’ai rien fait du tout et j’espère pour vous que vous n’aurez pas la bêtise de persister dans cette voie.
- Je sais ce que j’ai à faire. Et cessez de me menacer ! » Cria-t-elle finalement, de façon à ce que tous les clients l’entendent. Je me mis à rire et quittait les lieux sans chercher à polémiquer davantage.

Lire la suite : La convocation à l'entretien préalable de licenciement

Commenter cet article