La nouvelle gérante

Publié le par Sandrine

Le matin suivant, j’eus la surprise d’être accueilli par Valérie et Françoise. Je pris ma caisse comme à l’accoutumée. Françoise me faisait face mais restait à bonne distance, les bras croisés et le regard cynique. Valérie, les flamboyants de cette lueur inquiétante qui annonçait toujours un mauvais coup de sa part vint à ma droite.
« - Eric, je pense que vous l’aurez compris, je suis la nouvelle gérante. Elle souriait de toutes ses dents, Françoise opina du chef. Je tâchais de rester impassible mais ce fut un réel étonnement. Je ne m’expliquais pas comment la franchise avait pu jeter son dévolu sur une si jeune fille, sans aucune expérience professionnelle et qui ne disposait d’aucun diplôme. Ils savaient pourtant qu’elle arrivait en plein conflit et qu’il faudrait quelqu’un d’expérimenté pour le gérer. Au surplus, pourquoi choisir précisément la fille d’Alain ? Pour nous c’était blanc bonnet et bonnet blanc… Pourquoi ne pas avoir mis en place quelqu’un de neutre ? Alors oui, c’était tellement illogique, contreproductif, inhabituel que j’étais surpris. Mais il fallait à tout prix que je n’en laisse rien paraître. Elle continuait à me parler mais il est vrai que pendant quelques minutes, j’étais trop pris par mes interrogations que je ne lui accordais pas mon attention.
- Pour moi le passé, c’est le passé. Les choses vont changer et s’améliorer. Je veux que nous travaillions tous ensemble. Eric, vous êtes le plus expérimenté des trois et malgré ce qui s’est passé, je tiens à vous garder. Elle débitait son petit discours en me fixant intensément, à la recherche d’une émotion de ma part, d’une faille à exploiter.
- Donc vous avez créé votre société ? Félicitations. Lui répondis-je, pensant clôturer l’entretien.
- Non, la société ne change pas. J’en suis la nouvelle gérante et ça va changer, je vous l’assure. Eric, voulez-vous rester ?
- Je n’ai jamais dit que je comptais partir.
- Bien. Elle se tut, parut réfléchir quelques instants. Au fait, j’ai vu rôder les hommes de l’autre fois. Faites attention à vous.
- Je n’aime pas les menaces. Il me semble l’avoir déjà dit à Alain. Répliquais-je, cassant. Aussitôt, Françoise fit un pas dans notre direction. Valérie lui jeta un bref regard et Françoise se figea.
- Ce ne sont pas des menaces, qu’allez-vous penser ? Je vous avertis simplement d’un danger… Elle me toisa d’un air méprisant.
- Je suis un grand garçon, je sais ce que j’ai à faire.
- Il vaut mieux pour vous. » Sans même une formule de politesse, toutes deux partirent en se parlant entre elles à mi-voix et en riant ostensiblement. J’étais soulagé de les voir partir. Je n’étais pas certain de garder mon calme encore longtemps. Elles revinrent pourtant une heure plus tard, reprirent leurs positions initiales.
« - Eric, j’ai constaté que vous ne vous serviez pas du rendu monnaie. Je veux que vous le fassiez systématiquement.
- J’ai fait des erreurs de caisse ?
- Non, mais on ne sait jamais. Tenez, vous allez voir, c’est très simple, c’est juste une habitude à prendre. Me dit-elle en me contournant pour accéder à la caisse. Elle manipula deux touches que je connaissais parfaitement.
- Vous voyez, c’est facile ! Me dit-elle en adoucissant sa voix comme elle l’aurait fait pour s’adresser à un enfant.
- J’ai six ans d’expérience ici, je connais parfaitement toutes les fonctionnalités de la caisse. Sifflais-je, furieux. Françoise s’avança de quelques pas.
- Je sais, je sais. Signez ça, s’il vous plaît. M’ordonna-t-elle en me présentant une feuille sur laquelle elle avait griffonné ces mots à la hâte : « Je reconnais avoir suivi une formation au rendu-monnaie ce jour. »
- Je ne signe rien si je ne n’en ai pas un double, désolé.
- Parfait. » Elles repartirent. Et revirent alors que j’allais finir mon quart.
« - Et maintenant, signez, s’il vous plaît. Me dit-elle en me tendant deux exemplaires du précédent document.
- Bien. » Je m’exécutais et pris un exemplaire. J’étais pressé de partir, Sandra m’attendait devant la boutique.
« - Au fait, Eric, je vous rappelle que si elle ne consomme pas, votre compagne n’a rien à faire ici.
-Nous n’avons qu’un véhicule pour deux, elle vient me chercher et je vous ferais remarquer qu’elle est à l’extérieur de la boutique. Vous n’avez rien à me dire à ce sujet. » J’étais épuisé et je me murais dans un profond silence lorsque je m’assis dans la voiture. Sandra me sourit et démarra. Je dois dire que la paix, la sérénité et le soutien que je trouvais à la maison me faisaient le plus grand bien et me permettaient d’affronter le travail. Avec Sandra tout était simple. Nous nous parlions de tout, ne nous disputions jamais et nous épaulions à la première difficulté. C’était elle qui se renseignait sur l’aspect juridique du litige, qui gérait les relations avec l’avocate et qui rédigeait les courriers qui s’avéraient nécessaires. Loin de créer des tensions dans notre couple, le combat que nous menions nous rapprochait encore.
Chaque jour, Valérie s’arrangeait pour multiplier les provocations. Oh, rien de grave. Mais c’était aussi désagréable qu’une guêpe qui revient sans cesse pour vous piquer.

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