La petite église de Pierrefeu ...

Publié le par Sandrine

La petite église de Pierrefeu portait fièrement son clocher centenaire et sa sobriété autant que sa taille modeste inspiraient le respect. Nathan arrêta la voiture dans l’ombre de l’un des majestueux platanes qui formaient une superbe allée jusqu’à la porte de bois patinée tant par les ans que par la multitude de mains qui avaient dû la pousser.
A leur tour, Nathan et Marie-Anne foulèrent le sol de marbre gris sur lequel tant de fidèles avaient laissé leurs invisibles empreintes. Debout dans la nef, un homme d’un certain âge, dont le physique évoquait bien plus le rugby que la prêtrise, vérifiait avec soin que tout était prêt pour la messe suivante.
«- Oncle Sébastien? Demanda Nathan dont la voix se répercuta comme un coup de tonnerre dans l’édifice. Le prêtre marqua un temps d’arrêt et examina celui qui venait de l’interpeller des pieds à la tête.
-Nathan?
-Oui.
-Je ne pensais pas te revoir un jour…
-J’aurais dû venir plus tôt pour chercher à comprendre ce qui nous a séparés mais c’est la nécessité qui m’amène à toi aujourd’hui.
-Je crois que je vois de quoi tu veux parler. Suivez-moi.» Tous deux s’observèrent silencieusement quelques secondes, conscients de ne pouvoir raisonnablement se fier à personne. Avec un haussement d’épaules fataliste, Marie-Anne suivit l’oncle de Nathan en qui elle avait finalement peut-être plus confiance que son neveu lui-même. Sans un mot, Sébastien leur prépara un petit apéritif qu’il leur servit sur la terrasse ombragée par de luxuriants oliviers.
«- Par quel curieux hasard te trouves-tu mêlé à tout ça?
-Je suis gendarme et Marie-Anne est ma compagne. Le prêtre soupira lourdement et but une gorgée de vin de nèfles qu’il avait lui-même confectionné.
-Cette histoire est une abomination. Je ne sais pas où ils veulent en venir mais ils détruisent tout sur leur passage. J’aimerais sincèrement vous aider, mes pauvres enfants, mais je ne vois vraiment pas en quoi je peux vous être utile.
-Je crois qu’au contraire, vous seul avez le pouvoir de nous permettre de démêler tout ça. Lui affirma Marie-Anne dans un sourire qu’elle voulait rassurant.
-Vous me prêtez bien plus de poids que je n’en ai. Se défendit-il.
-Vous pêchez par excès de modestie, mon père. Croyez-moi ou non, vous êtes l’homme de la situation.
-Expliquez-moi un peu d’où vous vient cette certitude…
-J’ai en effet une explication mais je doute qu’elle vous plaise…
-Peu importe. Tentez votre chance.
-Ma théorie est la suivante: ce mouvement intégriste a été créé dans le but de salir l’Eglise pour parvenir à la destitution du Pape.
-Ca, pour une théorie! S’exclama Sébastien en avalant de travers. Dois-je vous rappeler que rien n’implique l’Eglise dans ces massacres pour l’instant?
-Je crains que les médias ne détiennent pas encore les informations qui vous auraient permis d’arriver vous-même à cette conclusion. D’un geste large de la main, Sébastien l’incita à poursuivre. Tous les membres de ce mouvement portent sur eux une petite croix métallique identique à celle que vous portez au revers de votre veste et après vérification, il apparaît que la majorité d’entre aux est catholique.
-Mais quel serait l’intérêt d’une telle chose?
-Satisfaire l’ambition démesurée d’un cardinal aux dents longues à qui on aurait claqué la porte au nez, par exemple.
-Mais c’est le raisonnement le plus pervers que j’ai jamais entendu ! Le Pape est un fervent défenseur de l’œcuménisme et ses prises de position contre toutes les formes d’extrémisme sont connues de tout un chacun. Personne ne croira jamais une chose pareille!
-Sauf si on leur en fournit publiquement les preuves irréfutables. Dans le contexte actuel de laïcité revendicative, je crains que la position du Pape ne soit bien plus précaire que vous ne le pensez.
-Le Pape est élu à vie, même si on le mettait en cause, rien ne pourrait faire cesser son pontificat.
-Sauf s’il est reconnu mentalement incapable d’assumer sa charge. Lui répondit tristement Nathan.
-Ce serait une première dans l’histoire de l’Eglise!
-Et ça ne saurait tarder à se produire. Sébastien, il faut absolument que vous nous aidiez à les mettre en échec.
-Et que croyez-vous que vaut la parole d’un simple curé de campagne contre celle d’un éminent cardinal? Il y a dans l’Eglise un système hiérarchique avec lequel on ne plaisante pas. En outre, mes supérieurs sont bien plus cartésiens que vous ne semblez le penser et personne n’acceptera de m’écouter à moins que je ne leur apporte des preuves tangibles de vous assertions.

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Publié dans L'ange pourpre

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