Le ciel d’encre régnait sur la ville scintillante des foyers

Publié le par Sandrine

Le ciel d’encre régnait sur la ville scintillante des foyers exceptionnellement encore éveillés à cette heure tardive, parée de guirlandes étincelantes, les étoiles ajoutant leur splendeur naturelle à ce spectacle traditionnel de nuit de Noël. Enlacés tendrement devant la porte-fenêtre, Marie-Anne et Nathan savouraient la douceur ineffable de cet instant magique. Un grand soupir d’aise gonfla la poitrine de la jeune femme et Nathan resserra son étreinte autour de sa taille.
«- Jacques, Carine et les petits ne devraient plus tarder. Dit-elle à mi-voix.
-Ils sont d’une ponctualité exemplaire! Répartit Nathan avec une pointe de regret qui la fit sourire.
-De toute façon, il est de coutume de n’ouvrir les cadeaux qu’après minuit.» Reprit elle en s’échappant de ses bras et en lui adressant une œillade provocante. Nathan jeta ostensiblement un coup d’œil à la pendule: il était déjà onze heures. Ce regard fit éclater de rire la jeune femme qui sortit de la pièce pour achever les derniers préparatifs en cuisine. Une cigarette aux lèvres, Nathan observait la rue au bas de l’immeuble, s’amusant des passants frigorifiés par le mistral capricieux, tous chargés d’encombrants parquets bariolés. Brusquement, un homme attira son attention. D’un pas traînant, il errait sur le trottoir, immaculé dans son pantalon et sa chemise blanche à manches courtes. Un long frisson ébranla Nathan à l’idée de cette tenue incongrue par ces températures négatives. Il pensa un instant que cet homme devait être ivre pour divaguer ainsi mais sa démarche assurée semblait démentir cette hypothèse. Intrigué, Nathan se dit soudain qu’il pouvait s’agir d’un déséquilibré se promenant loin de l’hôpital qui aurait dû l’abriter et il eut un mouvement pour attraper son téléphone et avertir ses collègues. Avec un haussement d’épaules, il suspendit son geste, renonçant subitement à cet appel. Après tout, il n’avait pas l’air bien dangereux et l’hôpital avait déjà dû s’apercevoir de sa disparition et faire le nécessaire. En outre, il avait promis à Marie-Anne se ne penser à son travail sous aucun prétexte durant cette semaine de repos et n’avait aucune envie de s’attirer les foudres de son adorable compagne au caractère bien trempé.
«- Que t’arrive-t-il? Lui demanda doucement Marie-Anne en entrant dans le salon, chargée de plats débordants de victuailles.
-Rien, pourquoi? Lui répondit-il en s’arrachant avec une peine inexplicable à ce spectacle somme toute banal.
-Tu as l’air soucieux… Comme pris en faute, Nathan s’apprêtait à la rassurer mais la sonnette retentit, lui évitant fort à propos cette justification.
-Ce doit être Jacques.
-J’y vais.» Nathan contempla la silhouette longiligne de Marie-Anne et s’attarda quelques instants sur sa nuque dénudée par le chignon blond qui relevait sa chevelure. La voix de Carine le ramena à la réalité et une petite main se nicha dans la sienne avant qu’il n’ait esquissé un geste pour accueillir ses invités.
«- Toi aussi, tu penses à ce que tu vas avoir? Lui demanda une petite voix cristalline.
-Non, Emilie, je le sais déjà. Et toi, tu en as une petite idée? Emilie, du haut de ses cinq ans, lui adressa un sourire énigmatique avant de tirer sur son bras pour pouvoir lui parler à l’oreille.
-Tu sais, ils sont gentils papa et maman, mais ça fait longtemps que je sais que le père Noël n’existe pas. Enfin, si ça leur fait plaisir… ajouta-t-elle avec un soupir résigné. Et comme ils ont lu la lettre que je lui ai faite, je crois que je vais avoir ce que j’ai demandé!
-Et tu crois que tu l’as mérité? Lui demanda-t-il avec une fausse sévérité à laquelle l’enfant n’attacha aucune importance.
-Oui. Lui répondit-elle avec une belle assurance.
-Emilie!» L’appela Carine. A les voir l’une contre l’autre, Nathan prit soudain conscience de la ressemblance pourtant flagrante entre la mère et la fille. N’étaient la haute taille et la finesse d’Emilie qui lui venaient de Jacques, les cheveux châtains, le nez droit et les tâches de rousseur qui constellaient leurs visages les rapprochaient indéniablement. Profitant d’un moment d’inattention des adultes à leur égard, Sylvain et Marc s’étaient déjà agenouillés au pied du sapin, laissant leurs petites mains glisser avec envie sur les paquets soigneusement emballés. Un sourire complice aux lèvres, Marie-Anne couvait la scène d’un œil attendri et passa sans en avoir conscience une main légère sur son ventre.
«- Il est au courant? Lui demanda Carine qui avait pleinement interprété son geste.
-Au courant de quoi? Répliqua-t-elle, vaguement surprise.
-Tu viens de passer ta main sur ton ventre en regardant les petits… Insista-t-elle, souriante.
-Je ne lui ai rien dit.
-Pourquoi?
-J’ai peur. Avoua-t-elle dans un souffle tout en détournant le regard.
-De quoi?
-C’est trop neuf, pour ça comme pour nous… se justifia-t-elle, elle-même peu convaincue par sa propre explication et ne pouvant s’expliquer cette réticence insensée.
-Tu as tort, je t’assure… Depuis quand le sais-tu?
-Quinze jours.
-Je n’ai qu’un conseil à te donner: ne lui cache jamais rien. Il te pardonnera tout sauf le mensonge et la dissimulation.
-Ce soir? Lui demanda-t-elle, évasive.
-Toi seule le sais.
-Merci.»

Lire la suite: Le repas se déroula dans une joyeuse agitation...

Publié dans L'ange pourpre

Commenter cet article