Le jour n’était pas loin de se lever ...

Publié le par Sandrine

Le jour n’était pas loin de se lever et le ciel blanchissait peu à peu. Valérie, blonde aux cheveux longs et ayant à peu près la même taille et la même corpulence que Marie-Anne, avait revêtu sa robe et le résultat n’était pas mauvais. Cigarette aux lèvres et portable collé à l’oreille, Valérie marchait nerveusement, paraissant préoccupée et se dirigeant avec une feinte inconscience droit sur la camionnette.Quatre hommes s’étaient dissimulés discrètement derrière le véhicule, à la faveur de l’obscurité qui régnait encore. Le lieutenant et Nathan, eux, s’étaient positionnés derrière un petit bosquet de lauriers roses situé à quelques mètres devant le véhicule. Avec un bel aplomb, la fausse Marie-Anne s’arrêta à un jet de pierre du pare choc de la camionnette, mimant une dispute avec son interlocuteur imaginaire. La portière du passager claqua et un homme brun descendit du véhicule avec un naturel désarmant. Avec un sang froid admirable, Valérie fit mine de ne pas s’en apercevoir et continua à invectiver furieusement son interlocuteur fictif. Passant derrière elle sans rien laisser filtrer de ses intentions jusqu’à la dernière seconde, l’homme posa avec une rapidité déconcertante une main sur sa bouche et la ceintura fermement de son bras libre. Aussitôt, Valérie se débattit avec une force insoupçonnable, décochant un coup de coude assassin au creux de l’estomac de son assaillant qui émit un hoquet de douleur mais tint bon. Il essayait de l’entraîner vers la camionnette que son complice avait mise en marche mais Valérie résistait avec une telle fougue que les efforts de l’homme menaçaient de se solder par un cuisant échec. Assistant à ce combat que son acolyte allait perdre de toute évidence depuis plusieurs minutes déjà, le chauffeur sortit pour lui prêter main forte. Dès qu’il se fut suffisamment éloigné du véhicule, tous les gendarmes bondirent hors de leurs cachettes et se jetèrent dans la bataille. «Vivants! Il nous les faut vivants!» Hurla Alain en plongeant dans la mêlée. Victorieuse, Valérie maintenait au sol l’homme qui lui avait donné tant de mal. Vexés, ses collègues masculins s’enhardirent et vinrent enfin à bout du chauffeur. «Saint, saint, saint…» Commencèrent à entonner les deux prisonniers. «Ca ne va pas être une partie de plaisir!» Commenta Alain en essuyant le sang qui coulait de sa lèvre ouverte par un coup de pied ravageur. Marie-Anne était assise devant une tasse de café quand les quatre hommes pénétrèrent dans le bureau. Quand il vit son visage de marbre, Nathan se dit que la manière dont elle avait été traitée l’avait bien plus atteinte qu’il ne l’aurait cru et espéra qu’elle déverserait une partie de sa colère sur les deux prisonniers. Sans ménagements, Alain et lui les assirent face au bureau derrière lequel le lieutenant prit place. Sans lui laisser le temps d’ouvrir la bouche, Marie-Anne leur demanda, glaciale :
«- Pourquoi nous suiviez-vous? Le brun se mit à rire.
-Tu le sais, sans quoi tu ne nous aurais pas tendu un piège pour nous empêcher de faire ce qui doit l’être. Ne te crois pas sauvée pour autant, d’autres viendront après nous pour accomplir la volonté divine. Lui susurra-t-il avec un rictus mauvais qui déforma son visage en une atroce grimace.
-Pourquoi avoir développé une telle haine envers les témoins de Jéhovah? Poursuivit-elle en se plaçant devant lui et en s’asseyant sur le rebord du bureau.
-Il sont une abomination aux yeux de Dieu. Le livre saint n’a nullement besoin d’être interprété. La parole divine est ce qu’elle est, nul n’a le droit de la pervertir. «Je déclare, moi, à quiconque écoute les paroles prophétiques de ce livre:
» Qui oserait y faire des surcharges, Dieu le chargera de tous les fléaux décrits dans ce livre! Et qui oserait retrancher aux paroles de ce livre prophétique, Dieu retranchera son lot de l’arbre de vie et de la cité sainte, décrits dans ce livre! »» Déclara-t-il sentencieusement.
-Depuis quand me suivez-vous? Lui demanda-t-elle avec un sourire inexpressif .
-Depuis le jour où tu as souillé notre frère Olivier en t’introduisant dans son foyer. Lui répondit-il, agressif.
-Si c’est moi qui l’ai souillé de façon si abominable, pourquoi l’avoir exécuté? Elle changeait délibérément de sujet quasiment à chaque nouvelle question et le rythme qu’elle imposait à son interlocuteur s’accélérait sans cesse. Le lieutenant, vaguement souriant, admirait sa technique et sa détermination.
-Quiconque a été en contact avec la grande prostituée doit mourir pour ne pas contaminer les innocents qui le côtoient par les miasmes de sa souillure.
-Etes-vous catholique?
-Ces mos sont désormais vides de sens, nous sommes les serviteurs du Dieu bon au nom nouveau.
-Combien êtes-vous?
-Tous ceux que Dieu a créés pour son grand jour sont aujourd’hui réunis. Tout cela n’est pas un secret, c’est écrit en toutes lettres dans la Bible.
-Qui cherchez-vous à convertir?
-Personne! Nous séparons le bon grain de l’ivraie mais le rôle de chacun est défini depuis les origines.
-Avez-vous des enfants? Le questionna-t-elle subitement.
-De quoi te mêles-tu? Ne mélange pas la pureté à tes fornications! S’écria-t-il, fou de rage à cette simple évocation.
-Où as-tu été pêcher que j’ai une relation quelconque avec les chefs d’état comme la grande prostituée biblique est sensée le faire dans l’Apocalypse?
-Je crois ce que je vois.
-Qu’as-tu vu?
-Quand celui que vous appelez votre président a subi le châtiment ultime, il tenait taphotographie dans sa main. Le lieutenant, qui se balançait négligemment sur sa chaise, faillit tomber à la renverse à cette nouvelle et se rétablit de justesse. Marie-Anne se sembla pas ébranlée une seconde par cette révélation et, sans lui laisser de répit, continua de le harceler, impénétrable. Admiratif du sang froid qu’elle déployait, Alain l’observait avec attention.
-N’importe qui peut se procurer ma photo… Le raisonna-t-elle comme on explique une chose simple à un enfant.
-Et la regarder amoureusement en rendant son dernier souffle? Non. Quelqu’un qui ne se serait pas vautré dans la fange avec toi n’aurait jamais fait ça. Provocante, la jeune femme s’approcha et lui caressa la joue.
-Tu as l’air bien renseigné… Lui souffla-t-elle doucement à l’oreille.
-Arrière, démon!
-A présent que toi aussi tu es souillé, qu’as-tu à perdre à parler? Lui demanda-t-elle dans un sourire cynique. Il s’agita furieusement sur sa chaise mais Nathan posa ses grandes mains sur ses épaules pour le maintenir fermement sur son siège.
-Catin! Hurla-t-il. Nathan, outré, enfonça ses doigts dans sa chair mais réussit à se dominer malgré la flamme meurtrière qui dansait dans son regard et que le lieutenant n’avait pas manqué de relever à l’expression sévère qu’il arbora aussitôt à son intention.
-Si Olivier a été supprimé pour avoir simplement respiré le même air que moi durant quelques heures, je n’ose pas imaginer ce que ton frère va te faire lorsque vous vous retrouverez tous les deux dans la même cellule maintenant que je t’ai touché… Comment es-tu entré dans ce mouvement?
-Les voies du Seigneur sont impénétrables… Lui répondit-il, visage fermé.
-«Tu ne tueras point» Ca te dit quelque chose? Lui demanda-t-elle avec une colère rentrée.
-Le grand jour de Dieu est arrivé, sa vengeance ne constitue pas un meurtre. Chacun est payé selon ses œuvres et ce n’est que justice. Il est illusoire de vouloir échapper au châtiment final.
-Jusqu’où comptez-vous aller?
-Ta destruction nous suffira.
-Qui sont les cent quarante quatre mille?
-Des justes.
-Où sont-ils?
-Dans la nouvelle Jérusalem.
-La prophétie de saint Malachie affirme que ce Pape est le dernier. C’est évidemment lui qui guide votre bras?L’homme ouvrit des yeux démesurés par une peur qu’il ne tentait même pas de dissimuler.
-Il est dit dans la Révélation que la grande prostituée serait capable de grands prodiges, tu viens de donner la preuve que c’est bien toi! Tu viens de te découvrir! Rugit-il en s’empourprant violemment.
-Tais-toi! Hurla son acolyte, affolé. Marie-Anne sourit largement. A force de questions et de suppositions, elle avait fini par toucher juste.
-Sortez-le! Ordonna le lieutenant en parlant de celui qui venait de rappeler son complice à l’ordre. Nathan acquiesça silencieusement et l’emmena hors de la pièce d’une poigne de fer à laquelle il tenta brièvement de résister avant de se résigner au triste sort qui l’attendait.
-Tu as chuté! Ta prétention et ton assurance démesurées t’ont perdu… Ils t’avaient pourtant averti! La mort est plus saine que de poser les yeux sur elle! Eructa-t-il avant de franchir la porte.
-Vous pouvez le boucler lui aussi. Dit-elle en s’adressant au lieutenant. Il ne nous apprendra rien de plus.
-Comme vous voudrez…» Lui accorda-t-il, magnanime, même s’il venait de recevoir l’ordre d’une femme et civile, qui plus était.

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Publié dans L'ange pourpre

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