Le lieutenant les attendait dans...

Publié le par Sandrine

Le lieutenant les attendait dans le bureau des deux hommes, visiblement nerveux, une cigarette fichée entre ses lèvres pincées.
«- Je suis désolé, Marie-Anne…
-Pas tant que moi!
-Qu’avez-vous appris, au juste?
-Pour l’instant, pas grand chose… Ils ont radicalement changé leur mode opératoire et étendu leur champ d’action. Marie-Anne avait prononcé ces mots d’un ton si désinvolte qu’elle craignit de s’être trahie et que sa feinte indifférence ne laisse découvrir à quel point l’apparente tranquillité qu’elle affichait était fragile.
-Sans vouloir vous offenser, ça, je le savais déjà. Ne vous vexez pas mais je suis obligé de vous poser la question: est-ce que sans l’ombre d’un doute, vous pouvez affirmer que ce sont bien eux?
-Je vous comprends. C’est eux, j’en mettrais ma main au feu. L’allusion à l’Apocalypse, le goût et le soin de la mise en scène, et la date… Le vingt cinq du mois, soit encore une référence qu sept, de plus, ce sont les derniers jours de cette année sept en numérologie… Ils vont tout faire pour mener leur plan à son terme avant le premier.
-Nous avons six jours… Déduisit-il, pessimiste.
-Non. Nous avons déjà un temps de retard sur eux. Le corrigea-t-elle.
-J’ose espérer que nous aurons plus de chance que la dernière fois. Poursuivit-il sans grande conviction.
-La chance, ça se fabrique. Lui asséna rageusement Nathan.
-Ca, c’est ce que je croyais jusqu’à l’été dernier. Répliqua-t-il sombrement.
-C’est une erreur, la chance n’a rien à voir là-dedans et c’est de la lâcheté de le croire. Tout ce qui arrive aujourd’hui est notre faute. Nous avons cru en avoir fini avec eux et nous avons abandonné l’enquête en nous contentant de remercier le ciel de nous en être tirés à si bon compte. Au lieu de les traquer et de les mettre définitivement hors d’état de nuire, nous les avons laissé mettre au point un plan plus machiavélique encore. Nous sommes pleinement responsables de ce qui arrive et nous devons nous préparer à payer le prix de notre négligence. Dit Jacques avec une colère froide. A ces mots, le lieutenant se raidit comme sous un camouflet et le fusilla du regard. Jacques ne baissa pas les yeux, l’affrontant au mépris de toute hiérarchie, occultant délibérément les conséquences éventuelles de son insolence. Au bout de quelques secondes de tension palpable, le lieutenant détourna enfin le regard.
-Vous avez raison. Aussi déplaisante soit-elle, cette autocritique était perninente. Mais refaire l’histoire ne nous apporte rien. Nous devons agir. Un violent éclat de voix provenant du couloir l’interrompit.
-Puisque je vous dit que c’est extrêmement important et qu’il acceptera de me recevoir dès qu’il saura qui je suis!
-Je suis désolé, mais le lieutenant a d’autres chats à fouetter que de recevoir des visites de courtoisie!
-Ce n’est pas une visite de courtoisie! Le lieutenant se passa la main sur le visage.
-Il ne manquait plus que ça! Je vais voir ce qui se passe encore… Dit-il en se levant à regret de la chaise pourtant inconfortable sur laquelle il était assis.
-Cette voix ne m’est pas inconnue… Dit Marie-Anne en plissant les yeux. Avant qu’elle n’ait pu se remémorer qui pouvait bien être le propriétaire de cette voix de ténor, le lieutenant poussait la porte, accompagné d’un homme âgé bien en chair.
-Edouard! S’exclama-t-elle, à la fois surprise et sincèrement heureuse de le revoir en bonne forme malgré ses mésaventures estivales. Loin de partager cette joie, Jacques s’assit avec un soupir, ne voyant toujours en ce brave homme qu’une source d’ennuis supplémentaires. Après lui avoir adressé un petit sourire ironique, Nathan se dirigea vers le vieil homme pour lui serrer chaleureusement la main.
-Vous aussi, vous avez compris… Dit-il sans plus de cérémonie à la jeune femme.
-Je suis rassurée de constater que je ne suis pas la seule.
-C’était pourtant évident! Je m’étonne que qui que ce soit puisse en douter.
-Je suis un peu surprise de votre présence, Edouard, quel est le but de votre visite?
-Quoi que vous en pensiez, vous avez besoin de moi. Annonça-t-il crânement.
-Si vous nous aidez autant que l’été dernier, je crois que nous pouvons sans peine nous passer de vos services. Répliqua Jacques, acide.
-Le pardon ne fait pas partie de vos valeurs… Peu importe, vous avez besoin de moi et j’ai une revanche à prendre. Rétorqua-t-il en retrouvant la grandiloquence qui le caractérisait sitôt qu’il avait l’occasion de prendre la parole en public.
-Ne venez-vous pas de me parler de pardon? Lui fit ironiquement remarquer Jacques.
-Il ne s’agit pas de vengeance mais de justice. Ces gens ont traîné les Témoins de Jéhovah dans la boue et ont décimé les nôtres. Nous n’étions pas aimés mais nous nous en accommodions. Aujourd’hui, on nous regarde comme des monstres sanguinaires alors que nous somme pacifistes et qu’aucun d’entre nous n’a de sang sur les mains. Croyez-vous que je vais tolérer cela alors qu’ils se préparent à faire pire? Je refuse que notre nom soit associé à ces horreurs! Conclut-il en tapant du poing sur la table.
-Ne vous énervez pas comme ça. Votre cœur… Le prévint le lieutenant.
-Il tiendra. Tant que je n’en aurai pas fini avec eux, il tiendra. Affirma-t-il rageusement.
-Et en quoi pouvez-vous nous aider? Lui demanda perfidement Jacques en le toisant avec hauteur.
-Savez-vous comment nous nous appelions à l’origine? Jacques nia mollement de la tête, peu intéressé par ce qui les touchait de près ou de loin.
-Les étudiants de la Bible. Reprit-il plus calmement. Nous étudions le texte sacré depuis mille huit cent soixante dix depuis que Russell a compris que les autres religions avaient perverti le message biblique et a décidé de rendre la vérité accessible au commun des mortels.Croyez-vous vraiment que vous êtes en mesure de vous passer d'une masse de savoir pareille? Le défia-t-il.
-En effet, nous ne sommes pas en position de nous passer de vous cette fois-ci. Admit-il à contrecœur.
-Je suis désolée, mais je vais devoir mettre un bémol à tout ça, Edouard. Commença Marie-Anne. Souvenez-vous bien de la manière dont les choses se sont déroulées: ce mouvement radical a effectivement pris naissance parmi vous et a essayé de vous détruire de la pire manière qui soit, je vous l’accorde volontiers, mais n’oubliez pas qu’il s’agit d’une force d’opposition qui n’adhère en aucun cas à votre doctrine et a donc une interprétation totalement différente de la votre de ce texte. Edouard, penaud, réfléchit quelques secondes avant de reprendre en faisant virevolter ses mains dans l’air déjà embué de fumée grise s’échappant des cigarettes rougeoyantes de ses interlocuteurs.

Lire la suite: C’est un fait mais nous pouvons vous aider...

Publié dans L'ange pourpre

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yasmine 08/09/2014 20:14

Je ne suis pas une experte en écriture ;-) mais j'aurais aimé avoir votre plume ....Par contre j'adore lire ...Un seul mot Bravo