Le premier licenciement

Publié le par Sandrine

Et de fait, dès le lendemain, je repris mon poste. L’ambiance était détestable ? Valérie pérorait et riait outrageusement avec de nouveaux caissiers que je ne connaissais pas et que je n’essayais pas de connaître. Cette matinée-là fut infernale. Toutes les demies heures, Alain et elle se relayaient et revenaient à la boutique. A chaque fois une remarque ou une menace à peine murmurée fusait, pernicieuse. A la fin de mon quart, alors qu’une nouvelle caissière prenait la relève, Valérie sortit une pièce d’un euro de la caisse et me la tendit en souriant.
« - Voilà pour le paquet de cigarettes que vous venez de vendre, je suppose que le compte est bon.
- Ne vous inquiétez pas pour ça, répliquais-je, je me contenterais d’un chèque global. » Je quittais la station au moment où Jean-Michel arrivait avec un homme que je ne connaissais pas, sans doute son conseiller syndical. Pour ne pas le gêner, je le croisais comme si je ne le connaissais pas. Plus tard dans la soirée, il me téléphona et me raconta comment s’était déroulé son entretien. Visiblement, cela avait été chaotique, et malgré son jeune âge, Valérie ne manquait pas d’aplomb et avait tenu tête au délégué syndical en lui opposant non seulement la plainte qu’elle avait déposée, mais aussi des témoignages qu’elle n’avait pas jugé opportun, cependant, de produire. L’issue de cet entretien ne faisait aucun doute, et trois jours plus tard, Jean-Michel recevait sa lettre de licenciement pour faute grave. Je demeurais le dernier obstacle. Je savais que je ne ferais pas long feu et je croisais les doigts pour m’en sortir à moindres frais.

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