Levez-vous, Clothilde!

Publié le par Sandrine

«- Levez-vous, Clothilde! Lui ordonna-t-il d’une voix blanche. La religieuse agita négativement la tête et leva vers lui son visage baigné de larmes.
-Il a profané le temple et le corps de cette malheureuse… Gémit-elle.
-Qui vous a ordonné de le faire? Lui demanda-il plus doucement, comptant sur l’affection qu’elle lui avait manifestée pour obtenir des aveux.
-Personne, mon garçon. J’ai découvert la mère supérieure mais je n’ai rien fait… Je n’ai touché à rien.
-Est-ce elle qui a crié?
-Non, c’est moi. Elle était déjà morte quand je suis arrivée. Marie-Anne s’approcha de l’autel et eut un haut le cœur en posant les yeux sur la nappe blanche maculée d’auréoles pourpres. Thérèse gisait, visage tourné en une ultime supplication vers la vierge vaguement souriante. Sa robe de deuil perpétuel était déchirée sur toute sa longueur, dévoilant sa nudité laiteuse, torse béant sur ses côtes sanglantes. A côté d’elle, le ciboire rempli de sang encore fluide et la coupelle destinée à recevoir les hosties recelant le cœur sauvagement arraché de la poitrine de la malheureuse victime.
-Eloigne-toi. Lui dit Nathan, plus brusquement qu’il ne l’aurait voulu. Marie-Anne, comme hypnotisée par l’horreur du spectacle qui s’offrait à elle, ne semblait pas entendre la voix de Nathan qui l’exhortait à se mettre en retrait. J’ai dit : éloigne-toi! Hurla-t-il finalement. Avec un long frisson, elle parvint enfin à détacher son regard du cadavre mutilé et recula de quelques mètres, hagarde.
-Laissez-la, elle contemple son œuvre. Murmura sœur Clothilde.
-Vous dites? Lui demanda Nathan, choqué par ce qu’il avait cru entendre.
-Ne me demandez pas de répéter quelque chose que vous refusez de comprendre. Répliqua-t-elle sur le même ton. Elle se redressa péniblement. Baissez votre arme, je ne vous donnerai pas l’occasion de vous en servir et vous n’en avez pas vraiment l’intention. Elle passa calmement devant lui, ignorant le canon pointé sur elle et alla s’asseoir sur le banc le plus proche.
-Votre dos vous fait souffrir, ma sœur? L’interrogea-t-il avec une feinte sollicitude de laquelle Clothilde sourit.
-A mon âge, la douleur devient une fidèle compagne un peu envahissante. N’en tirez pas de conclusion hâtive.

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Publié dans L'ange pourpre

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