Marie-Anne, d’une pâleur mortelle...

Publié le par Sandrine

Marie-Anne, d’une pâleur mortelle, froissa la liste dans sa main sans même s’en apercevoir. Cette scène transpirait l’amateurisme entre toutes, et pourtant, ce fut elle qui atteignit la jeune femme au plus profond d’elle-même. Mâchoires serrées, elle luttait contre le malaise qui la submergeait et les crampes qui nouaient violemment son estomac sans que rien ne parvienne à les endiguer.
«- Respirez profondément. Lui ordonna le médecin en lui mettant un petit flacon sous ses narines palpitantes. Elle obéit sans réfléchir, ayant déjà sombré dans un état second qui la privait de sa volonté. L’odeur puissante la suffoqua mais elle reprit aussitôt ses esprits.
-Calme-toi. Ici, rien ne peut t’arriver… Lui glissa doucement Nathan à l’oreille.
-Comment ont-ils su? Se demanda-t-elle à voix haute.
-Je suis désolé, mais nous n’avons aucun moyen de deviner par quel biais ils se sont procuré cette information. Lui répondit-il franchement.
-Ils sont redoutables, ils en savent plus long sur nous que toi et moi…
-Non. Ils ne se doutent pas à quel point nous sommes décidés à leur mettre la main dessus.
-Je crains que si. Ils sont trop intelligents pour commettre l’erreur de sous estimer leur adversaire. Répliqua-t-elle avec morosité. La télévision se brouilla à nouveau et Marie-Anne se redressa sur sa chaise, prête à essuyer une nouvelle tempête.
-Déjà! S’exclama le médecin. D’habitude, ils laissent au moins une bonne heure de battement.» S’étonna-t-il. Tendue à l’extrême, main crispées sur le rebord du bureau, Marie-Anne riva son regard sur l’écran, s’attendant sans l’ombre d’un doute à une nouvelle catastrophe. L’image qui se forma l’horrifia totalement et elle ressentit une peur animale qui lui fit pousser un cri étouffé, mélange de rage impuissante et de terreur. Son double télévisé lui renvoyait le reflet de son visage pâle et de ses yeux assombris agrandis par sa profonde stupéfaction. La forte carrure de Nathan apparut elle aussi dans le champ de vision de la caméra lorsqu’il de se leva d’un bond pour tirer brutalement sur le fil électrique pour couper l’alimentation du poste de télévision. Le médecin, ébahi, s’ébroua comme au sortir d’un cauchemar et leur fit signe de sortir du bureau. Sans un mot, il les pilota à travers le dédale de couloirs et les mena jusqu’aux cuisines grouillantes d’une foule fébrile de l’hôpital.
«- Attendez-moi ici. Leur dit-il autoritairement en s’éloignant au pas de course. Marie-Anne tremblait de tous ses membres et même la chaleur du corps de Nathan qui la prit dans ses bras ne parvint pas à endiguer son trouble.
-On va s’en sortir. On va se battre! Lui dit-il avec une conviction telle qu’aussi invraisemblable que ce fut, elle le crut sur parole et se reprit instantanément.
-Oui. On va les battre. Mais, de grâce, ne me demande plus de ne pas m’exposer, il est trop tard pour ça. Nous devons utiliser leurs propres armes pour les terrasser.
-Roland? Lui demanda-t-il, prêt à accepter n’importe quelle suggestion pourvu qu’elle leur offre un espoir, si ténu soit-il.
-Non, c’est trop prévisible et il nous faut à tout prix les surprendre.
-Qui alors?
-Je te le dirai dans la voiture. Les murs ont des oreilles ici.» Lui chuchota-t-elle à l’oreille avant de déposer un baiser sur sa tempe. Le médecin apparut à l’autre extrémité de la pièce et maintint grande ouverte la porte qu’il venait d’emprunter. Le couple le rejoignit, soulagé de quitter cet univers inquiétant parce qu’à la fois clos et si perméable. Dès que leurs portières furent fermées, le médecin accéléra, choisissant son chemin au hasard.
«- Emmenez-moi au siège de la télévision régionale. Lui demanda-t-elle subitement.
-C’est de la folie! S’écria-t-il.
-En l’occurrence, c’est notre meilleure conseillère.» Répliqua Nathan. Marie-Anne replongea dans son mutisme, préparant mentalement la déclaration qu’elle allait faire. Elle prenait un pari risqué dont rien ne laissait présager l’issue. Se fier à son instinct lui paraissait être sa seule planche de salut et elle décida de balayer tout le reste. Un sifflement à côté de ses pieds attira son attention et elle baissa les yeux. Un splendide naja se mouvait lentement sur la moquette, pour l’instant relativement calme. Le premier réflexe de la jeune femme fut de hurler mais elle se retint à temps. S’obligeant péniblement à maîtriser sa respiration et à assurer sa voix, elle dit aussi naturellement qu’elle le put: «Garez-vous et manœuvrez le plus doucement possible. Il y a un magnifique cobra juste derrière votre siège.» Le médecin crispa ses mains sur le volant et obéit docilement. Nathan glissa délicatement sa main dans son holster et sortit son arme avec des gestes mesurés. Il enleva la sécurité de son arme et visa la tête de l’animal avec d’infinies précautions. Adressant une courte prière à qui voudrait bien l’entendre, il pressa la détente. La déflagration assourdit les occupants de la voiture et les fit violemment sursauter. Marie-Anne, quelle que fut sa peur, se contraignit à regarder le serpent. Un répugnant amas de sang et de chair déchiquetée trônait sur la moquette grise et rien ne subsistait de la beauté mystérieuse du reptile au corps de jais.
«- Que fait-on? Lui demanda Nathan en désignant discrètement le médecin et les restes de l’animal.
-On ne change rien à ce que nous avions prévu. La logique voudrait que nous nous débarrassions des débris du serpent et de vous, Docteur, aussi ferons-nous exactement le contraire. Dit-elle avec une pointe de provocation.
-Je vous jure que je ne suis pour rien… Protesta aussitôt le malheureux médecin qui avait tâché de leur venir en aide par tous les moyens qu’il possédait et n’appréciait pas de voir ses efforts pourtant louables pour un homme qui goûtait si peu l’aventure ainsi récompensés.
-Tant que je n’aurais pas de preuve vous incriminant, je vous crois. Ne sachant que répondre devant tant d’ingratitude, le légiste se contenta de secouer négativement la tête et redémarra. La jeune femme tendit la liste à Nathan.
-Regarde, les trois quarts des appels proviennent de cabines téléphoniques de la région toulonnaise…
-Ils sont fous mais pas stupides. Répliqua amèrement le médecin.
-Puisque vous semblez m’en vouloir terriblement d’avoir évoqué un quelconque soupçon vous concernant, je vais vous donner une preuve de ma confiance…
-C’est trop d’honneur! Maugréa-t-il. Décidant d’ignorer la mauvaise humeur du médecin, Marie-Anne qui n’entendait en rien remettre en cause la justice de ses jugements poursuivit fermement:
-Vous allez vous aussi téléphoner d’une cabine publique pour demander au lieutenant de récupérer les cassettes des caméras de vidéosurveillance placées à proximité des cabines toulonnaises. Il en ressortira peut-être quelque chose…
-Parce que vous croyez qu’un prêtre aurait eu la bêtise de sortir en soutane, histoire d’être bien visible…
-Qui vous dit qu’il s’agit obligatoirement d’un prêtre?» Répliqua-t-elle alors qu’il garait la voiture au pied de l’immeuble du siège de la télévision locale.

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Publié dans L'ange pourpre

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