Moins de dix minutes après...

Publié le par Sandrine

Moins de dix minutes après le départ de Jacques et Carine, le téléphone de Nathan sonna. Avec un soupir de lassitude, il décrocha.
«- Ecoute, je viens de voir quelque chose d’assez étrange… Commença Jacques.
-Vas-y, je t’écoute. Lui répondit-il en se redressant à demi sur le fauteuil sur lequel il s’était nonchalamment étendu.
-Une voiture blanche est garée juste en face du hall de l’immeuble et il y a dedans deux types qui ont l’air de s’ennuyer ferme pour un soir de fête de famille.
-J’ai compris. Lui dit-il dans un souffle.
-Ce n’est pas tout. Un peu plus haut dans la rue, une camionnette d’une entreprise de nettoyage est stationnée. Le chauffeur n’a pas eu le temps de planquer ses jumelles au moment où je passais devant lui. Je suppose qu’il traquait les traces de saleté sur sa vitre.
-C’est encore mieux! Grommela-t-il.
-J’ai pris la liberté de faire le tour du pâté de maisons et une autre voiture surveille la sortie de derrière. Je crois qu’on tient beaucoup à vos petites personnes.
-Merci, Jacques.
-Tu te souviens de Jo? Lui demanda-t-il soudain.
-Oui. Lui répondit Nathan sans hésiter, sachant pertinemment que c’était le surnom de son beau-frère qui s’appelait en fait Léon et qui avait eu tellement honte de son prénom qu’il s’était lui-même arrogé un surnom qui ne l’avait plus quitté depuis.
-Il vient de m’appeler… Jacques et lui s’étaient perdus de vue depuis des années.
-Comment va-t-il?
-Mieux que quand je l’ai vu la semaine dernière, je crois que sa bronchite est enfin guérie, mais nous avons eu peur pour lui. Jacques avait légèrement insisté sur le verbe voir et Nathan comprit qu’ils allaient se réfugier chez lui.
-Je me suis toujours bien entendu avec lui, j’espère que tu l’as salué de ma part. Bonne nuit, Jacques. »
«- Que se passe-t-il? Lui demanda Marie-Anne qui avait compris au ton forcé de sa voix que quelque chose n’allait pas.
-Prépare-toi à partir. Nous ne pouvons pas rester ici.» La jeune femme se contenta d’acquiescer gravement sans poser de question supplémentaire. Sans même avoir pris le temps de reposer l’appareil, Nathan composa un nouveau numéro.
«- Nathan? Qu’est-ce qui vous arrive? Il me semblait pourtant avoir été clair… Répondit le lieutenant.
-Je sais, mais je tenais à vous rappeler que je suis en vacances et que Marie-Anne n’apprécie pas beaucoup que vous m’ayez demandé de revenir une fois encore cette nuit. Le coupa-t-il sèchement.
-J’ai dit tout de suite! Aboya le lieutenant. Et amenez-la avec vous que je lui explique un peu le fonctionnement de la maison. Quand je donne un ordre, ces dames n’ont pas voie au chapitre et je me charge de le lui faire entrer dans le crâne!»
Les traits tirés par la fatigue, le lieutenant fumait voluptueusement une cigarette devant un gobelet de café quand le couple arriva.
«- C’est quoi, ces salades? Leur demanda-t-il sans ambages, les toisant d’un regard plus soucieux que furieux.
-Nous sommes surveillés. Lui répondit Marie-Anne, visiblement inquiète.
-Depuis quand êtes-vous naïve, vous? Lui demanda-t-il avec surprise. Ne me dîtes pas que ça vous étonne. Je vous rappelle que c’est sur vos judicieux conseils que j’ai attiré l’attention des renseignements généraux sur nos petites personnes!
-Je sais, mais ça ne me plaît pas. Répliqua-t-elle, visage fermé.
-Ca vous apprendra à réfléchir avant de foncer droit dans le mur!
-A vrai dire, ce ne sont pas eux qui nous posent problème. Reprit plus calmement Nathan.
-Quoi, alors? S’emporta-t-il, a bout de patience.
-Il y en a deux autres dans une camionnette de nettoyage qui manquent singulièrement de pratique et ça ne leur ressemble pas vraiment. Lui expliqua finalement Nathan.
-Et qu voulez-vous que j’y fasse? Dois-je vous rappeler qu’on nous a priés de ne surtout plus nous mêler de cette histoire? Répliqua-t-il, frustré de son impuissance.
-C’est sans doute parce que vous vous en désintéressez totalement que vous totalement que vous êtes encore ici à cette heure, rivé au poste de télévision? Lui fit remarquer perfidement Marie-Anne.
-Vous êtes impossible! Tonna-t-il. Mais qu’est-ce que…» Dit-il en fixant intensément le petit écran. Nathan et la jeune femme s’assirent pour regarder l’étrange scène qu’un reporter ébahi leur présentait. Des centaines de personnes s’étaient enchaînées aux grilles ceignant la centrale Super Phoenix. Une immense banderole les surplombait, clamant:" Placez votre confiance en Jéhovah!» Le présentateur qui peinait à en croire ses yeux expliquait aux rares téléspectateurs qui devaient encore se trouver devant leur poste à cette heure indue que le même phénomène se reproduisait devant chaque centrale nucléaire du monde.
«- Edouard! S’exclama Marie-Anne, stupéfaite, en portant une main à son front.
-Ah, non! Pas lui! Hurla le lieutenant, fou de rage.
-Ce n’est pas forcément une mauvaise idée… Apprécia-t-elle.
-Ah, taisez-vous! Ce n’est pas la peine d’en rajouter! Rugit-il en lui adressant un regard sévère.
-Tu parles d’une surprise! S’amusa Nathan, sincèrement surpris par l’idée saugrenue du vieil homme.
-Je le boucle! Conclut Alain dont le double menton s’était mis à trembloter, signe d’une colère que rien ne pourrait plus contenir.
-Pour quel motif? Lui demanda Marie-Anne, révoltée à l’idée de voir Edouard emprisonné injustement une fois encore.
-Trouble à l’ordre public, ça vous va? Répliqua-t-il sèchement, tout en se levant et en saisissant son képi.
-Enfin, vous savez bien qu’il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour nous protéger… Plaida-t-elle avec véhémence.
-Et c’est réussi! J’ai deux sectes sur le devant de la scène au lieu d’une seule! Ca se multiplie comme des petits pains! Tonna-t-il en brandissant son képi d’un geste menaçant.
-Les faits prouvent qu’il a eu raison d’agir comme il l’a fait. Répliqua sentencieusement la jeune femme, se levant à son tour et le défiant du regard.
-Pardon? Une confrontation directe entre deux bandes d’illuminés qui ne rêvent que de s’entretuer, vous trouvez ça malin, vous? Rétorqua-t-il d’une voix blanche, outré.
-Si les centrales étaient si bien surveillées qu’on vous l’a affirmé, comment tous ces gens ont-ils fait pour réussir un coup pareil? Lui demanda-t-elle avec une colère froide. Le lieutenant resta coi quelques secondes avant de répéter, buté:
-Toujours est-il qu’il faut que je le boucle.
-Mais grand Dieu, pourquoi? L’interrogea-t-elle en frappant l’air de son poing fermé.
-Parce que cet animal va finir par se faire tuer s’il continue comme ça! Répliqua-t-il en faisant un pas vers elle.
-Vous n’allez tout de même pas lui passer les bracelets? Ironisa-t-elle avec un sourire mauvais avant de se rasseoir.
-Disons que je vais l’inviter à nous rejoindre… Par contre, s’il résiste… Je ferai ce que j’ai à faire, Marie-Anne.» A cours d’arguments, la jeune femme se tut brusquement. Elle savait qu’Alain avait raison. Etant elle-même sous la surveillance de ces mystérieux inconnus dans la camionnette, elle imaginait sans peine la menace qui devait peser sur le vieil homme qui venait de s’exposer inconsidérément. Le lieutenant composa le numéro d’Edouard en jetant un regard de biais à Marie-Anne qui l’approuva silencieusement de la tête. Cinq sonneries retentirent sans succès et déjà les traits du lieutenant semblaient se contracter. A la sixième, on décrocha mais personne ne prononça un mot. Pâlissant brutalement, Alain hurla dans le combiné pour être sûr d’être entendu. «Quoi qu’il vous arrive, tenez bon, Edouard, nous arrivons!» Aussitôt, Marie-Anne se leva. «Non, vous, vous ne bougez pas d’ici!» Elle consulta Nathan du regard mais son visage fermé disait assez son désaccord. Furieuse, elle se rassit, une moue mutine fleurissant sur son visage.

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Publié dans L'ange pourpre

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