Où étiez-vous au moment du crime...

Publié le par Sandrine

- Où étiez-vous au moment du crime puisque vous affirmez que vous n’en êtes pas l’auteur?
-Enfermée à double tour dans ma cellule par les bons soins de mère Thérèse.
-Ce n’est pas tout à fait ce qu’elle nous a dit…
-Que vous a-t-elle raconté?
-Que vous souhaitiez un moment de solitude pour méditer.
-Elle a menti… Constata-t-elle, peinée. Un tel changement s’était opéré en elle depuis ce matin. Je ne la reconnaissais plus…
-Et vous avez décidé de l’en punir. Poursuivit-il.
-Ne dites pas de sottises, mon fils, vous êtes plus intelligent que ça.
-Si elle vous avait vraiment enfermée, comment se fait-il que nous vous ayons trouvée ici en arrivant?
-J’étais dans ma cellule, allongée dans mon lit, repensant aux différents moments que j’avais vécus avec les sœurs, quand j’ai entendu les clefs tourner dans la serrure… Seule la mère supérieure les avait en permanence sur elle, je me suis donc dit qu’elle avait dû réfléchir et revenir sur sa décision, j’ai cru qu’elle voulait tout au moins avoir une discution avec moi. J’ai attendu quelques instants qu’elle entre et me permette explicitement de sortir mais personne n’a poussé la porte. J’ai finalement décidé d’aller voir ce qu’il en était. Quand je suis sortie, il n’y avait pas âme qui vive dans le couloir. J’ai pensé qu’elle devait m’attendre dans son bureau, alors je m’y suis rendue. Aucune lumière ne filtrait sous la porte qui était d’ailleurs verrouillée. J’ai vu une clarté au bout du couloir et je me suis aperçue que la porte était ouverte. J’ai fait quelques pas dehors en m’interrogeant sur l’étrangeté de son comportement. C’est alors que j’ai vu que l’église aussi était ouverte, ce qui n’est jamais le cas après la dernière messe depuis que des vols y ont été commis. J’ai supposé qu’elle avait sans doute choisi ce lieu de paix pour que nous ayons une conversation plus sereine. C’est là que je l’ai découverte. J’ai crié, vous connaissez la suite…
-Vous admettez donc que vous n’aviez pas de très bons rapports…
-Ce n’était pas un secret et vous avez vous-même assisté aux premières manifestations de ces tensions. Elle m'avait accusée de meurtre et emprisonnée en conséquence, il est évident que je lui en voulais. Je ne suis malgré tout qu’un être humain. Nathan jeta un bref coup d’œil à l’autel et reporta son regard sur la religieuse.
-Vous venez de me dire que seule la mère supérieure possédait les clefs et qu’elle était sans doute déjà morte au moment où ce mystérieux inconnu vous a ouvert la porte, nous sommes bien d’accord?
-En effet.
-Comment expliquez-vous dans ce cas qu’elles se trouvent au pied de l’autel, à quelques centimètres à peine de l’endroit où vous étiez agenouillée?
-Je ne les ai pas remarquées.
-Ma sœur, nous ne sommes que trois ici.
-Justement… Répliqua-t-elle, énigmatique.
-Peut-être quelqu’un a-t-il pénétré dans l’abbaye sans que nous ne le remarquions. Suggéra Marie-Anne.
-J’en doute. Répartit sœur Clothilde. Le couvent et l’église sont fermés par mère Thérèse chaque soir après la dernière messe, or, toutes les portes étaient ouvertes quand je suis arrivée. Il faudrait le vérifier, mais je suis presque sûre qu’elles n’ont pas été forcées…
-Ce que vous venez de dire ne plaide pas en votre faveur, ma sœur. Releva Nathan.
-Peu importe, seule la vérité compte et je suis là pour vous aider à la découvrir, même si vous y mettez beaucoup de mauvaise volonté… Ajouta-t-elle avec un petit sourire désolé.
-Au contraire, ma sœur, au contraire… Je n’ai aucun intérêt à vous accuser injustement. La raisonna-t-il.
-Si. Mais vous n’en êtes pas conscient.
-Pourquoi l’avoir mutilée comme ça?
-Je n’en sais rien. Je suppose que celui qui a fait ça a voulu souligner l’aspect cannibale du rite de l’eucharistie que certains profanes lui attribuent.
-Vous n’avez pas l’air de vous en rendre compte, mais vous êtes la seule parmi nous trois à avoir un mobile…
-En êtes-vous si sûr?
-Peut-être n’avez-vous pas voulu la tuer… Elle vous a sans doute effectivement convoquée ici pour régler le litige qui vous opposait, le ton est monté, vous l’avez frappée. Vous apercevant qu’elle était morte et paniquant, vous avez décidé de maquiller cet accident de façon à ce que nous croyons à une vengeance de Divitto. La religieuse nia silencieusement.
-Le crime, le mensonge et la profanation des morts sont contraires à mes convictions. Je jure sur le Christ que je n’ai jamais levé la main sur âme qui vive.
-J’aimerais vous croire mais il faut que j’ai des éléments concrets pour cela.
-Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre… Pourquoi avoir écarté la possibilité que je sois une adepte de cette fameuse secte, mon fils? Lui demanda-t-elle avec un sourire miséricordieux.
-Parce que si vous êtes bien l’auteur de ce crime, plusieurs choses ne concordent pas avec l’attitude que ces adeptes ont eue jusqu’à présent.
-Poursuivez.
-Le suicide, d’abord. Ils font tout pour ne pas se faire attraper vivants. Vous avez été accusée par deux fois et jamais vous n’avez cherché à attenter à vos jours.
-La vie est sacrée, Dieu seul en dispose. C’est lui qui la donne et c’est lui également qui décide du moment de la reprendre et c’est justice.
-Leur appartenance à cette secte, ensuite. Ils la revendiquent alors que vous, vous la niez.
-Dites-moi ce qui s’est passé, ma sœur.
-Je vous l’ai déjà expliqué. Insista-t-elle calmement.
-J’aimerais vous aider et je sais que vous me cachez quelque chose.
-Toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. Il faudra que vous trouviez celle-là seul.
-Saviez-vous que son Eminence a contacté la mère supérieure?
-Non. Elle ne me parlait pas de ses problèmes.
-Vous étiez la seule à avoir des contacts avec l’extérieur…
-Je n’ai pas été endoctrinée, mon fils. Je vous répète que je n’ai pas commis ce crime.
-En avez-vous la preuve?
-Oui.
-Qu’attendez-vous pour me la donner?
-Je mourrai si je le fais.
-Clothilde! Avez-vous donc si peu confiance en moi que vous pensiez que je vous refuserai ma protection?
-Jurez sur le Christ que vous assurerez ma sécurité quoi qu’il vous en coûte.
-Je le jure. Mais pourquoi cela devrait-il me coûter?
-Vous verserez des larmes de sang, croyez-moi. Dans l’épreuve qui vous attend, j’espère que vous vous souviendrez que je suis votre amie. J’ai un cancer en phase terminale. Je n’aurais jamais eu la force de transporter la mère supérieure, ni même de la mutiler de cette façon. Je suis en sursis et les médecins s’étonnent que je sois encore de ce monde. Le numéro du médecin ainsi que le registre des sorties qui mentionne mes hospitalisations et mes visites chez les différents spécialistes ses trouvent dans le bureau de feu mère Thérèse. Autant vous auriez pu m’accuser d’avoir utilisé le poison, autant il vous est impossible de m'attribuer une méthode aussi physique.

Lire la suite: Pourquoi a-t-on cherché à vous incriminer de la sorte?

Publié dans L'ange pourpre

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