Parce qu’elle en avait déjà bu une avec nous!

Publié le par Sandrine

-Parce qu’elle en avait déjà bu une avec nous! N’avez-vous pas la sensation de prononcer un jugement un peu hâtif? Répliqua-t-il sans grande douceur, cette fois.
-Je sais ce que je dis. Affirma-t-elle, butée.
-Et depuis quand accuse-t-on quelqu’un sans preuve? Où sont donc la charité chrétienne, la compassion et la compréhension que vous prônez? S’énerva-t-il tout à fait. Et vous? Comment se fait-il que vous soyez indemne? Vous n’avez évidemment pas bu de café non plus… Vous étiez également au courant de notre présence ici, si je ne m’abuse? Vous aussi seriez une coupable idéale! Lui asséna-t-il finalement, fou de colère devant tant d’injustice. Donnez-moi les clefs et amenez-nous jusqu’à elle. Elle n’a pas à être punie pour un crime qu’elle n’a pas commis.
-Qu’en savez-vous? Siffla-t-elle, furieuse de se voir sermonner de la sorte par un fugitif qu’elle avait généreusement recueilli et par qui le malheur était arrivé. Nous ne sommes que deux survivantes, ce n’est pas moi, c’est donc elle! Je refuse de vous remettre ces clefs. Répondit-elle en le regardant droit dans les yeux.
-Et n’avez-vous pas envisagé qu’il ne puisse s’agir d’aucune d’entre vous? Les adeptes de ce mouvement ont pour habitude de se supprimer plutôt que d’être pris! Vous n’avez ni les informations ni les aptitudes nécessaires pour proférer une telle condamnation. Vous devriez vous efforcer de revenir à plus de modestie, ma mère, parce que dans cette affaire, vos prétentions dépassent de loin vos attributions!» La mère supérieure rougit violemment et lui remit les clefs en évitant de croiser son regard durci par la colère. Sans un mot, elle les conduisit jusqu’à la cellule presque misérable qui était celle de sœur Clothilde. Nathan fit claquer les clefs dans la serrure pour avertir la malheureuse recluse de leur visite afin de lui donner le temps de retrouver une relative dignité avant leur entrée. Agenouillé devant le crucifix de bois pendu au mur de crépi blanc, la religieuse priait avec tant de piété qu’elle ne perçut pas leur présence malgré les précautions qu’il avait prises.
«- Sœur Clothilde, vous êtes libre. Tout ceci est une épouvantable méprise. Nous sommes désolés de cette maladresse… La none tourna enfin son visage vers lui et il n’en crut pas ses yeux. Elle souriait! Aussi invraisemblable que ce fut, après avoir été le témoin d’un atroce massacre dont elle avait été tenue pour responsable, elle souriait.
-Ca n’a pas vraiment d’importance, je suis innocente aux yeux de Dieu et cela seul compte pour moi. D’ailleurs, je n’ai été qu’un pion dans une machination machiavélique au même titre que la mère supérieure. Vous ne l’êtes pas moins, mon garçon. Ne vous fiez pas même à votre ombre. Lui murmura-t-elle. Sans attendre de réponse, elle se leva et s’adressa à Thérèse. Avez-vous commencé à prendre les dispositions nécessaires, ma mère?
-Non. Balbutia-t-elle, affreusement gênée de se voir infliger une leçon de courage et de dignité par une subordonnée.
-Je suppose qu’il ne faut toucher à rein avant l’arrivée des autorités. Lui répondit-elle en passant devant Marie-Anne comme si elle n'existait pas.
-Il ne faut surtout pas les appeler tout de suite, sœur Clothilde. Lui dit-elle en se reprenant.
-C’est pourtant la seule chose à faire, ma mère. Insista-t-elle respectueusement.
-Non. Avec tout ça, j’ai complètement oublié de vous dire… J’ai réussi à joindre Laetitia Divitto, sa sœur. Elle sera ici dans une heure. J’ai eu les pires difficultés à la convaincre d’accepter cette entrevue. Si elle s’aperçoit de ce qui se passe, elle repartira sur le champ. Sœur Clothilde l’approuva silencieusement.
-Je vais reprendre mon poste à l’accueil. Vous devriez aller vous arranger un peu, ma mère, vous avez dû perdre votre voile dans votre précipitation pour aller chercher du secours. Thérèse porta instinctivement une main à sa chevelure flamboyante et sortit dans un mot.
-Retournons à la maison. Mieux vaut ne pas traîner ici, mère Thérèse saura où nous trouver.
-J’ai la nette impression que sœur Clothilde ne m’apprécie pas beaucoup… Remarqua-t-elle.
-Elle est un peu perturbée, ces temps-ci. Laisse-lui le temps de reprendre ses esprits.
-Il y a pourtant quelque chose que j’ai du mal à m’expliquer…
-Quoi?
-Comment ont-ils pu savoir que nous étions ici? La mère supérieure a au moins raison sur un point: seules Clothilde et elle peuvent le savoir.
-Ose me dire en me regardant droit dans les yeux que tu crois vraiment à la culpabilité de ces deux femmes?
-Honnêtement, je ne sais pas.
-Réfléchis une seconde, si c’était vraiment l’une d’elles, pourquoi s’en serait-elle pris à ses compagnes alors que c’est nous qu’ils cherchent à éliminer et qu’elle avait largement les moyens de le faire?
-Pour nous impressionner.
-Et nous pousser à partir encore une fois au risque de perdre notre trace? C’est totalement incohérent. Ce qui me pose vraiment problème, c’est de savoir si c’est bien à eux qu’il faut attribuer ces meurtres cette fois-ci.
-Mais enfin, Nathan, le mode opératoire…
-Méfions-nous des imitations! Il n’y a ni mobile clairement établi, ni coupable potentiel. En outre, si malgré tout, tout cela avait été organisé dans le but de nous effrayer, comment auraient-ils pu prévoir notre arrivée ici? Non, décidément, tout cela n’a pas de sens.
-Tu sais comme moi qu’ils sont infiltrés partout…
-Oh, non, surtout pas de paranoïa! Lui dit-il en passant son bras autour de ses épaules. De toute façon, il leur aurait été pratiquement impossible de les convertir à leur hérésie. Elles ont fait vœu de silence et n’ont quasiment aucun contact avec l’extérieur.
-Tout cela est insoluble et ça m’inquiète réellement.
-Ca ne devrait pas. Nous sommes toujours en sécurité entre ces murs.
-Je trouve ça de plus en plus relatif…
-Fais moi confiance, je suis certain que nous allons bientôt oublier ce cauchemar.»

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Publié dans L'ange pourpre

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