Plus d’une décennie...

Publié le par Sandrine

-Plus d’une décennie. J’ai eu tout le loisir de peaufiner les détails. Nathan la dévisagea comme une étrangère et baissa enfin son arme. Mille hypothèses se bousculaient dans son cerveau pour mettre fin à cette mascarade mais aucune ne lui paraissait satisfaisante.
Il essayait de gagner du temps en la faisant parler mais ce piètre stratagème ne pouvait durer éternellement. Il devait à tout prix prendre une décision, et vite. Plus il attendait, plus il se sentait vulnérable face à cette femme terrible et mystérieuse. Il la scrutait comme on observe un animal inconnu et potentiellement dangereux, tâchant de percer son secret. Soudain, alors qu’il revenait à ses lèvres et à ses yeux, il comprit.
-Tu es la fille de son Eminence, c’est bien ça? Elle éclata d’un rire mauvais.
-Bravo! Mais cette découverte ne te servira à rien.
-Si. Elle établit un mobile que je pourrais prouver. Lui asséna-t-il en braquant à nouveau son arme sur elle.
-Que vas-tu faire à présent? M’arrêter? Me tuer? Lui demanda-t-elle en souriant.
-Ca va dépendre de toi.
-Tu n’as pas d’issue. Elle fiche ses yeux dans les siens et une lueur maléfique traversa son regard. Tu es incapable de tirer froidement alors tu attends que je te donne une bonne raison de le faire. Elle rit avec mépris. En somme, comme tu es trop lâche pour agir, tu me proposes le suicide… Non. Je t’ai offert une solution raisonnable alors si tu veux en appliquer une autre, il va falloir que tu assumes ton acte.
-Il faut que tu payes pour ce que tu as fait. Ca, c’est la seule issue. Quant à la sanction à t’infliger, ce n’est pas à moi d’en décider.
-Tu ne m’effraies pas. Si tu veux appeler les autorités, il va falloir que tu t’assures de ma personne. Je ne me rendrais pas sans me battre. Viens me chercher. Conclut-elle avec un haussement d’épaules indifférent. Nathan prit soudain la plaine mesure de la précarité de sa situation. Il leva son arme en priant pour réussir à l’impressionner suffisamment pour qu’elle accepte d’obtempérer. Elle le fixait du regard, semblant ignorer le danger que représentait l’arme qu’il tenait dans sa main, attendant patiemment qu’il se décide enfin à tirer. Ne pouvant se résoudre à abattre ainsi une femme désarmée qui n’avait visiblement aucune intention de s’en prendre à lui physiquement, il décidé d’effectuer un tir de sommation pour affirmer sa détermination. Il déplaça légèrement son arme et pressa la détente. Un misérable déclic stérile retentit, humiliant. Un rire clair emplit la pièce. Marie-Anne se moquait ouvertement de lui.
-Tu ne croyais tout de même pas que j’avais pris la précaution d’enlever la batterie de ton téléphone et que j’aurais naïvement oublié d’ôter les balles de ton arme. Je te le répète, Nathan, je ne suis pas suicidaire.
-Si tu savais que cette arme ne me serait d’aucune utilité, pourquoi ne t’es-tu tout simplement pas enfuie au lieu de parlementer inutilement? Lui demanda-t-il en jetant nonchalamment son revolver à travers la pièce.
-Parce que je voulais savoir comment tu réagirais. Je voulais savoir si tu m’aimais.
-Sincèrement, ne me dis pas que tu ne te doutais pas de ce qui allait se passer?La questionna-t-il ironiquement.
-Si. Et si ton intégrité fait honneur à la gendarmerie nationale, monsieur l’agent, ta lâcheté, par contre, est une honte pour ta virilité. A ta place, j’aurais tiré sans hésiter.
-Dieu merci, tu n’es pas à ma place!
-Et je ne t’envie pour rien au monde. Il est temps que je partes, mon avion ne va pas tarder à décoller. Conclut-elle avec un large sourire avant de lui tourner le dos et de se diriger vers la sortie. Instinctivement, il se précipita sur elle et la plaqua au sol.
-Une attaque par derrière, j’aurais dû m’en douter!»Siffla-t-elle. Fou de rage, Nathan la retourna d’une main ferme. Aussitôt, le bras de Marie-Anne se replia et une lame croûtée de sang séché jaillit de la manche de son pull et passa à un cheveu du visage de Nathan qui bloqua son bras d’une main, lui broyant le poignet. Serrant les dents, la jeune femme replia son genou et percuta violemment son entrejambe . Souffle coupé autant par la douleur épouvantable qui irradiait son bas ventre que par la déloyauté du procédé, Nathan tâchait d’assurer sa prise sur elle. Elle souriait toujours et il crut à cet instant qu’il serait capable de lui porter le coup fatal sans l’ombre d’un regret. Elle se débattait comme une furie, griffant, mordant et frappant tout ce qui passait à sa portée. Elle parvint finalement à dégager son bras et pointa le couteau sur la poitrine de Nathan. Il attrapa vivement sa fine main ensanglantée au moment où une flamme meurtrière s’allumait dans son regard, révélant toute la cruauté dont elle était pétrie. Il sentit la pointe du couteau mordre sa chair et tordit brutalement son poignet délicat pour la dévier. Avec une force décuplée par la haine qui assombrissait ses yeux, elle dégagea son autre bras et saisit la main de Nathan. Un petit rictus qu’il ne comprit pas s’épanouit sur son visage et elle garda la lame pointée sur elle une seconde avant de l’enfoncer en elle jusqu’à la garde. Choqué, Nathan la dévisageait sans parvenir à croire à cet étrange retournement de situation.
«- C’est mieux ainsi. Commença-t-elle dans un souffle en maintenant toujours la main de Nathan entre les siennes. J’ai décidé de ma mort comme de ma vie. A défaut de m’être assurée de ton amour, j’ai au moins la satisfaction de savoir que tu n’oublieras jamais ce moment. Elle éclata d’un rire faible qui se mua en quinte de toux avant de poursuivre. Je suis vraiment enceinte, le légiste te le confirmera. Je n’ai pas réussi à partager ta vie mais je suis sûre de la hanter éternellement. Elle toussa à nouveau et une mousse rougeâtre apparut à la commissure de ses lèvres.
- Non!» Hurla Nathan, fou de rage. Les mains de Marie-Anne desserrèrent leur étreinte et sa tête roula mollement sur le côté. Il frappa violemment le sol froid de son poing fermé et roula sur le côté, épuisé, libérant de son poids le corps encore souple et chaud de ce démon au visage d’ange qui avait tout détruit sur son passage le temps de sa courte vie.

FIN

Publié dans L'ange pourpre

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