Quand Nathan revint...

Publié le par Sandrine

Quand Nathan revint, Marie-Anne, blême, s’était assise et fumait une cigarette. Il posa une main sur son épaule et elle la recouvrit brièvement de la sienne. Soulagé, il sut que l’orage qu’il avait redouté ne serait pas.
«- Vous aviez raison, Nathan. Il y avait bien une arrière-pensée derrière l’ordre qu’on nous a donné de laisser tomber tout ça. Malheureusement, c’est plus grave que tout ce que nous avions imaginé.
-Pas tant que ça… Modéra-t-elle. Nul n’est indispensable et la législation française prévoit ce cas de figure.
-Oui, mais dans la mesure où tout un chacun est au courant de ce genre de dispositions, qui nous dit que le remplaçant du président est toujours en vie? Répliqua Nathan.
-Personne. Répondit-elle avec un détachement qui surprit les deux hommes. En l’occurrence, il faut avouer que ce qui se passe dans les hautes sphères politiques n’est pas une priorité. Nous avons plus urgent à faire.
-Bien sûr, Marie-Anne! Commença ironiquement le lieutenant. Je vais appeler le juge qui va me délivrer un mandat d’arrêt international contre le Pape les yeux fermés! Elle se mit à rire de bon cœur.
-Il n’en a jamais été question! Le lieutenant se passa une main lasse sur le visage.
-Je dois être très fatigué… Je ne vous suis plus. Avoua-t-il dans un soupir sonore.
-Croyez-vous vraiment, si c’était bien lui, et à mon sens rien n’est moins sûr, que le Pape en personne serait allé se présenter à ces malades pour leur demander d’éliminer le plus de monde possible? Quel serait l’intérêt pour l’un des hommes les plus puissants de la planète de se compromettre de la sorte? Il a déjà tout: l’honneur, l’argent, le pouvoir… Que peut-il espérer en agissant ainsi? Ce serait idiot et cet homme est loin d’être stupide s’il a réussi à accéder au trône papal.
-Pourtant, vous l’avez entendu comme moi… Protesta-t-il, incapable pour une fois de discerner le vrai du faux dans tout cet imbroglio.
-Qu’ils en soient persuadés parce qu’on le leur a dit est une chose, que ce soit réellement le cas en est une autre… Répliqua-t-elle avec malice.
-Mais qui, alors?
-A qui profite le crime? Demanda Nathan.
-Je ne sais pas, ça peut être n’importe qui… Une secte ou une religion opposée, je suppose…
-Non. Répondit catégoriquement Marie-Anne. C’est une guerre interne.
-Comment pouvez-vous en être aussi sûre?
-C’est simple : nous avons trouvé une croix grâce à Edouard, Carine était catholique et eux-mêmes ont admis l’être.
-Ils n’ont pas dit exactement ça… La reprit Nathan.
-Je sais. Mais souvenez-vous de leur hargne à démentir leur appartenance aux Témoins de Jéhovah… Il s’est contenté d’éluder la question calmement. En outre, je me permets de vous faire remarquer qu’il n’a jamais menti.
-Ce n’est qu’une supposition. Lui rappela le lieutenant.
-De même que la culpabilité du Pape n’est qu’un postulat.
-Soit votre hypothèse est la bonne, soit c’est un formidable retour à la case départ! S’emporta le lieutenant. Et très honnêtement, je ne sais pas laquelle de ces deux éventualités m’enchante le plus…
-Attraper ces deux lascars ne nous aura finalement rien apporté si ce n’est d’écarter un danger immédiat te concernant. Renchérit Nathan, grognon, en s’adressant à Marie-Anne.
-Qu’est-ce qui vous prend à tous les deux? S’indigna-t-elle. Vous n’allez tout de même pas baisser les bras maintenant. Je suis vraiment persuadée que cette sinistre affaire n’a pour but que la destitution du Pape actuellement en place. Dans ce cas, la seule personne qui en bénéficierait serait l’un des archevêques papabile… Poursuivit-elle comme en pensant à voix haute.
-Le seul hic est que ce qui se passe au moment de l’élection est soumis au secret le plus absolu. Remarqua Nathan.
-Un médecin! Vite, un médecin! Hurla le gendarme affecté à la surveillance des deux prisonniers.
-Vous ne les avez tout de même pas mis dans la même cellule? Demanda le lieutenant en se précipitant dans le couloir.
-Pour qu’ils s’entretuent! Je ne suis pas idiot!» Se rebella Nathan en s’élançant derrière lui, suivi de près pas le médecin et Marie-Anne. Les portes des cellules étaient grandes ouvertes et la même scène atroce se produisait dans chacune. Les deux hommes allongés sur des lits de fortune convulsaient violemment sur leur matelas maculé de vomissures. Une odeur nauséabonde se répandait déjà dans la gendarmerie, les incitant à retenir leur respiration.
«- Du poison! S’écria le médecin. Quand les avez-vous découverts? Demanda-t-il au gendarme qui lui répondit en bégayant, comme pris en faute.
-Je vous ai appelé tout de suite… Le médecin soupira lourdement. Appelez une ambulance. Intima-t-il à Nathan sans prendre le temps de lui accorder un regard.
-Ne les avez-vous donc pas fouillés avant de les mettre derrière les barreaux? S’emporta le lieutenant en s’adressant durement au préposé aux cellules.
-Si, je vous assure… Ils n’avaient rien de suspect sur eux.
-Alors comment expliquez-vous qu’une chose pareille se produise dans nos locaux? Explosa-t-il finalement, excédé.
-Nous tirerons tout ça au clair plus tard. L’interrompit Marie-Anne, gênée de voir ce pauvre homme réprimandé de la sorte pour une broutille alors que deux autres étaient en train de passer de vie à trépas sous ses yeux.
-Vous pouvez annuler l’ambulance. Annonça sombrement le légiste en prenant le pouls du brun.
-Mince! Jura le lieutenant.
-Ils se sont suicidés, c’était à prévoir. Lui dit Marie-Anne.
-C’est bien pour ça que je ne pardonnerai aucune faille dans la procédure. Gronda-t-il en regardant fixement le malheureux gendarme pétrifié. Le médecin se pencha sur le corps allongé devant lui et le fouilla rapidement. Visiblement satisfait de sa trouvaille, il exhiba une feuille allongée au vert profond.
-Du laurier rose! S’exclama la jeune femme, stupéfaite.
-Et alors? Il y en a partout ici… Une de ses feuilles a dû se coincer dans ses vêtements au cours de leur interpellation…
-Dormiez-vous pendant les cours d’histoire? Lui demanda-t-elle.
-Non. Pourquoi? Lui demanda-t-il à son tour, sincèrement étonné par cette étrange question.
-N’avez-vous jamais appris que l’armée de Napoléon avait été décimée suite à une fabuleuse recette de brochette d’escargots sur branches de laurier rose?
-En effet. L’approuva le légiste. C’est rapide et ça ne pardonne pas. La plupart des gens l’ignore mais nous avons dans la région la plus grande réserve de poison naturel. Se retournant vers le gendarme, Marie-Anne lui demanda gentiment.
-Qu’avez-vous récupéré sur eux comme effets personnels?
-Les clefs et les papiers du véhicule, leurs papiers d’identité, deux petites croix métalliques et un téléphone portable.
«Une royauté de prêtres régnant sur la terre…» Récita-t-elle.
-Ca ne va pas, Marie-Anne? Lui demanda Nathan, subitement inquiet de l’entendre réciter ce genre de phrase dont le mysticisme ne lui seyait guère.
-Tout va très bien. Tous les membres de ce mouvement doivent posséder la même croix. Ils sont persuadés d’être les cent quarante quatre mille et comme l’Apocalypse les qualifie de prêtres régnant sur la terre… Il ne nous reste plus qu’à vérifier leur identité et peut-être y aura-t-il une information intéressante à glaner dans la liste de leurs appels…
-Qui est le gendarme, ici? Lui demanda Nathan, amusé.
-Nos métiers sont bien moins différents que tu ne le crois.»

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Publié dans L'ange pourpre

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