Quelques changements

Publié le par Sandrine

Quand je pris mon poste à onze heures, Françoise était là. Elle était venue laver sa voiture. Enfin, c’est ce qu’elle me dit. Car pour une fois, elle trouva opportun de me faire la conversation. Elle qui ne m’adressait presque jamais la parole devint brusquement souriante et volubile. Elle prenait visiblement plaisir à lire l’agacement sur mon visage. Le quart promettait d’être long… Elle partit finalement. Et revint une heure plus tard avec Valérie qui dorénavant ne viendrait plus à la station sans son labrador. Si je n’avais pas été allergique à ses poils, il ne m’aurait pas dérangé. Il était adorable, sitôt qu’il avait eu sa caresse d’accueil, il se mettait dans un coin et dormait paisiblement. Valérie et Françoise déchargeaient des cartons du coffre du véhicule.
« - Voilà, Eric. Je vous avais dit que les choses allaient changer. Voici un nouvel aspirateur et un tabouret. Ah, au fait, j’ai remarqué que le ménage laisse à désirer. J’ai donc détaillé chaque tâche à accomplir pendant chaque quart, vous signerez en face chaque fois que vous vous serez acquitté de l’une d’elle. » Elle entra dans le bureau, récupéra le courrier qu’elle fourra dans son sac sans y jeter un œil.
« - Au fait, j’ai oublié de vous le dire, mais dorénavant le système de vidéosurveillance est muni d’un cadenas dont je suis seule à avoir la clé. Vous ne touchez plus non plus au stock de cigarettes, si vous avez besoin de quelque chose, il vous suffit de me le demander.
- Valérie, j’ai aussi oublié de vous le dire, mais puisque j’ai reçu un courrier qui redéfinit mes fonctions, je m’y conformerai strictement à partir de cet instant. Prévoyez un peu plus de temps pour tout faire. Ah, avant que vous ne partiez, sachez que je chausse du 46.
- Parfait, je ne vous en demandais pas plus. » Elle se tendit un peu, puis après une seconde d’hésitation, appela Strasky et partit. Mon quart prenait fin dans deux heures. Le temps passait trop lentement à mon goût. Le téléphone sonna une heure plus tard. Je décrochais et eut la surprise d’entendre Alain.
« - Comment osez-vous ? Persifla-t-il.
- Pardon ?
- Je viens de recevoir une convocation au tribunal, figurez-vous ! J’ai un papier à vous faire signer pour mettre un terme à tout ça.
- Non !
- Il faut au moins que nous en discutions. Ca ne peut pas continuer comme ça. Ecoutez, nous ne sommes plus des enfants, il faut que nous soyons raisonnables. On ne peut pas parler de tout ça sereinement à la station… Je vous invite au restaurant et on règle ça tous les deux comme des adultes responsables.
- Jamais ! Et encore moins après le tissu d’inepties que j’ai reçu ce matin.
- Vous allez signer ! Tonna-t-il. J’arrive dans cinq minutes.
- Faites ce que vous voulez, mais je ne signerai rien.
- C’est ma station, je suis le patron, vous ferez ce que je vous dis. Si je vous dis que vous signez ce document, vous le faites !
- Je croyais que vous n’aviez plus rien à voir là-dedans ? N’est-ce pas Valérie la patronne ?
- Ne jouez pas au plus fin avec moi, vous allez vous en mordre les doigts !
- Excusez-moi mais je vais raccrocher, j’ai du travail.
- Non, je vous l’interdis ! » Je raccrochais. Il devenait fou. Je ne m’expliquais pas autrement l’incohérence de son attitude et de ses propos.
L’après-midi même, Sandra envoyions une lettre en recommandé avec accusé de réception dans laquelle non seulement nous déclinions sa proposition mais aussi par laquelle nous l’avisions que dorénavant ce serait à mon avocate dont je lui transmettais les coordonnées à qui il devrait s’adresser.

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