Sébastien, essoufflé d’avoir couru ...

Publié le par Sandrine

Sébastien, essoufflé d’avoir couru pour les rejoindre, leur demanda avant même de reprendre sa respiration :
«- Alors, ce coup de pouce?
-Magistral! Lui répondit Marie-Anne, radieuse.
-Qui?
-Un certain cardinal Divitto de Milan. Choqué, le vieil homme dut s’asseoir pour ne pas s’effondrer.
-C’est quelqu’un de très respecté, tant pour son charisme que pour sa grande érudition. Il a diligenté des œuvres humanitaires un peu partout dans le monde et à chacune de ses visites, il faisait une véritable moisson de conversions. Pour plaisanter, nous l’appelions le champion du Christ…
-Vous rendez-vous compte de ce que vous venez de dire, Sébastien? N’avez-vous jamais pensé que si cet homme opérait tant de conversions alors que l’Eglise connaît une inquiétante crise de la foi, c’était tout simplement parce qu’il n’offrait pas tout à fait le même discours que le dogme officiel?
-Non, jamais. Il était tellement zélé… En plus, c’est un proche du Pape, nous pourrions presque dire qu’ils sont amis…
-Un peu comme Juda était celui de Jésus…
-Ce n’est pas un coup de pouce, c’est un coup de bambou! Paolo était un gamin des rues sans avenir, un délinquant, pour ainsi dire et si le curé de son quartier ne lui avait pas tendu la main, il serait derrière les barreaux depuis longtemps.
-C’était reculer pour mieux sauter. Remarqua amèrement Nathan.
-Oui. Toutes ces années à vivre dans le mensonge… Il n’avait finalement pas changé. Nous sommes en fin de compte aussi fautifs que lui, nous aurions dû nous assurer que nous n’introduisions pas le loup dans la bergerie.
-Les regrets ne servent à rein, Sébastien. Lui dit calmement Nathan. Seul l’avenir compte et il nous appartient de l’améliorer.
-Tu as raison. Sais-tu pourquoi j’ai pris l’habit? Sans le laisser répondre, Sébastien laissa son regard se perdre dans le vague et reprit. Nous avons fait des choses atroces pendant la guerre, tous autant que nous étions. Le mot d’ordre lorsque tout a été fini, c’était plus jamais ça, plus jamais… J’ai été naïf. J’ai cru qu’en propageant un message d’amour et de paix, qu’en soignant les âmes, je pourrais faire en sorte que ça ne se reproduise pas. C’était une erreur. J’avais oublié à quel point la part sombre qui dort en chacun de nous a le sommeil léger. Il faut frapper vite et fort, mes enfants. Si j’ai bien retenu quelque chose des combats auxquels j’ai eu le malheur de participer, c’est que c’est toujours celui qui tire le premier qui a le plus de chances de s’en sortir.
-En l’occurrence, c’est lui qui nous a coiffés au poteau. Il faut surtout que nous soyons prudents.
-Il est impératif de mettre le Pape en garde contre la menace qui le guette.
-Nous n’avons évidemment aucun moyen de le joindre directement. Remarqua sombrement Marie-Anne.
-Evidemment, non. Il se passe des mois entiers avant qu’une audience ne soit accordée. La mésaventure de Jean-Paul deux nous a rendus prudents et les Papes sont depuis lors presque inaccessibles. Vous n’allez pas pouvoir rester ici longtemps, mes enfants. C’est un petit village et les secrets n’y ont pas leur place. Nous allons déjeuner ensemble et je vous emmènerai en ballade.»

Lire la suite: Ce déjeuner en pleine nature à l’ombre ...

Publié dans L'ange pourpre

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