Un courrier de doléances commun

Publié le par Sandrine

Le lendemain, j’étais de repos et Jean-Michel travaillait l’après-midi. Je lui téléphonais pour lui faire part de ce qui s’était passé entre Alain et moi. Sur un coup de tête, nous décidâmes de nous rendre à l’inspection du travail. Puisque Alain ne voulait pas répondre à nos questions, nous allions tenter de prendre nos renseignements à la source. Le fait est que nous eûmes beaucoup de chance. Nous n’avions pas pris rendez-vous et étions prêts à nous faire poliment éconduire. Il n’en fut rien. L’inspecteur qui avait procédé au contrôle de la station accepta de nous recevoir. Très gentiment, il nous expliqua qu’effectivement Alain avait pas mal de choses à se reprocher. Nous lui posâmes une foule de questions. Il nous éclaira brièvement sur nos droits. A la fin de l’entretien, il nous suggéra d’écrire un recommandé avec accusé de réception à notre employeur et de lui en adresser une copie. Ainsi, nous expliqua-t-il, Alain serait contraint de faire face à ses responsabilités et lui-même pourrait veiller à ce que les problèmes soient réglés un à un. Je pris donc ma plume et voici le courrier que je lui adressais au nom des trois employés qui signèrent ce courrier, à savoir Jean-Michel, Patricia et moi.
« Monsieur,
Par la présente, Patricia, Jean-Michel et Eric, nous associons pour soulever plusieurs problèmes.
En premier lieu, nous contestons le changement d’horaires dont nous n’avons été informés qu’hier par voie orale alors que vous auriez dû nous en aviser sept jours avant son entrée en vigueur. En effet, ces horaires multiplient nos frais d’essence et nous nous interrogeons sur la manière dont celui qui fera 11 heures 15 heures et 18 heures 21 heures pourra s’alimenter.
En outre, voici une liste de ce dont nous sommes certains qu’il s’agit d’une violation de nos droits :
- Pas de numéro d’Urssaf sur nos fiches de paye sur les six derniers mois.
- Les pauses, comment pouvons-nous les prendre ? L’infrastructure de l’entreprise ne le permet pas et nous en sommes conscients, cependant, pourquoi ne nous sont-elles pas payées ?
- Nous avons droit, selon la convention collective, pour plus de six heures de travail consécutives à une demie heure de pause, que devient-elle ?
- Nous avons droit, puisque c’est une entreprise de moins de 20 salariés et que les locaux de l’entreprise ne permettent pas de se restaurer sur place, à des tickets restaurant, nous n’en avons jamais eu.
- Nos horaires stipulent que nous devons travailler de sept heures à quatorze heures et de quatorze heures à vingt et une heures. Cependant, vous nous répétez sans cesse que ce sont là les horaires d’ouverture de la boutique. Que devient donc le temps nécessaire au changement de quart, au comptage de la caisse, au remplissage des feuilles de quart, à la sortie du matériel et à son rangement ? Soit nous arrivons à l’heure pile et partons à l’heure juste ( ce qui est impossible au changement de quart) et les horaires de la boutique sont grévés d’autant, soit vous devez nous payer ce temps considéré par la convention collective comme du temps de travail effectif.
- Nos emplois du temps doivent être établis sous préavis de sept jours pour le mois entier. Or ils nous sont régulièrement remis la veille, sous nos demandes pressantes, et pour des durées parcellaires ( par périodes de deux ou trois jours ce mois-ci).
- Pourquoi ne touchons-nous pas de prime d’ancienneté ?
- Pourquoi Eric n’a-t-il eu qu’une seule visite médicale en six ans, Jean-Michel une en cinq ans et Patricia une visite ( de consolidation) en trois ans alors que c’est obligatoire ?
- Pourquoi avons-nous été à ces visites sur notre temps personnel alors que c’est considéré comme du temps de travail ?
Et voici ce que nous ne comprenons pas et ce pourquoi nous vous demandons des explications :
- Pas de casiers pour ranger nos affaires personnelles.
- Pas de registre du personnel.
- Pas de convention collective affichée.
- Pas de signature ou de cachet de l’entreprise sur les emplois du temps.
- Vacances imposées.
- Les dimanches sont-ils payés double ?
- Lorsque vous comptez un jour férié travaillé, vous nous le payez double, c’est un fait, mais pourquoi comptez-vous sept heures de travail dans le compte mensuel au lieu de quatorze heures ?
- Est-il normal que nous soyons contraints de travailler debout durant sept heures sans pauses ?
- Devons-nous vraiment partager les toilettes avec la clientèle ?
- Pourquoi n’y a-t-il pas de sortie de secours accessible ? Le compresseur est placé devant…
- Pourquoi n’avons-nous pas de chaussures de sécurité pour la manipulation des bouteilles de gaz ?
- Les jaugeages font-ils vraiment partie de nos attributions ? De même pour les commandes.
- Les jours de congés payés, comptent-ils sept ou huit heures ?
- Nous avons chacun fait le compte des heures que nous avons effectué cette année, et il s’avère que nous sommes tous au-delà des 1607 heures annuelles prévues par nos contrats de 35 heures. Sachant que les heures se comptent sur une semaine et que les heures supplémentaires doivent être compensées par du repos ou être payées, comment se fait-il que nous n’ayons jamais eu une heure supplémentaire mentionnée sur nos fiches de paye alors qu’il arrive fréquemment que nous fassions quarante deux heures par semaine ?
- Comment se fait-il que nous n’ayons parfois que dix heures de repos entre deux jours de travail alors que la loi en impose onze ?
- Les jours de repos doivent-ils nous être donnés de manière consécutive ? Pourquoi n’en avons-nous parfois qu’un par semaine ? Pourquoi ne sont-ils pas fixes ?
- Existe-t-il d’autres primes auxquelles nous pouvons prétendre ? Prime de risque, de blanchissage, d’assiduité…
- Devons-nous travailler seuls ? Que se passe-t-il si l’un de nous fait un malaise ou se blesse ?
- Avons-nous le droit de signer des documents comme la réception des marchandises ou les plans de prévention ?
- Nous sommes filmés durant nos quarts, alors que cette contrainte n’est pas mentionnée dans nos contrats, est-ce normal ?
Vous remerciant par avance de votre compréhension, et demeurant dans l’attente de vos éclaircissements, je vous prie d’agréer, Monsieur, nos sincères salutations. »

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