Un échange épistolaire...

Publié le par Sandrine

Epuisé moralement, je finis par céder et décidais d’aller consulter mon médecin. Il me prescrivit non seulement une semaine d’arrêt maladie, mais en plus un traitement anxiolytique. Je ne trouvais cependant pas le repos. D’autant moins que je reçus une réponse de mon employeur qui me vrilla les nerfs.
« Monsieur,
Nous accusons réception de votre lettre qui a retenu toute notre attention. Nous prenons acte de votre demande de congés, ce qui démontre votre intention de demeurer salarié de notre entreprise.
Concernant le repos hebdomadaire, nous vous invitons à prendre connaissance de l’article 1.10b dérogation permanente qui répond à votre questionnement.
Concernant la formation rendu monnaie, elle a été dispensée à l’ensemble du personnel, et n’a aucun caractère vexatoire.
Concernant les notes de service, nous constatons que vous reconnaissez ne pas avoir voulu les signer. Vos propos sont contradictoires et démontrent votre parfaite mauvaise foi. D’une part vous déclarez « Jamais vous ne me les avez présentées pour que j’en prenne connaissance » d’autre part : « je ne signerais rien sans l’avoir lu au préalable. » Ces notes de service sont destinées à préciser les conditions d’activité au sein de la société. Elles ne vous sont pas adressées personnellement, elles ont un caractère général.
Vous êtes entré dans une cabale contre l’employeur, qui nuit à la fois à votre analyse et à votre discernement ; votre trouble s’extériorisant au travers de vos propos contradictoires.
Concernant la signature des plannings, eu égard aux propos diffamatoires que vous vous ingéniez à dispenser, il est vrai que leur signature prouve la date de réception et arrête la répartition des horaires de travail comme l’exige la loi.
Concernant votre hygiène corporelle, jamais Mademoiselle Dupont ne s’est permis une quelconque réflexion à ce sujet. Il s’agit une nouvelle fois de propos diffamatoires dont vous devrez répondre.
Concernant les tiques, vous devriez savoir qu’elles vivent dans l’herbe et dans les bois, pas dans les boutiques de station service, en outre, une tique ne saute pas.
Concernant la présence d’un animal dans le bureau de la direction, je vous invite à me fournir le texte de loi sur lequel vous vous basez.
Concernant les fonctions de Mademoiselle Dupont, elle est gérante de la SARL, en conséquence, elle est votre supérieure hiérarchique et il vous appartient de respecter ses directives et ses instructions.
Concernant l’organisation de notre entreprise, elle ne relève pas de vos compétences.
Vous avez des obligations contractuelles pour lesquelles vous percevez une rémunération, et Mademoiselle Dupont représente la seule autorité à laquelle vous devez vous référer.
Nous notons que vous n’entendez pas nous fournir votre numéro de portable. Ceci relève de votre décision et nous en prenons acte.
En outre, l’examen de vos quarts fait apparaître que contrairement à vos collègues vous ne comptabilisez aucune carte de fidélité. Pourriez-vous vous en expliquer ?
De plus, nous sommes toujours dans l’attente de la communication de votre pointure pour l’achat des chaussures de sécurité.
Par la présente, nous vous mettons en demeure de nous communiquer cette information sous quarante huit heures à réception de la présente.
Ceci étant précisé,
Veuillez agréer, Monsieur, nos respectueuses salutations. » Je devins littéralement hystérique à la lecture de ce courrier. On essayait de me rendre fou, c’était évident ! Je pris donc ma plus belle plume, dans le but, pourquoi le nier, d’avoir le dernier mot, je répliquais :
« Mademoiselle,
J’accuse bonne réception de votre courrier et m’étonne de votre violence verbale à mon encontre.
Pour cependant apaiser le débat, je vous réaffirme le respect que j’ai et toujours eu tant pour vous que pour votre fonction. Contrairement à vos affirmations, je ne vous ai jamais manqué de respect et n’ai jamais tenu de quelconques propos diffamatoires. Concernant ma pointure, je vous l’ai indiquée sur la feuille de quart le jour même où vous me l’avez demandée. Je vous répète cependant que je chausse du 46.
En outre, il se trouve que j’ai fait dernièrement une curieuse découverte. En effet, il y a quelques temps un client m’a fait remarquer que le ticket qu’il m’a demandé d’éditer pour l’achat de son paquet de cigarettes mentionnait une TVA à 0% . Tout dialogue étant visiblement rompu entre nous malgré mes nombreux efforts, j’ai donc cherché à me renseigner pour pouvoir m’expliquer au cas où un autre client me demanderait ce qu’il en est.
Je suis donc tombé sur un document intitulé bulletin officiel des douanes. En lisant le chapitre intitulé « le prix de vente du tabac », j’ai eu la surprise d’y lire : « Néanmoins, une majoration des prix du tabac dans l’établissement revendeur est tolérée, en fonction du taux de service fixé dans l’établissement pour les autres prestations commerciales fournies ( habituellement 15%, sous réserve que cette marge bénéficiaire soit reversée intégralement au personnel chargé d’effectuer cette revente.) Sachant que nous avons toujours vendu du tabac, comme en atteste d’ailleurs le carnet des douanes, que vous avez toujours revendu ces paquets plus chers qu’au tabac, je m’interroge : où est donc passée la marge bénéficiaire sur chaque paquet que j’ai vendu pour vous depuis mon embauche ? Car vous l’admettez vous-même dans votre lettre de proposition, nous sommes, pauvres caissiers, seuls en caisse et c’est donc bien nous qui procédons à la vente du tabac… Imaginez une seconde, si j’ai bien compris cet article, les sommes que vous me devriez alors… Comptant en moyenne 1 euro de marge bénéficiaire par paquet, sachant que nous en vendons 30 par quart, et qu’il y a vingt quarts par mois… Et ce, sur cinq ans puisque la loi ne nous permet pas de remonter au-delà à savoir 36 000 euros !!!Vous comprendrez sans doute mon émoi et je suis certain que si j’ai mal compris le texte des douanes, vous me l’expliquerez dans les meilleurs délais. Par contre, si j’ai bien lu ce texte, j’aimerais savoir quelles dispositions vous comptez prendre non seulement pour m’indemniser sur les cinq dernières années sachant que toute proposition de votre part à ce sujet devra être adressée à mon avocate mais aussi pour que ce préjudice s’arrête à ce jour.
Concernant les dimanches habituellement travaillés, et après consultation de la convention collective, il apparaît que dans tous les cas de figure, ils doivent être compensés soit en temps de repos soit en argent, auriez-vous l’amabilité de me dire ce que vous comptez faire à ce sujet ?
Vous remerciant par avance de votre compréhension, je vous prie d’agréer, Mademoiselle, mes respectueuses salutations. »

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