Une audience aux prud'hommes reportée

Publié le par Sandrine

Je retrouvais un peu le moral à la veille de l’audience. L’idée d’obtenir bientôt réparation me rendait vie. Bien sûr, cela n’allait pas sans quelques angoisses, d’autant plus que je n’étais pas à l’aise à l’idée de devoir m’exprimer oralement si par hasard on me demandait de prendre la parole. Dans la journée, je reçus un mail de mon avocate qui me confirmait qu’elle allait être contrainte de demander un report et qui m’avisait que ma présence n’était pas nécessaire dans ce cas. Je croisais les doigts pour que la date ne soit pas trop éloignée. Le lendemain, je reçus un nouveau mail m’informant que la prochaine audience aurait lieu dans trois mois. Mon avocate s’excusait, m’expliquant que le délai habituel était d’un mois et que le tribunal des Prud’hommes était débordé, frappé de plein fouet par la crise sociale qui sévissait. Trois mois ! Voilà tout ce que je retins de ses propos, voilà ce qui me jeta à nouveau dans les affres de la dépression. J’étais parfois contraint de passer devant la station. Lorsque c’était le cas, le fait de voir que tout semblait aller bien pour les Dupont me rendait littéralement malade. Si au début, je sortais un peu pour m’aérer l’esprit, je renonçais rapidement à cela. A chaque sortie, je rencontrais un ancien client qui me demandait ce qui s’était passé et se croyait obligé de m’informer des derniers ragots concernant la société. Ma décision de ne plus sortir pour ne pas prendre le risque de croiser sans cesse ces clients fut prise le jour où l’un d’entre eux m’interpella violemment, me traitant de voleur et m’accusant d’être un escroc qui ne pensait qu’à faire de l’argent par le biais d’un procès destiné à plumer mon ancien employeur. Je me repliais donc sur moi et mon appartement devint un sanctuaire. Je ne supportais plus personne, pas même ma famille. Seule Sandra trouvait grâce à mes yeux. Jean-Michel venait quelquefois me voir. Il en vint progressivement à me demander de l’aide pour comprendre certains documents et pour rédiger des lettres. Je compris enfin qu’il éprouvait les plus grandes difficultés à lire et à écrire. Je compris aussi qu’il tentait parfois maladroitement de dissimuler son handicap par une certaine agressivité. Pour lui, les choses évoluaient différemment puisqu’il avait pris la décision un peu surprenante de changer d’avocat. Son préavis lui était payé alors qu’il était dispensé de l’effectuer. C’était d’autant plus étrange que c’était totalement incompatible avec une faute grave. Faute qui avait d’autant plus de chances d’être requalifiée que sa mise à pied lui avait été réglée. Il avait beau m’assurer qu’il ne comprenait rien à ce qui se passait, tout cela ressemblait beaucoup aux effets d’une négociation. Je pris donc la décision de ne plus rien lui dire de ma propre affaire.

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