Une discussion stérile

Publié le par Sandrine

Entre temps, j’avais reçu mon bulletin de salaire. Mon ancienneté avait disparu. C’était d’autant plus inexplicable que celles de Jean-Michel et de Patricia avaient été maintenues. Erreur comptable ou affront personnel, je ne savais pas ce qu’il en était, mais après de longues semaines d’attente, finalement, j’allais croiser Alain et recueillir ses explications. Ce jour-là, j’effectuais le quart du matin. Il est entré dans la station en trombe et s’est précipité dans le bureau.
« Bonjour Eric, excusez-moi, je suis pressé.
-Non, Alain, cette fois vous allez prendre le temps de m’expliquer ce qui se passe ici. Lui dis-je entre deux clients en passant la tête par la porte ouverte du bureau.
- Comment ça ? Qu’est-ce qui se passe, à votre avis ? Il paraissait de plus en plus pressé de s’en aller. Je décidais donc d’entrer dans le vif du sujet sans plus attendre.
- Il paraît que vous avez eu la visite de l’inspection du travail et que l’inspecteur n’a pas apprécié ce qu’il a vu. De quoi s’agit-il ?
- De rien. Rien qui ne vous concerne. Des tracasseries administratives. Une vague histoire de pauses… D’ailleurs vous trouverez votre emploi du temps modifié sur le bureau. Dit-il dans un murmure agacé.
- Les pauses, il me semble pourtant que ça nous concerne tous directement, Alain. Vous savez, tout le monde peut commettre des erreurs et les réparer, ça je peux le comprendre. Mais le mensonge, ça, je ne peux pas le tolérer. Alors je vous repose la question et j’attends une réponse franche et définitive de votre part : avez-vous quelque chose à vous reprocher ?
- Non. C’est une erreur. Reprenez votre poste, je suis pressé. » Je haussais ostensiblement les épaules pour lui faire comprendre qu’il avait laissé passer sa chance et je repris ma caisse. Je n’étais pas en colère. J’étais déçu. Et surtout, j’étais prêt à me battre. Pas physiquement, c’est évident. Mais je ferais valoir mes droits quoi qu’il m’en coûte. Je ne suis pas d’un naturel envieux ou jaloux. Qu’un patron qui a pris des risques pour monter sa boîte gagne plus que ses employés, c’est tout à fait normal. Mais qu’il leur prenne le peu qui leur revient pour s’enrichir plus facilement qu’en travaillant, cela, ça m’est insupportable. J’étais d’autant plus amer que les nouveaux horaires qui nous étaient imposés n’étaient plus continus mais nous imposaient une coupure assez importante. Nul doute donc qu’il y avait bien un problème et qu’Alain me prenait pour un âne.

Lire la suite : Un courrier de doléances commun

Commenter cet article