Dès le lendemain, Solange posta un recommandé

Publié le par Sandrine

Dès le lendemain, Solange posta un recommandé en se rendant à son travail. Emmanuel, très énervé, avait dû en écrire trois versions avant de parvenir à un texte suffisamment factuel pour que rien ne puisse leur être reproché par la suite.
« Monsieur le Recteur,
J’ai l’honneur de venir vers vous ce jour pour porter à votre connaissance les faits qui se sont produits avant-hier à l’école Saint Juste où est scolarisé mon fils, Sacha Delponte. En effet, il a été brutalisé par trois de ses camarades à tel point qu’il en a perdu connaissance et a été hospitalisé. Dans la soirée, mon épouse et moi avons eu un entretien avec la directrice de l’établissement. Elle a décidé d’exclure les enfants incriminés trois jours et de les soumettre à un suivi psychologique. Ces mesures sont naturellement bien trop légères pour que je puisse m’en satisfaire. Comme vous pourrez le lire dans le courrier ci-joint émanant de la directrice, elle considère que les blessures de mon fils sont accidentelles. Cependant, comme en atteste le certificat établi par le médecin légal qui a examiné Sacha, en aucun cas ses blessures ne peuvent être consécutives à une chute. Je vous demande donc par la présente de bien vouloir procéder à l’exclusion définitive des agresseurs de mon fils afin qu’il puisse reprendre sa scolarité en toute sérénité.
Vous remerciant par avance de votre réactivité, je vous prie d’agréer, Monsieur le Recteur, mes salutations distinguées. »
Durant sa pause déjeuner, Solange se rendit à l’école. L’institutrice parut un peu surprise de la voir.
« -Madame Delponte ? Comment va Sacha ? se reprit-elle presque aussitôt.
-Il souffre. Voici le certificat médical que vous m’avez demandé.
-Merci. Lui répondit l’enseignante en le rangeant sous une pile de feuilles sans le regarder. Quand pourra-t-il revenir ?
- C’est écrit sur le certificat. Répliqua Solange, amère. Pas avant dix jours au minimum. Précisa-t-elle néanmoins dans un soupir.
-Sacha a beaucoup de facilités. Je ne pense pas que quelques jours d’absence lui nuisent plus que cela. Nous pourrions peut-être lui accorder une semaine de repos total avant de lui donner des devoirs ?
- C’est vous l’enseignante…
-Revenez la semaine prochaine. Je lui établirai un petit programme pour qu’il reste à niveau. » Elle salua brièvement Solange et fit mine de s’affairer dans la classe pour bien lui signifier que l’entretien était clos.
Lorsqu’elle raconta cette entrevue à Emmanuel, il tiqua.
« -Il y a quelque chose qui ne va pas. Je crois que nous ferions mieux de l’envoyer en recommandé, ce certificat. Solange acquiesça.
-Comment va-t-il ? Lui demanda-t-elle en baissant la voix.
-Il a toujours mal. Il ne dit rien concernant ce qui s’est passé. J’ai du mal à m’imaginer ce qu’il ressent. Il ne laisse rien paraître. Il s’est pris de passion pour Internet. On dirait que ça l’aide un peu à penser à autre chose…
- Tu as pensé à activer le code parental ? L’interrogea-t-elle, prise d’une angoisse.
-Ne t’inquiète pas. Je ne pense pas qu’il ait le cœur à faire des bêtises de toutes façons.
-Excuse-moi, je ne voulais pas… Se reprit-elle, craignant de l’avoir vexé.
-On n’est jamais trop prudent. » Lui répondit-il en souriant.
Cette nuit-là, comme toutes les autres, Sacha se réveilla en sursaut plusieurs fois, trempé de sueur. Chaque fois, Emmanuel et Solange se précipitaient pour le rassurer. Tous deux souffraient profondément devant la détresse de leur fils. Voir son petit visage encore gonflé et couvert d’ecchymoses déformé par la peur les mettait à la torture.
Dès le lendemain, Emmanuel tenta d’expliquer à Sacha que sa mère et lui avaient décidé de lui faire consulter un psychologue.
« -Non ! S’opposa-t-il immédiatement.
- Sacha, tu en as besoin, je t’assure. Tu te réveilles toutes les nuits… Il faut que ça s’arrête, mon grand.
-Non ! Je ne suis pas fou. Donne-moi des cachets pour dormir et ça passera tout seul.
-Sacha, parler, c’est parfois plus efficace que des médicaments. Il faut que tu parles de tout ça à quelqu’un qui pourra t’aider à aller mieux.
-Il y a maman et toi pour ça.
-Nous t’aimons et nous t’écouterons tant que tu le voudras, mon chéri. Mais nous ne sommes pas médecins.
-Je ne veux pas. Je ne lui dirai rien. Trancha le petit garçon, buté.
-Fais-moi plaisir, Sacha : essaie au moins une fois.
-J’irai autant de fois que tu le voudras mais je ne lui dirai rien. Il n’y a rien à dire. Répondit-il avec une sorte de fatalisme désabusé qui surprit Emmanuel.
-Mais bien sûr qu’il y a des choses à dire ! Le petit garçon haussa les épaules.
-Je ne me souviens même pas de ce qui s’est passé après les premiers coups. Que veux-tu que j’en dise ?
-Explique ce que tu ressens, je ne sais pas, moi… De toutes manières, le docteur te posera des questions, tu n’auras qu’à répondre.
-C’est comme tu veux. Je ne suis pas fou. Répéta-t-il entre ses dents.
-Il ne s’agit pas d’être fou. C’est juste pour que tu comprennes ce qui t’est arrivé…
- J’ai pris une raclée, voilà tout ! » Conclut Sacha. Il prit ses béquilles et se rendit dans sa chambre. La logique de l’enfant était redoutable, mais son manque d’émotions commençait à inquiéter Emmanuel.

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