Emmanuel attendit que Sacha s’absente

Publié le par Sandrine

Emmanuel attendit que Sacha s’absente dans sa chambre pour expliquer à Solange ce qui s’était passé.
« -Nous ne pouvons pas faire grand-chose de plus, Manu. Quoi que nous envisagions, cela demande des moyens et ce n’est pas évident ces temps ci.
- Nous pourrions peut-être… Emmanuel était désespéré et il tâchait de se persuader qu’il lui restait un moyen d’action.
-Il faut avant tout veiller sur Sacha, la vengeance attendra… Elle s’interrompit en voyant son fils dans l’embrasure de la porte. Il s’approcha de son père et lui tendit une liasse de feuilles recouvertes de son écriture enfantine. Sans un mot, il attendait.
- Qu’est-ce que c’est, bonhomme ?
- Ta formule magique… Enfin, ton algorithme, pour être précis. Les deux cent critères classées par ordre d’importance. Emmanuel se demandait quelle attitude adopter face à l’enfant qui tenait son ours en peluche dans ses bras et prétendait avoir découvert un pareil secret.
- Ca ne te fait pas plaisir ? Lui demanda Sacha.
- Si, bien sûr mais…
-Tu as dit que tu en rêvais. Lui rappela-t-il.
- Oui, c’est vrai, mais tu es sûr que…
-Oui. Il n’y a pas d’erreur, ça fonctionne très bien.
-Comment le sais-tu ?
-Je l’ai testé.
- Pardon ?
- J’ai créé un site gratuit. Il est premier depuis hier. Je voulais attendre un peu plus, mais tu en as vraiment besoin.
- Et pourquoi ?
- Pour gagner plus d’argent, c’est comme ça que les gens règlent leurs problèmes, non ? Avec l’argent…
-Tout ne peut pas s’acheter, Sacha. Répondit Solange avec douceur.
- Si. Quand tu lis les livres et que tu regardes la télé, c’est toujours l’argent qui créée ou règle les problèmes. Si j’avais offert des cadeaux aux autres enfants, ils m’auraient aimé et ils ne m’auraient jamais frappé, c’est certain.
- Mais enfin, Sacha, il faut que les gens t’aiment pour toi-même… L’amour ça ne s’achète pas.
- Si. Et puis, du moment qu’ils font au moins semblant, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Je ne vois pas où est la différence au final. Solange était atterrée. A présent que son fils ne dissimulait plus son incroyable intelligence, elle se demandait qui était l’étranger qui parlait parfois par sa bouche. Un petit monstre froid et calculateur pour lequel les sentiments étaient inconnus. Un bref instant, elle se demanda s’il l’aimait, si il l’avait jamais aimée et s’il en avait seulement la capacité. Elle frissonna.
- Ca fait une énorme différence. Lui dit Emmanuel qui avait perçu l’angoisse de Solange. C’est ce qui fait que nous sommes des humains et non des machines. Tu ressens bien des choses, des fois. Tu es triste, tu as peur, tu aimes ou tu es en colère…
-Parfois, mais un tout petit peu. Ca ne me dérangerait pas d’être un robot.
- Oui, mais tu es un petit garçon.
- Tu n’y crois pas, hein, à ma formule. Répartit Sacha, changeant brutalement de conversation.
- Pourquoi dis-tu ça ?
- Tu l’as posée à côté de toi sans la regarder.
-Et ça te fait de la peine…
- Oui, je crois.
-Ne t’inquiète pas, bonhomme. J’y crois. C’est juste qu’il va me falloir un peu de temps pour y jeter un œil.
- Tu ne me fais pas confiance… C’était plus une constatation qu’un reproche.
- Quand il s’agit de Bloogle, non, je ne fais confiance à personne les yeux fermés. C’est ce qui nous permet de vivre, tu sais. Je ne peux pas prendre de risques. Il faut que je vérifie tout ça.
- Ca va te prendre un temps fou. Tu n’auras pas d’autre choix que de la tester si tu veux pouvoir en profiter avant qu’elle ne change. Elle change sans arrêt, tu sais.
-Oui, je sais. C’est un peu mon métier. Sacha, surpris par cette réflexion, laissa échapper son nounours de ses bras. Solange, qui avait eu le temps de se reprendre, intervint aussitôt.
-Sacha, viens ici. L’enfant s’approcha timidement. Elle l’attira contre elle.
-Ecoute, c’est une situation nouvelle pour nous tous. Nous t’aimons et ne voulons surtout pas te faire de mal. Mais il faut que nous apprenions. Que nous apprenions à mieux te connaître parce qu’il semble que nous nous sommes trompés jusque là.
- Les autres n’agissent pas comme moi.
- Non, et c’est normal. Tu n’es pas les autres. Mais tu nous a beaucoup surpris. Et nous ne savons pas comment t’épauler, mon cœur.
- Mais vous êtes mes parents ! S’indigna-t-il.
- Les parents ne savent pas tout. La seule chose que nous savons c’est que nous t’aimons et que nous voulons que tu sois heureux. C’est le plus important, non ? Lui dit-elle dans un pauvre sourire.
-Je crois. Répondit sérieusement Sacha.
-Tu es capable de comprendre des choses que nous ne soupçonnions même pas. Mais nous avons encore beaucoup à t’apprendre. Notamment sur toi-même et sur ta relation aux autres. Tu as une mémoire phénoménale et des capacités d’analyse hors du commun. Mais le rôle des parents ne s’arrête pas à remplir le cerveau de leur enfant avec les tables de multiplications. C’est surtout de leur transmettre les valeurs qui leur permettront d’être heureux.
-Mais je suis heureux. Protesta Sacha.
- C’est bien et il faut que ça dure, c’est notre rôle d’y veiller. »

Lire la suite: Sitôt le repas fini, Emmanuel se précipita dans son bureau.​

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