En attendant, Sacha guérissait

Publié le par Sandrine

En attendant, Sacha guérissait ; Peu à peu, les bleus s’estompaient et bientôt la seule trace visible de son agression fut son énorme plâtre. Solange s’inquiétait de voir les jours passer sans que rien ne se concrétise pour que Sacha reprenne le chemin de l’école. Emmanuel, lui, ne décolérait pas. Il n’avait reçu aucune réponse de l’académie et personne ne s’était enquis de l’état de son fils. Il constitua un dossier avec les éléments médicaux de Sacha et se rendit à la gendarmerie sitôt que Solange eut une journée de repos. Il attendit quelques secondes seulement avant d’être reçu dans un bureau terne, par un homme un peu bedonnant, aux joues rebondies qui lui donnaient l’air faussement jovial alors que son regard d’acier semblait vous transpercer.
« -Monsieur Delponte, je vous écoute… Emmanuel lui raconta tout ce qu’il savait. Par moments, sa voix chevrotait légèrement sous l’effet de la colère.
- Et que souhaitez-vous faire ? Lui demanda finalement le gendarme.
-Porter plainte. Lui répondit Emmanuel sur le ton de l’évidence.
- Contre qui et pour quels motifs ?
-Contre l’école pour la défaillance de la sécurité qui a permis ce tabassage et contre les trois petites brutes qui ont fait ça à mon fils. Le gendarme soupira.
-Avez-vous des preuves tangibles que l’école ait commis une faute ?
- On m’a expliqué que…
-Avez-vous un témoignage écrit de cette personne ?
-Non mais…
- Vous savez les gens disent beaucoup de choses, mais quand il s’agit d’apporter un témoignage officiel, ils font tous marche arrière. Si demain je convoquais cette personne, croyez-vous qu’elle prendra le risque de déposer contre ses collègues et sa hiérarchie ?
- Je ne sais pas… Je ne la connais pas…
- Parce que si je prends votre plainte et qu’elle est classée faute d’éléments probants, vous risquez de vous retrouver , vous, accusé de dénonciation calomnieuse et d’avoir bien plus d’ennuis que vous n’en avez déjà.
- Mais enfin, il y a eu un défaut de surveillance, c’est évident ! S’emporta Emmanuel.
- Quant aux trois enfants que vous désignez comme étant les agresseurs de votre fils, êtes-vous absolument certain que ce sont bien eux et non d’autres enfants qui ont frappé Sacha ? Il était inconscient, il ne peut pas savoir qui a fait quoi. Le courrier que vous me présentez parle d’une bousculade un peu virile, mais personne n’admet avoir frappé qui que ce soit. Vous m’apportez un dossier médical qui dit effectivement que votre fils a été frappé, c’est un fait, mais il ne dira jamais par qui… Croyez-en mon expérience, personne n’avouera rien… Là encore, accuser quelqu’un sans preuve vous expose à un retour de bâton. Et puis quand bien même, que croyez-vous que dira un juge ? Ce ne sont que des enfants… Tout cela n’irait pas bien loin. Je vous donne mon avis en toute franchise, votre plainte ne vous apportera rien de bon. Emmanuel était soufflé. Il n’aurait jamais imaginé que les choses puissent prendre pareille tournure.
-Mais enfin, il doit bien y avoir un recours… Sacha n’est tout de même pas le seul à qui c’est arrivé…J’ai déjà lu des histoires similaires dans la presse et les coupables ont été condamnés !
- Bon, ce que je peux vous suggérer, c’est de déposer une main courante relatant les faits. Nous verrons ce que nous pouvons faire…
-Une main courante ? S’indigna Emmanuel. Mais enfin, tout le monde sait que ça ne sert à rien…
-Monsieur Delponte, vous êtes encore sous le coup de la colère, et je vois bien que vous n’avez pas réfléchi aux conséquences d’une quelconque procédure. Accordez-vous le temps de la réflexion et revenez me voir plus tard. Il n’est jamais trop tard pour bien faire… » Le gendarme lui tendit la main, Emmanuel la serra par réflexe de politesse. Quand il se ressaisit et ouvrit la bouche pour protester, le gendarme était déjà au téléphone et l’un de ses collègues à qui il n’avait pas prêté attention jusque là s’était levé et se tenait à ses côtés pour le raccompagner. Emmanuel serra les dents et se décida à la suivre. Ici, il n’obtiendrait rien.

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